Bethléem: le champ des bergers

C’est dans cette région que David faisait paître le bétail lorsqu’il fut oint par Samuel. Trois générations auparavant, Ruth, sa bisaïeule, glanait les champs de blé. Des siècles plus tard, lorsque s’accomplit la venue du Fils de Dieu sur terre, c’est ici qu’eut lieu la première annonce de la naissance de Jésus.

Bibliographie et essais

Traces de notre foi

Toute la zone de Bethléem est sur un terrain doucement vallonné. Sur quelques coteaux en terrasses, il y a des oliveraies. Dans les vallées, les zones les plus plates sont parsemées de terrains de culture et sur les terres en friche, au sol rocailleux, pousse une végétation, typiquement méditerranéenne, de pins, de cyprès et de plusieurs espèces d’arbustes.

Sanctuaire du Gloria in excelsis Deo, à Siyar el-Ghanam. photo: Alfred Driessen.

C’est dans cette région que David faisait paître le bétail de son père lorsqu’il fut oint par Samuel. Trois générations auparavant, Ruth, sa bisaïeule, glanait les champs de blé et d’avoine, sur les traces des faucheurs de Booz (cf. Rt 2, 1-17). Des siècles plus tard, lorsque s’accomplit la venue du Fils de Dieu sur terre, c’est ici qu’eut lieu la première annonce de la naissance de Jésus. Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et qui veillaient la nuit sur leur troupeau. Un ange du Seigneur parut auprès d'eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de clarté, et ils furent saisis d'une grande crainte. Mais l'ange leur dit: " Ne craignez point, car je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple une grande joie: il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Et voici ce qui vous en sera le signe: vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche. " (Lc 2, 8-12).

Le récit évangélique ne permet pas d’identifier avec certitude le lieu de cette apparition, cependant les chrétiens l’ont tout de suite localisé dans un endroit à deux ou trois kilomètres à l’est de Bethléem, là où se trouve aujourd’hui le village de Bet Sahur: “la maison des veilleurs ”. Saint Jérôme en parle (cf. Saint Jérôme, Épître CVIII. Epitaphium Sanctae Paulae, 10), et l’associe à la localisation biblique dite Migdaléder -“la tour d’Ader” ou “du troupeau ”-, où Jacob planta son camp après la mort de Rachel (cf. Gen 35, 21). Aux IVème et Vème siècles, durant la période byzantine, on y dressa un sanctuaire dédié aux bergers. L’église de Jérusalem y célébrait la fête de la vigile de Noël et on y vénérait aussi une grotte. Un monastère fut aussi construit. Ceci dit, à l’arrivée des croisés, tout était en ruine.

Des siècles plus tard, à l’époque moderne, deux endroits différents du village Bet Sahur conservaient la mémoire des traditions anciennes. Le premier, dit Der er-Ruat était à l’ouest du village. De nos jours, c’est presque un quartier de Bethléem. On y trouvait des ruines d’un petit sanctuaire byzantin. Actuellement, il y a une église orthodoxe dans cette zone, bâtie en 1972, ainsi que la paroisse catholique construite en 1951 et dédiée à Notre Dame de Fatima et à Sainte Thérèse de Lisieux.

Vestiges des monastères du Champ des Bergers. Photo : Leobard Hinfelaar.

Le second endroit se trouve à 1 km à peu près vers le nord ouest, sur l’emplacement de Siyar el-Ghanam, “le champ des bergers ». Sur un flanc de coteau avec de nombreuses grottes naturelles, il y avait un terrain avec des vestiges que les Franciscains se procurèrent au XIXème siècle.

Les fouilles faites entre 1951-1952, à la suite des recherches partielles de 1859, permirent de découvrir deux monastères qui avaient été habités du IVèmesiècle au VIIIème.

L’église du premier avait été démolie au IVème siècle et reconstruite sur la même base avec un léger déplacement de l’abside vers l’est ce qui suggère un rapport avec un souvenir particulier. Cet ensemble monacal comprenait de nombreuses installations agricoles, des pressoirs, des silos, des citernes, des vasques et les grottes de la zone étaient mises à profit. Elles avaient sans doute déjà été utilisées au temps de Jésus, à en juger d’après les découvertes de céramiques appartenant à l’époque hérodienne. On conserve aussi des vestiges d’une tour de garde.

Sur un rocher dominant ces vestiges du Champ des Bergers, la Custode de Terre Sainte construisit entre 1953 et 1954, le sanctuaire du Gloria in excelsis Deo, où l’on commémore la première annonce de la naissance du Christ. On y accède par une allée dallée, flanquée de pins et de cyprès. De l’extérieur, cette base décagonale et ces murs inclinés, semblent vouloir évoquer une tente de nomades. À l’intérieur, l’autel est au centre ; sur les murs, en trois absides, sont reproduites les scènes évangéliques : l’apparition céleste, les bergers allant vers Bethléem et l’adoration de l’Enfant. Le flot de lumière qui coule à partir de la coupole en verre, fait penser à la clarté qui entoura ces hommes.

Dix représentations d’anges qui entonnent leur chant de louange, ornent le tambour : gloria in altissimis Deo et in terra pax hominibus bonæ voluntatis (Lc 2, 14).

Dix anges ornent le tambour de la coupole. Photo : Berthold Werner (Wikimedia Commons).

Don Alvaro del Portillo, premier successeur de saint Josémaria, se rendit à Bethléem. Il y célébra la Messe à la Grotte de la Nativité. Le matin, sur la route de Jérusalem, il avait commencé à prier en faisant la lecture du récit de saint Luc sur la naissance de Jésus. Il finit son oraison sur le Champ des Bergers, à Bet Sahur, où il visita les vestiges vénérés.

L’armée céleste

Les bergers, enveloppés d’un nuage de lumière, écoutaient le message lorsque soudain, l’ange fut entouré d’une armée céleste qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime » (Lc 2, 13-14). Benoît XVI commente ce passage en soulignant un détail : « l’évangéliste dit que les anges « parlent ». Mais pour les chrétiens il était clair depuis le début que la parole des anges est un chant dans lequel se fait perceptiblement présente toute la splendeur de la grande joie qui leur est annoncée. Et ainsi, à partir de ce moment, le chant de louange des anges n’a plus jamais cesse.» (Joseph Ratzinger/Benoît XVI, l’Enfance de Jésus, p.106).

Leur chœur se fait entendre à travers les siècles, dans cette hymne de Gloire que l’Église incorpora très vite à la liturgie.

Leur chœur se fait entendre à travers les siècles, dans cette hymne de Gloire que l’Église incorpora très vite à la liturgie.

«Le chant que les anges entonnèrent au-dessus de la grotte de Bethléem nous aide à répondre à cette interrogation: "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime" (Lc 2, 14). Le cantique de la nuit de Noël, entré dans le Gloria, fait désormais partie de la liturgie comme les trois autres cantiques du Nouveau Testament, qui se réfèrent à la naissance et à l'enfance de Jésus, le Benedictus, le Magnificat et le Nunc dimittis. Alors que ces derniers sont respectivement insérés dans les Laudes du matin, dans la prière du soir des Vêpres et dans la prière nocturne de Complies, le Gloria a trouvé sa place précisément dans la Messe. Dès le IIème siècle, plusieurs exclamations furent ajoutées aux paroles des anges: "Nous te louons, nous te bénissons, nous t'adorons, nous te glorifions, nous te rendons grâce pour ton immense gloire"; et plus tard d'autres invocations: "Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père, qui enlève les péchés du monde...", jusqu'à formuler un air de louange harmonieux qui fut chanté pour la première fois au cours de la Messe de Noël et ensuite tous les jours de fête. Inséré au début de la célébration eucharistique, le Gloria sert à souligner la continuité qui existe entre la naissance et la mort du Christ, entre Noël et Pâques, des aspects inséparables de l'unique et même mystère de salut.» (Benoît XVI, Audience générale 27-XII-2006).

Lorsqu’il récite ou qu’on chante le Gloire au Père à la Sainte Messe, aux jours et aux temps prescrits par la liturgie, chacun doit se représenter ces mystères où l’on contemple Jésus fait homme pour accomplir la Volonté du Père, nous révéler l’amour qu’il nous porte, nous racheter, nous rétablir en notre vocation de fils de Dieu, (Cf. Catéchisme de l’Église Catholique, n. 516-518). Si nous sommes sincèrement unis à cette hymne angélique non seulement par notre parole mais avec notre vie entière, nous cultiverons le désir d’imiter le Christ, en accomplissant nous aussi la volonté de Dieu et en lui rendant gloire.

Sur l’autel, une inscription rappelle la contribution du Canada à la construction du sanctuaire. Photo: Jamie Lynn Ross (Flickr).

Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime. Que la paix du Christ triomphe dans vos cœurs, écrit l’apôtre. La paix de se savoir aimés par Dieu notre Père, incorporés au Christ et protégés par la Sainte Vierge Marie, entourés par saint Joseph.

C’est cette grande clarté qui éclaire nos vies et qui, au cœur des difficultés et des misères personnelles, nous encourage à aller courageusement de l’avant. (Quand le Christ passe, 22)

Je perçois avec une évidente clarté la formule, le secret du bonheur terrestre et éternel : ne pas seulement accepter la Volonté de Dieu, mais y adhérer, s’identifier, aimer —pour tout dire— avec un acte positif de notre volonté, cette Volonté divine. Voilà le secret infaillible, j’insiste, de la joie et de la paix (Forge, 1006).

Je t'ai rapporté ce que même des personnes n’ayant pas reçu le baptême m'ont dit tout émues : je comprends vraiment que les âmes saintes puissent être heureuses, puisqu’elles perçoivent les événements avec un regard au-delà des choses terre-à-terre et qu’elles voient tout sous un angle d’éternité. Puisse ce regard ne jamais te faire défaut, ai-je ajouté, afin que tu sois conséquent avec l’amour de prédilection dont la Trinité t’a comblé (Forge, 1017)

Après avoir entendu l’annonce triomphante des anges, les bergers « partis en hâte, ont trouvé Marie, Joseph et l’Enfant couché dans une mangeoire. En le voyant, ils ont reconnu tout ce qui leur avait été dit sur l’Enfant. Et tous ceux qui les entendirent s’émerveillèrent de ce que les bergers leur avaient dit » (Lc 2, 15-18).

Sur les absides il y a des représentations des principales scènes du passage évangélique. Photo : Berthold Werner (Wikimedia Commons).

Il est logique que les bergers aient hâté le pas puisque sans s’y attendre, ils ont été les témoins d’un moment historique. Dans la vie spirituelle et dans l’apostolat, la docilité aux inspirations de l’Esprit Saint nous demande de tirer profit des occasions dès qu’elles se présentent. Cette empressement, loin de nous stresser, est une expression de notre amour : quand on travaille uniquement et exclusivement pour la gloire de Dieu, tout est fait avec naturel, tout simplement, comme si l’on était pressé et sans pouvoir s’arrêter à de plus hautes considérations, afin de ne pas perdre ce lien, incomparable et unique, avec le Seigneur (Sillon, 555).

Le récit évangélique localisé à Bethléem et ses environs, se termine avec la liesse des bergers : « ils rentrèrent chez eux en louant et glorifiant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur fut dit » (Lc 2, 20). Et auparavant, saint Luc révèle un détail intime : « Marie gardait toutes ces choses en son cœur et les méditait » (Lc 2, 19). Tâchons, nous aussi, de l’imiter en tissant nos liens avec le Seigneur, dans un dialogue d’amoureux, pour nous entretenir, par le menu, avec lui sur tout ce qui nous concerne.

N’oublions pas que nous sommes tenus de tout peser, apprécier, voir avec les yeux de la foi, afin d’y découvrir la Volonté de Dieu (Amis de Dieu, 285).

Pour en savoir davantage :

Vidéo de la Custode de Terre Sainte sur Bethléem