Les fêtes du mois d'août

Notre Dame des Anges, Saint Dominique, Saint Bernard : le mois d'août brille par la présence des saints fondateurs toujours accompagnés par "la Dame au dessus des anges"

Opus Dei - Les fêtes du mois d'aoûtLe Christ en gloire entouré de saints, mosaïque byzantine anonyme, abside de la basilique des saints Côme et Damien (530), Rome.

La trace des pionniers : des fondateurs au moyen âge


1. La Dame au-dessus des anges.

« Jésus-Christ regarda ses pieds et ses mains, percés pour nous. De ce regard d’amour naquirent deux hommes : saint Dominique et saint François d’Assise » (H. Lacordaire, Vie de saint Dominique, 1872, chap. 1). Ces deux fondateurs, inspirés par le même Esprit à la même époque, ont renouvelé l’Église. Sous l’impulsion des papes, les ordres mendiants transformèrent la société urbaine du XIIIe siècle et multiplièrent l’élan missionnaire.

François et ses compagnons commencèrent une prédication itinérante de l’Évangile : ce qui « signifiait la joie pour le changement qu’ils avaient éprouvé dans leurs vies grâce au courage de la pénitence »

Près d’Assise, la Basilique patriarcale Sainte-Marie-des-Anges, rebâtie après des séismes depuis le XVIe siècle, garde un souvenir précieux : la chapelle de la Portioncule. Cet ancien lieu de culte à l’Assomption de Marie, dans la vallée de Spoleto, fut reconstruit par saint François en 1209 ; témoin d'apparitions des anges, il devint berceau de l’ordre franciscain et lieu du départ du fondateur vers la gloire.

La Dame au-dessus des anges Friedrich Overbeck, fresque La vision de saint François (1830) : tympan de la chapelle de la Portioncule, basilique Notre-Dame-des-Anges, Assise.

La Portioncule abrite un polyptique du Trecento embrasé de couleur. Sa façade est couronnée d’une statue gothique. Sur le tympan, la fresque de Friedrich Overbeck (1830) figure la vision de 1216 : François demande à Jésus et à Marie, entourés d’anges, l’indulgence plénière pour les pèlerins. Depuis, le 2 août commémore ce signe de miséricorde ; par la suite, l’indulgence fut élargie à toutes les églises paroissiales du monde. Notre Dame des anges étend partout le règne de son Fils.

« De l’Incarnation à l’Ascension, la vie du Verbe incarné est entourée de l’adoration et du service des anges » (Catéchisme §333). Marie est acclamée à Pâques comme Regina caeli ; cette antienne, ainsi que la salutation à « la Souveraine des anges » (Ave Regina caelorum), est attribuée au bénédictin Geoffroy, abbé de la Trinité de Vendôme (1132). Saint François lui dédiera la chapelle. Entre autres lieux-dits de plusieurs continents, « Le village de Notre Dame, Reine des anges, du fleuve Portioncule », fondé par les évangélisateurs franciscains, lui doit son nom; le fleuve est devenu Los Angeles River, tandis que l’agglomération a gardé sa dénomination castillane Los Angeles (Californie, USA).

François et ses compagnons commencèrent une prédication itinérante de l’Évangile : ce qui « signifiait la joie pour le changement qu’ils avaient éprouvé dans leurs vies grâce au courage de la pénitence » (J. Ratzinger, Le pardon d’Assise, 2005). Autour des papes, la paisible ville d’Assise a accueilli, à trois reprises (entre 1986 et 2011), des rassemblements de prière pour la paix.


2. Étudier par amour.

Sous l’impulsion de l’Esprit, les ordres mendiants apportent un renouveau. L’un des fondateurs, Dominique Guzman, un généreux chanoine castillan, honore son Maître : son prénom signifie «appartenant au Seigneur». En effet « Dominique, l’athlète du Seigneur, a confirmé son nom par ses œuvres » (Liturgie des Heures, Hymne, 8 août).

L’amour de la vérité enlace foi et raison. La fatigue de l’étude rigoureuse devient tremplin de l’amour, qui communique la vérité et ravit les esprits.

« Il parlait toujours avec Dieu et de Dieu. Dans la vie des saints, l'amour pour le Seigneur et pour le prochain, la recherche de la gloire de Dieu et du salut des âmes vont toujours de pair » (Benoît XVI, Audience, 3/02/2010). L’esprit de prière libère et prépare à l’écoute ; donne courage pour chercher des réponses éclairantes.

Alfonso Lombardi, relief en marbre, prédelle du mausolée de saint Dominique : L’entrée du saint au ciel (1532), Basilique Saint-Dominique, Bologne.

L’amour de la vérité enlace foi et raison. La fatigue de l’étude rigoureuse devient tremplin de l’amour, qui communique la vérité et ravit les esprits.

Après la fondation des Frères Prêcheurs à Toulouse (1215), saint Dominique quitta ce monde, six ans plus tard, à Bologne. Canonisé en 1234, les aumônes bâtirent une basilique en son honneur (1240).

Une Arche garde son corps dans une chapelle, où les frères du couvent implorent chaque soir l’intercession du père. Une fresque de Guido Reni montre le saint en gloire ; sept statues symbolisent les vertus théologales et cardinales.

L’Arche de Saint Dominique, sculptée à partir de 1267, comme nouveau sarcophage, ressemble à un traité de théologie en marbre : la création, la rédemption, l’Église. Alfonso Lombardi (1532) ajouta, entre autres reliefs, L’entrée du saint au ciel, selon la vision d’un dominicain : le fondateur est assis sur une échelle que Jésus et Marie tirent vers le haut.

Dominique mobilise ses confrères. Certains, martyrs ; d’autres, papes ; la plupart annoncent la Parole et cultivent les sciences sacrées. La dévotion mariale leur doit la diffusion du rosaire et la tripartition des mystères, avec Alain de la Roche en Bretagne et la confrérie de l’université de Cologne. Avec eux, le Nouveau Monde aura sa première université (1538) à la cité de Saint-Domingue ; l’Asie, l’Université Saint-Thomas de Manille (1611) ; Jérusalem, l’École Biblique (1890), grâce à l'abnégation fidèle du père Lagrange.

La statue du fondateur sera la première à orner l’intérieur de Saint-Pierre du Vatican, en 1706. « Il nous rappelle que dans le cœur de l'Église doit toujours brûler un feu missionnaire : car le Christ est le bien le plus précieux que les hommes et les femmes de chaque époque et de chaque lieu ont le droit de connaître et d'aimer ! » (Benoît XVI, ibidem).


3. Le Bourguignon amoureux.

Francisco Ribalta, Le Christ embrassant saint Bernard (1625), Musée du Prado, Madrid.

Après une jeunesse mondaine, Bernard de Fontaine (1090-1153), noble et cultivé, embrasse avec passion la vie religieuse selon la règle réformée de Cîteaux. Il n’a que vingt ans, mais sa flamme entraîne avec lui une trentaine d’amis.

« La foi est avant tout une rencontre personnelle, intime avec Jésus, et doit faire l'expérience de sa proximité, de son amitié »

Désigné abbé de Clairvaux (1115), il intervient dans la vie spirituelle et politique. Avec la fondation de 72 monastères, il imprime à l’ordre une diffusion inattendue.

Son dépouillement le porte à se revêtir du Christ ; le recueillement le conduit vers la plus haute union. « La foi est avant tout une rencontre personnelle, intime avec Jésus, et doit faire l'expérience de sa proximité, de son amitié » (Benoît XVI, Discours 21/10/09).

La liturgie guide sa montée vers la Jérusalem céleste, cité de liberté des pénitents amoureux. Bernard se réjouit des souffrances qui le rapprochent du Sauveur, « parce que le Seigneur est proche de ceux dont le cœur est dans l'affliction » (Sermon de carême sur le Psaume XC, 16 §3).

Le catalan Francisco Ribalta peignit son chef-d’œuvre Le Christ embrassant saint Bernard (1625, Musée du Prado, Madrid), pour la chartreuse de Porta-Coeli (Valence) : le contraste entre la force du Sauveur et la fragilité du moine inspire l’abandon ; la gamme presque monochrome se déploie en mille nuances ; la lumière latérale fusionne les deux figures.

Bernard jubile dans le Nom souverain. « Lorsque tu discutes ou que tu parles, rien n'a de saveur pour moi, si je n'ai pas entendu résonner le nom de Jésus » (Sermons sur le Cantique 15, 6). Avec Jésus, Bernard s’attache à la Mère de Dieu : les églises cisterciennes sont dédiées à la Vierge, modèle d’union radicale au Rédempteur.

La connaissance de soi porte Bernard à la miséricorde. Il protège les juifs, « os et chair du Messie », contre les persécutions. Éphraïm, rabbin de Cologne, dans son Livre du souvenir, lui adresse un éloge soutenu : « Sans la miséricorde de cet abbé, il ne serait pas resté d'Israël un seul survivant ».

François Jouffroy, statue de Saint Bernard (1859), Cour Napoléon, Louvre.

Depuis 1850, le musée du Louvre rend hommage, avec 86 statues, aux hommes illustres de la France ; parmi les 8 ecclésiastiques représentés, saint Bernard y trouve sa place, dans la sculpture en pierre de François Jouffroy.


Abbé Antoine Fernandez