- L’Église tout entière se réjouit parce que le Christ ressuscité est son Pasteur
- Sûrs entre les mains de Dieu
- Invités à entrer dans l’intimité du Père et du Fils
TOUTE LA LITURGIE d’aujourd’hui est imprégnée de la joie pascale, dont la source est la résurrection du Christ. Ce quatrième dimanche de Pâques est traditionnellement appelé le dimanche du Bon Pasteur. L’Évangile d’aujourd’hui nous apprend que, lors de la fête de la Dédicace, Jésus a prononcé ces paroles sous le porche de Salomon du Temple de Jérusalem : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père. Le Père et moi, nous sommes un » (Jn 10, 27-30).
L’Église tout entière se réjouit parce que le Christ ressuscité est son Pasteur. Dans l’hymne qui précède l’Évangile, nous entendons les paroles que Jésus a prononcées à son sujet : « Je suis le bon pasteur » (Jn 10, 14). Le Christ ressuscité connaît chacun de nous d’une manière particulière, non pas de l’extérieur, mais dans les profondeurs de notre être. « Il nous a faits, et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau » (Psaume responsorial, Ps 99, 3). Il nous connaît par « une connaissance du cœur, propre à celui qui aime et qui est aimé ; à celui qui est fidèle et qui sait à son tour pouvoir avoir confiance » [1]. Le Seigneur ressuscité nous connaît « avec la connaissance “la plus intime”, avec la même connaissance avec laquelle le Fils connaît et embrasse le Père et, dans le Père, embrasse la vérité et l’amour infinis » [2].
Les brebis du troupeau reconnaissent la voix de leur berger, répondent à son appel et le suivent. En écoutant la voix et les sifflets de leur berger, les brebis sont soulagées, car elles se sentent en sécurité. « Le mystère de la voix est suggestif : pensons que, dès le sein de notre mère, nous apprenons à reconnaître sa voix et celle de notre père ; par le ton d’une voix, nous percevons l’amour ou le mépris, l’affection ou la froideur. La voix de Jésus est unique. Si nous apprenons à le distinguer, il nous guide sur le chemin de la vie, un chemin qui surmonte aussi l’abîme de la mort » [3].
TOUT POUVOIR au ciel et sur la terre a été donné au Bon Pasteur. Notre confiance vient de savoir que nous sommes guidés par lui. C’est avec cette certitude de la foi que les premiers apôtres se sont mis en route vers le monde connu. Ils se savaient témoins de cet amour unique, ils se sentaient en sécurité entre les mains de Dieu, les meilleures mains. C’est pourquoi, lorsque des routes leur étaient fermées, ils en ont courageusement ouvert de nouvelles. C’est ce qu’ont fait Paul et Barnabé à Antioche de Pisidie, lorsqu’ils se sont heurtés à la fermeture d’esprit et à la jalousie des Juifs, comme nous le lisons dans la première lecture de la messe d’aujourd’hui : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. C’est le commandement que le Seigneur nous a donné » (Actes 13, 46-47).
Rien de vraiment mauvais ne peut nous arriver si nous faisons confiance au Christ et si nous le laissons nous guider de sa main puissante. Ainsi, nous dit l’Apocalypse, ses brebis « n’auront plus faim, n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 7, 16-17).
« Pour lui, nous ne sommes ni masse ni multitude. Nous sommes des personnes uniques, chacune avec sa propre histoire, chacune avec sa propre valeur, à la fois en tant que créature et en tant que personne rachetée par le Christ. Chacun d’entre nous peut dire : “Jésus me connaît !” C’est vrai, c’est ainsi : il nous connaît comme personne d’autre, lui seul sait ce qu’il y a dans nos cœurs, nos intentions, nos sentiments les plus cachés. Jésus connaît nos forces et nos faiblesses, et il est toujours prêt à prendre soin de nous, à guérir les blessures de nos erreurs par l’abondance de sa grâce. En lui se réalise pleinement l’image du berger du peuple de Dieu esquissée par les prophètes : il prend soin de ses brebis, il les rassemble, il panse les blessés, il guérit les malades » [4].
DANS l’allégorie du Bon Pasteur, Jésus se révèle comme Fils, en tout point égal au Père : « Le Père et moi, nous sommes un. Le Père est en moi, et moi dans le Père » (Jn 10, 30.38). Les autorités juives lui avaient demandé : « Combien de temps vas-tu nous tenir en haleine ? Si c’est toi le Christ, dis-le-nous ouvertement ! » (Jn 10, 24). La réponse du Maître fut si audacieuse et surprenante qu’elle les scandalisa : « Tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu » (Jn 10, 33). Beaucoup des auditeurs qui l’ont entendu réagissent avec foi, mais certains, en particulier les chefs du peuple, le rejettent avec haine, au point de ramasser des pierres pour le lapider (Jn 10, 31).
L’unité entre le Père et le Fils est un point central de l’Évangile, surtout dans la dernière partie de la prédication du Seigneur avant la Passion. Il appelle Dieu « son » Père et fait toutes choses en son nom. Le Père « l’a consacré et envoyé dans le monde » (Jn 10, 36), et l’a chargé de prendre soin des brebis. Le Fils nous ouvre les portes pour participer à sa relation avec le Père : l’intimité même à laquelle il nous invite est déjà la vie éternelle.
Nous faisons partie de la famille du Christ, car c’est lui-même qui nous a choisis (cf. Ep 1,4). « Nous venons à son bercail, attirés par sa voix et par ses sifflements de Bon Pasteur, sûrs que nous ne trouverons le vrai bonheur temporel et éternel qu’abrités sous son ombre » [5]. « Tu nous connais bien, prêchait saint Josémaria ; tu sais bien que nous voulons entendre, écouter toujours attentivement tes sifflements de Bon Pasteur et y répondre parce que la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul véritable Dieu ; et ton envoyé, Jésus-Christ » [6].
Certes, le Bon Pasteur cherche tout le monde, mais certaines brebis rebelles n’acceptent pas ses soins affectueux. Nous sommes émus par la plainte de Jésus devant l’obstination de certains cœurs : « Je vous l’ai dit, et vous ne croyez pas » (Jn 10, 25). La foi exige une volonté attentive et libre, un cœur qui veut écouter la voix du berger. « Je peux voir à la lumière du soleil, mais si je ferme les yeux, je ne vois pas : ce n’est pas à cause du soleil, mais à cause de moi, car en fermant les yeux, j’empêche la lumière du soleil de m’atteindre » [7]. Marie nous aidera à ouvrir tout grand notre cœur à l’amour de Dieu, à l’entendre avec joie nous appeler par notre nom.
[1]. Benoît XVI, Homélie, 29 avril 2007.
[2]. Saint Jean Paul II, Homélie, 27 avril 1980.
[3]. Pape François, Regina cœli, 24 avril 2013.
[4]. Pape François, Regina cœli, 25 avril 2021.
[5]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 22.
[6].Ibid., n° 1.
[7]. Saint Thomas d’Aquin, Sup. Ev. Ioann. in loc.