Lettre du Prélat (septembre 2014)

La dernière ligne droite avant la béatification de Don Alvaro est jalonnée par des fêtes de la Sainte Vierge, nous incitant à intensifier notre piété. Le Prélat nous demande instamment d'accompagner le Saint Père dans sa prière et son action pour la paix et pour soutenir les chrétiens persécutés dans le monde.

Lettres pastorales
Opus Dei - Lettre du Prélat (septembre  2014)

Mes très chers enfants, que Jésus vous protège !

Nous sommes entrés dans la dernière ligne droite avant la béatification de notre très cher don Alvaro. Comme ce moment me paraît proche et lointain à la fois ! Don Alvaro avait ressenti la même chose au cours des semaines précédant la béatification de notre Père. Il nous avait alors écrit ces mots, que je fais miens : « afin de bénéficier au mieux des abondantes grâces que le Seigneur et sa très Sainte Mère répandront en nos âmes (…), soignez particulièrement votre vie intérieure, recherchez Dieu dans votre cœur et essayez d’être constamment en conversation avec Lui. Accomplissez le mieux possible les normes, offrez avec générosité la fatigue et les contrariétés qui se présenteront au cours de vos journées[1]. »

Je vous ai suggéré récemment différentes façons de préparer cet événement. Peut-être qu’à présent, chacune et chacun d’entre nous, dans le silence de la prière, pourra examiner comment il ou elle aura mis en pratique, par des résolutions concrètes et à travers une lutte quotidienne généreuse, le désir d’être mieux disposé(e) à recevoir les grâces de notre Seigneur. Quoiqu’il en soit, il est toujours temps de redoubler d’efforts au cours de ces quatre prochaines semaines en étant plus pieux.

Ces désirs grandiront au fil des fêtes mariales du mois de septembre. Il y en a une presque chaque semaine. Le 8, ce sera la Nativité de la Vierge, la toute sainte, la créature la plus agréable aux yeux de Dieu. Comblée de grâce dès sa conception immaculée, elle a grandi chaque jour dans cette plénitude, jusqu’à son assomption corps et âme au Ciel. Ce sera une belle occasion pour recourir avec une confiance renouvelée à l’intercession de notre Mère, en lui demandant que la grâce de son Fils nous lave de toutes nos misères, même des plus insignifiantes. Pour cela, portons une attention toute particulière à la confession sacramentelle, et aidons d’autres personnes à s’approcher bien préparées de ce sacrement de miséricorde et de joie.

Le 12, nous fêterons le très doux nom de Marie : notre cœur se remplit de joie à chaque fois que nous le prononçons. Si le nom de Jésus, comme le dit Saint Bernard, est « miel pour la bouche, mélodie pour l’oreille, joie pour le cœur[2] », on peut en dire de même du nom de Marie. Je vous invite, au cours des prochains jours, à réciter plus attentivement le « Je vous salue Marie », surtout pendant le chapelet. La répétition toujours nouvelle de ce doux nom choisi par Dieu est un baume qui soulage, une musique qui réjouit le cœur, un aliment savoureux.

Le 15, nous ferons mémoire de la Vierge des Douleurs qui, iuxta crucem Iesu, auprès de la Croix de Jésus, s’unit intimement au sacrifice de son Fils et fait de nous ses enfants[3]. C’est une invitation à nous mortifier davantage ? Nous toucherons ainsi plus facilement le Seigneur, qui nous accordera ses dons. Le fait que l’Église commémore les douleurs de Notre Dame le lendemain de l’Exaltation de la Sainte Croix n’est pas anodin : cela a pour but de faire naître en nous « une très grande dévotion envers le Christ crucifié, et une dévotion filiale très tendre envers Sainte Marie, Mère de Dieu et notre Mère, qui est debout, forte, transpercée de douleur, seule ou presque, auprès du Christ.

« Mes enfants, pensez à tout cela de votre côté, ajoutait Saint Josémaria. Parlez au Seigneur, parlez à sa Mère. Dites-lui ce que vous diriez à votre mère si vous la voyiez dans cet état, offensée, maltraitée, se trouvant sous les regards de personnes malveillantes. Et tout ceci pour l’amour de son Fils : crucifiée en désir, elle est accablée d’opprobres et d’humiliations[4]. »

Le même jour, nous fêterons également l’anniversaire de l’élection de don Alvaro comme premier successeur de saint Josémaria à la tête de l’Opus Dei. Je vous invite à réciter très souvent la prière à don Alvaro. Confiez à son intercession les besoins de l’Église, de l’Œuvre, du monde, de chacun. Devant le triste spectacle d’un monde divisé, de peuples ennemis les uns des autres, de familles déchirées par la discorde, la promesse divine de paix et d’unité, annoncée dans l’Ancien Testament et ratifiée avec force dans le Nouveau, « nous remplit d’espérance : elle indique un avenir que, dès à présent, Dieu prépare pour nous. Cependant, cette promesse est inséparablement liée à un commandement : le commandement de revenir vers Dieu et d’obéir de tout cœur à sa loi (cf. Dt 30, 2-3). Le don divin de la réconciliation, de l’unité et de la paix est inséparablement lié à la grâce de la conversion : il s’agit d’une transformation du cœur qui peut changer le cours de notre vie et de notre société, comme individus et comme peuple[5]. »

Enfin, le 24 septembre, certaines régions célébreront Notre-Dame de la Merci, une fête intimement liée à l’histoire de l’Œuvre. Notre Père a invoqué la Vierge sous ce vocable à plusieurs reprises, notamment avant et après son premier voyage à Rome en 1946. Avec don Alvaro, confions-lui les fruits spirituels des événements qui approchent.

Je vous demande une nouvelle fois de ne pas abandonner les personnes qui souffrent ou sont persécutées à cause de leur foi partout dans le monde. Ne pensez pas qu’il n’y a rien à faire. Bien que de larges distances nous séparent parfois, nous pouvons les soutenir par notre prière, par nos sacrifices et, quand cela est possible, par une aide matérielle. La meilleure aide que nous puissions toutefois leur prêter est celle d’une fidélité accrue à nos devoirs de chrétiens. Saint Josémaria écrivait que « notre travail apostolique contribuera à la paix, à la coopération. Il aidera à éviter la guerre et l’isolement, à dépasser les égoïsmes nationaux et personnels. Tous se rendront compte qu’ils font partie de la grande famille des hommes, qui est appelée par Dieu à la perfection[6]. »

Comme l’ont rappelé à plusieurs reprises le Pape François et ses prédécesseurs, toutes les guerres sont un fléau pour l’humanité, mais celles qui sont provoquées de manière blasphématoire au nom de Dieu sont les plus horribles. La situation des chrétiens d’Irak, mais aussi de Syrie, du Nigéria, ainsi que d’autres régions du monde, a empiré au cours des dernières semaines. Les paroles que le Saint Père a prononcées lors d’une homélie dans la chapelle de la maison de Sainte Marthe sont toujours d’actualité face aux atrocités dont nos frères et sœurs opprimés sont victimes : « il y a aujourd’hui plus de témoins, plus de martyrs dans l’Église que durant les premiers siècles de son histoire. Et au cours de cette Messe, en faisant mémoire de nos glorieux prédécesseurs, nous avons aussi une pensée pour nous frères et sœurs qui vivent persécutés, qui souffrent et qui, par leur sang versé, font germer la semence de tant de nouvelles petites Églises. Prions pour eux et aussi pour nous[7]. »

Profitons de l’imminence de la béatification de don Alvaro pour le prier pour la paix dans le monde. Demandons-lui en particulier de réconforter ces chrétiens et tant d’autres personnes de bonne volonté qui sont attaqués à cause de leurs croyances religieuses. Durant sa jeunesse, don Alvaro a lui aussi souffert de la persécution religieuse, et a failli mourir martyr. Il était pleinement disposé à sacrifier sa vie, si le Seigneur le lui demandait. Au début de la guerre civile espagnole, au cours d’un contrôle, des miliciens ont trouvé dans sa poche un crucifix. À cette époque, ce seul fait pouvait être passible de prison et de châtiments sévères.

Ensuite, alors qu’il était emprisonné, les gardiens l’ont menacé en lui braquant un pistolet sur la tempe. Il s’est alors abandonné entre les mains du Seigneur, fort de la foi et de l’espérance qui l’animaient. Je suis sûr qu’il intercédera avec efficacité pour nous devant le Seigneur. Nous pouvons aussi reprendre une prière que notre Père a adressé à Dieu en des circonstances similaires : « quelle belle prière, — à répéter fréquemment — que celle de cet ami qui demandait de l’aide pour un prêtre emprisonné par haine de la religion: ‘Mon Dieu, console-le, car il est persécuté pour toi. Combien de gens souffrent, du fait qu’ils te servent’[8] ! »

Tournons-nous également, avec foi, vers ces nouveaux martyrs de notre temps. Demandons-leur de nous soutenir et de nous aider depuis le Ciel à être des témoins de l’amour du Christ dans nos familles, dans les quartiers et les villes où nous résidons, dans notre pays et dans le monde entier, au milieu des pauvres et des malades. Que nous tous, chrétiens, sachions être, comme eux, lumière d’un monde qui a tant besoin de semeurs de paix et de joie.

Je reviens aux préparatifs immédiats des 27 et 28 septembre à Madrid et du 30 à Rome. Comme nous suggérait celui qui sera bientôt proclamé bienheureux : « suivez du mieux possible le peu d’indications qui vous seront données, car elles sont nécessaires au bon déroulement des cérémonies et au profit spirituel de toutes les personnes qui assisteront aux différentes célébrations. Surtout, mes filles et mes fils — ajoutait-il — vivez ces journées avec beaucoup de sens surnaturel. Au cours des célébrations liturgiques, que votre piété soit simple et naturelle[9]. »

Efforçons-nous de transmettre ces indications à toutes les personnes qui nous accompagneront. Ce sera pour tous un motif de joie de voir la foule répondre posément et en cœur aux paroles du célébrant. « Et que leurs chants — chants de joie et d’actions de grâces adressés à Dieu — résonnent et parviennent avec la force de l’amour jusqu’au Ciel : et clamor meus ad te veniat (Ps. 101 (102) : 2). Au cours de ces célébrations liturgiques, on ne devra entendre, concluait don Alvaro, que votre clameur — celle de vos prières et de vos chants — imprégnée de sens surnaturel, d’esprit de prière, de joie sereine[10]. »

Essayons aussi de réaliser la veillée au Saint-Sacrement du premier vendredi du mois avec plus de soin. Intensifions l’apostolat de la confession que don Alvaro appréciait tellement, et prions davantage pour le Pape et pour ses intentions. Hier, j’ai ordonné prêtres deux de vos frères agrégés : priez spécialement pour eux et pour tous les prêtres.

C’est avec une grande joie que je vous annonce qu’en union avec vous, j’ai pu passer quelques heures avec mes filles et mes fils du Venezuela et célébrer là-bas l’anniversaire de mon ordination sacerdotale ; leur travail apostolique donnera beaucoup de fruits.

En achevant cette lettre, je voudrais vous assurer que je vous porte tous dans mes prières, en particulier ceux d’entre vous qui, pour diverses raisons, ne pourrons pas assister à la béatification de don Alvaro. Comme je vous l’ai déjà dit, nous serons unis par une même prière et de mêmes intentions.

Avec toute mon affection je vous bénis,

votre Père,

+ Xavier

Torreciudad, 1er septembre 2014.


[1] Don Alvaro, Lettre, 27-IV-1992.

[2] Saint Bernard, Sermon 15 sur le Cantique des Cantiques, III, n° 6.

[3] Cf. Jn 19, 26-27.

[4] Saint Josémaria, notes prises au cours d’une méditation, 15-IX-1970 (« Quand il nous parlait en chemin », pp. 346-347).

[5] Pape François, Homélie à Séoul, 18-VIII-2014.

[6] Saint Josémaria, Lettre, 9-1-1932, n° 38.

[7] Pape François, Homélie à Séoul, 30-VI-2014.

[8] Saint Josémaria, Forge, n° 258.

[9] Don Alvaro, Lettre, 27-IV-1992.

[10] Ibid.

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