“Dieu a coutume de rechercher des instruments faibles”

C'est avec joie, Seigneur, que nous nous trouvons dans ta main blessée. Serre-nous! Presse-nous bien fort: que nous abandonnions toute notre misère terrestre! Pour nous purifier, nous enflammer, nous sentir imbibés de ton Sang! — Et ensuite, lance-nous au loin, très loin, en nous donnant le désir de moissonner, de faire, par Amour pour Toi, des semailles de plus en plus fécondes. (forge, 5)

 

Sans aucun mal, nous pourrions trouver dans notre famille, parmi nos amis et nos camarades, sans parler du panorama immense du monde, bien d'autres personnes plus dignes que nous de recevoir l'appel du Christ: des gens plus simples, plus savants, plus influents, plus importants, plus capables de reconnaissance et plus généreux.

Pour moi, en pensant à tout cela, j'ai honte. Mais je mesure aussi à quel point notre logique humaine est insuffisante pour expliquer les réalités de la grâce. Dieu a coutume de rechercher des instruments faibles, pour qu'apparaisse avec clarté et évidence que œuvre est la sienne.(…) Sans qu'il y ait eu le moindre mérite de notre part, vous disais-je; en effet, à la base de notre vocation, nous trouvons la connaissance de notre misère et la conscience que les lumières qui illuminent notre âme (la foi), l'amour avec lequel nous aimons (la charité) et le désir qui nous soutient (l'espérance) sont des dons gratuits de Dieu. C'est pourquoi ne pas croître en humilité revient à perdre de vue ce qui était l'objectif du choix divin: ut essemus sancti, notre sainteté personnelle.

Maintenant, à partir de cette humilité, nous pouvons comprendre ce que l'appel divin a de merveilleux. La main du Christ nous a saisis dans un champ de blé: le semeur presse dans sa main blessée une poignée de grains. Le sang imbibe la semence, l'imprègne. Puis le semeur jette à la volée ce blé pour qu'en mourant il devienne vie, et pour qu'en pénétrant dans la terre, il puisse se multiplier en épis dorés. (Quand le Christ passe, 3)