Les trois de Béthanie : des amis pour toujours

Pour la première fois, ce 29 juillet, l’Église de rite latin fêtera ensemble les saints Marthe, Marie et Lazare de Béthanie: une famille bien soudée qui a hébergé Jésus, l'Ami souverain, Jésus voyageur, qui avait lui aussi besoin de calme et d’échange.

Temps liturgique
Opus Dei - Les trois de Béthanie : des amis pour toujours

Pour la première fois, ce 29 juillet l’Église de rite latin fêtera ensemble les saints Marthe, Marie et Lazare de Béthanie (St-Siège, Décret du 26/01/2021). Le martyrologe romain (édition de 2004) avait pris acte des études historiques, qui ont établi la distinction nette entre Marie de Béthanie, qui oignit le Christ avant la passion, et celle de Magdala, la pécheresse repentante.

L’aînée, « Marthe, accueillit Jésus chez elle » (Luc 10, 38). Avec ses frères, elle ouvre au Maître la porte du foyer : « Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt »(Psaume 56, 8). Le Très-Haut accepte volontiers l’hospitalité des humbles. « L’exemple de Jésus est un paradigme pour l’Église. Le Fils de Dieu est venu dans le monde au sein d’une famille et a partagé des moments quotidiens d’amitié avec la famille de Lazare et de ses sœurs » (pape François, exhortation Amoris Laetitia §64).

Une famille bien soudée, peut-être proche des cercles sacerdotaux, qui avait déjà perdu les parents. Dans la banlieue orientale de Jérusalem, ils ont hébergé l’Ami souverain, goûté de sa présence et obtenu la résurrection du cadet. Tous les trois, frères entre eux selon la nature, et frères surtout du Christ selon la grâce. Des intimes du Saint des Saints.

La pandémie et les vacances ont mis en évidence, chacune à sa façon, que l’amitié et la famille vont très bien ensemble. C’est l’héritage de Jésus, sommet d’amitié : ceux qui n’avaient pas peur de s’approcher de lui recevaient un regard aimable, sincère, valorisant.

Un souffle de spontanéité parfumait la demeure de Béthanie pour recevoir un Jésus voyageur, qui avait lui aussi besoin de calme et d’échange. Ses murs ont été un havre d’écoute et de dialogue, un théâtre de prodiges, un tremplin d’évangélisation. Le témoignage évangélique de la fratrie est un prototype de foi radicale et d’amour désintéressé.

De nos jours, l’église catholique du lieu, proche de la maison et du tombeau de Lazare, a été édifiée sur des vestiges anciens par l’architecte Antonio Barluzzi (1953) ; sa façade montre les mosaïques des trois amphitryons. Comme eux, chaque fidèle doit rendre service, « ou se tenir assis, soit aux pieds de Jésus avec Marie, soit au fond du sépulcre avec Lazare » (Saint Bernard, Sermon 3 pour l’Assomption §4 : Office de la mémoire). L’animation de tels entretiens apparaît, au seuil du baroque, dans l’huile sur toile du Tintoret (1567, Pinacothèque de Munich).

L’Eucharistie prolonge ce recoin chaleureux. « Le Tabernacle a toujours été pour moi comme Béthanie, cet endroit tranquille et paisible ou se trouve le Christ, où nous pouvons lui raconter nos préoccupations, nos souffrances, nos espérances et nos joies, avec la simplicité et le naturel avec les quels lui parlaient ses amis, Marthe, Marie et Lazare » (Saint Josémaria, Quand le Christ passe §154).

L’Eucharistie nourrit la charité familiale. Les proches du Christ ont le droit d’être heureux. La vraie cordialité, qui est un fruit de l’Esprit Saint, se manifeste dans une palette riche de nuances : « la bienveillance dans le comportement ; l’attention pour ne pas blesser par des paroles ou des gestes ; l’effort d’alléger le poids aux autres » (pape François, encyclique Fratelli Tutti §223). Elle porte à choisir « des mots d’encouragement qui consolent et stimulent, au lieu de paroles qui humilient, qui attristent » (Idem, exh. Amoris Laetitia §100). La bienveillance libère de l’agressivité, de l’agitation parfois anxiogène, de la superficialité contaminée par le monde virtuel.

Le style de Béthanie facilite l’effort, désamorce l’exaspération. Le monde attend « le miracle d’une personne aimable » (Idem, enc. Fratelli Tutti §224) : le visage de l’ami offre un sourire, une minute d’attention ; sa langue, un conseil, un mot de pardon ; ses mains, un service sans arrogance. En vertu de ces miracles, au milieu d’une société éteinte s’allument des lueurs d’espérance.

Notre Dame a sans doute enrichi ce foyer avec sa vivacité paisible. Si une Mère engendre la fraternité, l’Etoile du matin apporte en plus une aurore d’amour généreux. Celle qui est la « Mère Aimable » par excellence apprend aux frères à être amis.

Abbé Fernandez

  • Photo : Église orthodoxe grecque de Béthanie, site de baptême.Au-delà du Jourdain, par Ahmad A Atwah. Shutterstock.com