La chaire de saint Pierre

L'abbé Pégourier nous propose une réflexion sur une importante fête liturgique du mois de février : la chaire de saint Pierre

Cette fête, fixée au 22 février, correspond à une tradition attestée à Rome dès le IVe siècle, et rappelle le magistère suprême de Pierre.

La chaire est le siège fixe de l‘évêque, placé dans l’église mère d’un diocèse, la cathédrale. Elle représente le symbole de son autorité et de son « magistère », c'est-à-dire l’enseignement évangélique qu’en tant que successeur des Apôtres, il est appelé à conserver et à transmettre à la communauté chrétienne. Historiquement, le premier siège du Prince des Apôtres, et donc de l’Église, fut le Cénacle à Jérusalem où Pierre, après l’Ascension du Seigneur et la Pentecôte, commença son ministère. Par la suite, la chaire de Pierre devint Antioche, ville située sur le fleuve Oronte, en Syrie, aujourd’hui en Turquie et, à cette époque, troisième grande ville de l’empire romain après Rome et Alexandrie d’Égypte. De là, la Providence le conduisit au centre du monde de l’époque, l’Urbs, « la Ville », symbole de l’Orbis, la terre où, par le martyre, il conclut sa course au service de l’Évangile. C’est pourquoi au siège de Rome, qui avait reçu le plus grand honneur, échut également la tâche confiée par le Christ à Pierre d’être au service de toutes les Églises particulières pour l’édification et l’unité du Peuple de Dieu tout entier [1].

Un symbole d'autorité

Le Siège apostolique symbolise l’autorité de l’évêque de Rome sur tout le Peuple de Dieu. Étymologiquement, exerce l’autorité celui qui a la responsabilité de augere, de faire croître : en l’occurrence d’assurer la croissance harmonieuse de l’Église universelle par ses soins de bon pasteur. Ce rôle primatial du siège romain est confirmé par une tradition qui remonte aux tout premiers temps du christianisme :

-          Á la fin du premier siècle, saint Clément (4e pape) intervient de sa propre initiative, alors que l’apôtre Jean, à Éphèse, est encore vivant, pour apaiser les fidèles de la communauté de Corinthe, en révolte contre leurs pasteurs légitimes, à la suite de la persécution de Domitien. Ses exhortations sont prises en considération et personne ne s’enhardit à en contester la légitimité [2].

-          Saint Ignace d’Antioche, au début du IIe siècle, parle du primat de la chaire de saint Pierre qui préside à toute l’assemblée de la charité [3].

-          Un siècle plus tard, saint Irénée, évêque de Lyon, écrit : Avec cette Église, en raison de son éminente supériorité, doit s’accorder l’Église universelle, c’est-à-dire les fidèles qui sont partout [4].

-          Par la suite, saint Jérôme, l’auteur de la Vulgate, s’adresse au Souverain Pontife en ces termes : Je ne crois en aucun autre primat que celui du Christ ; c’est pourquoi je me mets en communion avec ta béatitude, c’est-à-dire avec la chaire de Pierre. Je sais que l’Église est édifiée sur cette pierre [5]. La chaire de l’évêque de Rome représente donc non seulement son service à la communauté romaine, mais aussi sa mission de guide de l’ensemble du Peuple de Dieu.

La chaire, symbole d'unité

Quant à l’unité de l’Église, le ministère singulier et spécifique du successeur de Pierre est rappelé par les deux conciles du Vatican : principe et fondement perpétuels et visibles d’unité de foi et de communion [6], il protège les légitimes diversités et, en même temps, veille à ce que les différences ne nuisent point à l’unité, mais la servent [7]. Par vous – écrivait saint Josémaria à Pie XII -, nous entendons la voix du Pasteur de tous les pasteurs ; c’est pourquoi nous souhaitons (…) avec une fidélité et un dévouement absolus, remplir toute tâche où nous pourrons servir l’Église [8]. Cette réponse filiale à l’attente du vicaire du Christ se traduisit crescendo dans sa vie jusqu’à son départ au ciel. Les déchirures de l’Église étaient pour lui comme des pierres que l’on arracherait à une cathédrale. Il lui venait l’envie de baiser ces blocs de pierre, avant de les remettre en place. C’était pour lui une question d’amour. Sa manière de réagir consistait à tenter de réparer, en aimant davantage : il offrit sa vie pour l’Église et le Souverain Pontife, et continua à l’offrir chaque jour. Pendant ses dernières années sur terre, ses actes d’offrande devinrent de plus en plus fréquents : il suppliait le Seigneur de prendre sa vie et, en échange, de répandre à nouveau sur l’Église des flots de sainteté, de saine doctrine et d’esprit surnaturel. Il renouvela, quelques heures avant de mourir, l’offrande de sa vie et de mille autres vies qu’il aurait pu avoir.

Á la suite du Saint Père, ambitionnons d’être ces pierres vivantes grâce auxquelles la famille chrétienne se construit ; et demandons à Notre-Dame, « Mère de l’Église » de préparer, d’ouvrir notre âme à la conversion pour nous faire entrer de «plain-cœur » dans ce temps de carême !

[1]                      Benoît XVI, homélie de la fête, 2006.

[2]                      Épître aux Corinthiens. [3]              Épître aux Romains. [4]              Contre les hérésies III, 3, 2-3.

[5]              Les lettres I, 15, 1-2.

[6]              Constitution Pastor aeternus de Vatican I.

[7]              Constitution Lumen Gentium 13 de Vatican II.

[8]              Lettre, 8.XII.1946.