« Quand la foi devient conversation, le monde écoute. »

Marc Carroggio, professeur de Communication Institutionnelle à l’Université pontificale de la Sainte-Croix à Rome, a tenu une conférence à Santa-María de Bonaigua (Barcelone - Espagne) sur la communication de la foi dans le contexte d'aujourd'hui. Au cœur de notre société en pleine transformation culturelle, le professeur Carroggio a souligné l'intérêt croissant pour le christianisme, comme réponse aux idéologies ternes et à la recherche de sens.

« Dans le monde d’aujourd’hui, on constate un intérêt croissant envers le christianisme. On l’attribue à une sorte de lassitude face à certaines idéologies, la recherche d’un sens cohérent, la quête d’un mode de vie chrétien », a déclaré Marc Carroggio, professeur de Communication Institutionnelle à l’Université pontificale de la Sainte-Croix à Rome, le 2 février dernier lors de sa conférence : « Communication et évangélisation dans le monde contemporain ».

Le professeur Carroggio a commencé sa présentation en exposant divers événements culturels qui attirent fortement l’attention en raison de leur lien inédit avec la religiosité, comme une sculpture de l’artiste hyperréaliste Ron Mueck : Youth (2009). « Nous y voyons un jeune de couleur, de notre époque - il porte des jeans - qui relève son T-shirt pour montrer une plaie sur son côté droit. »

Professeur Carrogio : « Puisque l’art permet de créer des passerelles, le Perth Museum l’a placé à côté d’une œuvre de Giacomo Galli (*1597, Sienne ; †1649, Rome), disciple du Caravage: le Christ montrant ses plaies. »

Cette œuvre de Ron Mueck a fait partie d’une exposition en 2020 à la National Gallery de Londres, intitulée Sin, c’est-à-dire le Péché. Le cartel de l’expo disait : « Un jeune homme relève son T-shirt pour examiner une plaie. Cela évoque l’image du Christ montrant sa plaie sacrificielle. La jeunesse représente-t-elle une autre typologie du Christ ? Cette œuvre propose un chemin de rédemption qui interpelle, dérange et bouscule les stéréotypes et préjugés perpétués par le sempiternel cycle peccamineux de la société. »

Pour le professeur Carroggio, ces deux œuvres d’art de Mueck et de Galli nous disent plutôt « que nous sommes tous un peu le Christ, nous avons tous des blessures, dont nous pouvons tous guérir » ; l’exposition à la National Gallery « est une grande catéchèse sur la création et la rédemption ». En l’an 2000, ce musée avait organisé un autre événement intitulé : « L’image du Christ » (The image of Christ) - probablement le sujet le plus récurrent de l’histoire de la peinture. « Toutes les grandes collections de peintures européennes sont inévitablement de grandes collections d’art chrétien et donc de grandes catéchèses. »

Rosalia et le film « Buen Camino ! »

Le professeur a également abordé la thématique de la culture pop, avec la chanteuse espagnole Rosalia et son album Lux « qui a atteint des sommets historiques sur Spotify et qui en Espagne est devenu un des meilleurs albums, avec plus de 42 millions d’écoutes dès le premier jour. » Il a ensuite projeté une courte vidéo de la chanteuse discutant avec une amie et lui disant être convaincue de ressentir un vide intérieur « que seul Dieu peut remplir ».

Au niveau médiatique, l’événement majeur de 2025 a été le décès du pape François et l’élection de son successeur. « L’élection du pape Léon a fait exploser les compteurs à la télévision l’année dernière, comme le montre ce moment en direct à la BBC britannique où, à la vue de la fumée blanche, la présentatrice s’est exclamée, émue : ‘Nous avons un nouveau pape !’ »

Et le professeur Carroggio d’expliquer que le film italien Buen Camino (Bon Chemin !) de l’humoriste Checco Zalone sur le chemin de Saint-Jacques « est le plus grand succès de l’histoire du cinéma en Italie, dépassant même Avatar. »

Transformation culturelle et soif de sens

Paradoxalement, ces événements artistiques coexistent avec une indéniable et profonde mutation de la culture et des lois . Entre 2000 et 2023, le nombre de mariages catholiques dans le monde entier a diminué de 53 %. En Europe, la baisse a même atteint les 78 %.

En parallèle, « il y a un intérêt croissant envers le christianisme, intérêt attribué à la lassitude face aux idéologies, la recherche d’une matrice de sens, la quête de modes de vie chrétiens. À cet égard, Barcelone est comme un laboratoire : nous voyons de plus en plus de jeunes aller dans les paroisses, à l’adoration eucharistique et à d’autres rencontres spontanées de fidèles chrétiens. »

« En 2025 en France, lors de la Vigile Pascale, 17 000 personnes, en majorité des adultes, ont reçu le baptême. De 2024 à 2025, l’augmentation des baptêmes d’adultes chez nos voisins français a été de 31 %. Il y a quelques jours, à Madrid, 2 grands événements ont été organisés : "Llamados" (Appelés) avec 6 000 jeunes, et "El despertar" (L’éveil) avec 5 000 participants. »

« Nous vivons des moments passionnants, un peu comme à la fin de l’Empire romain d’Occident, l’époque de Saint-Augustin : une personne qui venait du monde païen et qui a fini par devenir un phare de la foi. » Bien entendu, il existe des « facteurs de blocage », comme l’immédiateté, la difficulté de se concentrer, de contempler, ou encore l’individualisme. «Mais il y a également ce que l’on pourrait appeler des ‘carences fertiles’, des vides culturels qui peuvent se transformer en un terreau fertile pour l’évangélisation. »

Quelques clés pour communiquer la foi

Pour terminer, l’intervenant a cité les vœux de Léon XIV à la Curie (22 décembre 2025), pour exposer quelques clés qui aident à communiquer la foi.

Le souverain pontife a dit que « l’Église est par nature extravertie ». « La première clé pour communiquer, c’est l’ouverture (être extraverti, les portes ouvertes) ; être affirmatif pour apporter la bonne nouvelle ; la joie : le christianisme n’est pas une liste d’interdits mais une option positive (pour reprendre des mots de Joseph Ratzinger). » Pour le professeur Carroggio : « l’Église nous conduit à un banquet festif que le Seigneur nous a préparé ». Il a évoqué un magnifique film de 1987, Le festin de Babette, image du banquet que le père organise pour célébrer le retour de son fils prodigue.

La liberté et la relation sont d’autres clés : « Dieu nous invite, personne n’est obligé à venir au banquet. » La relation est une fin en soi, pas un moyen ; elle est nécessaire pour se découvrir enfants et frères et sœurs ; la spontanéité et la confiance sont des dons du Saint Esprit. Ou aussi la relation, qui doit être « christocentrique ». Il faut également prendre en compte la cohérence : être l’image du Christ ; ou la charité : l’enfant bien-aimé. Ou encore la vérité : témoigner de la vérité, de la justice, de la paix. Et finalement l’universalité : de tous, pour tous, parce que toute personne peut connaître un tournant décisif dans sa vie, et en tout.


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