Un confinement d’étudiant hyper connecté avec le monde. Le témoignage de Delphine

Dans un monde en plein essor où l’ampleur de la science donne l’impression que tout est sous contrôle ; un monde où les grands esprits se rencontrent pour prendre des décisions pertinentes relatives aux problèmes les plus épineux, qui aurait pu croire qu’un ennemi invisible aurait mis ce monde en mode silencieux ? Le témoignage de Delphine.

Opus Dei - Un confinement d’étudiant hyper connecté avec le monde. Le témoignage de Delphine

La vie, qui saurait en scruter les profondeurs ? Nous passons nos journées à tout planifier en ignorant réellement de quoi sera fait demain. Comme me le disait un ami très proche, « quelle que soit ta taille, tu ne peux voir demain ».

Nous passons nos journées à tout planifier en ignorant réellement de quoi sera fait demain. Comme me le disait un ami très proche, « quelle que soit ta taille, tu ne peux voir demain ».

Dans un monde en plein essor où l’ampleur de la science donne l’impression que tout est sous contrôle ; un monde où les grands esprits se rencontrent pour prendre des décisions pertinentes relatives aux problèmes les plus épineux, qui aurait pu croire qu’un ennemi invisible aurait mis ce monde en mode silencieux ? Pourquoi un tel relâchement ? D’où est venue l’inattention qui a rompu l’euphonie ?

Le Covid-19 s’était emparé de toute la sphère mondiale, que ce soit du septentrion ou du midi, de l’orient ou de l’occident. Des mesures devraient donc être prises dans le but de freiner l’évolution de ce mal humanitaire.

Nous assistions donc à la fermeture des écoles, commerces, industries d’utilité secondaire, lieux de culte, restaurants, maquis, boîtes de nuit…

Nul n’était à l’abri de ce confinement. J’étais moi aussi privée des activités qui meublaient mes journées. Je décidai donc de quitter Abidjan pour la ville d’Adzopé, chef-lieu de la région de la Mé où vivent ma sœur aînée et sa famille nucléaire constituée de six membres : M. YAO JOSEPH ; ses fils ANDRÉ, ALEXIS SAINT FRÉDÉRICK et SAINT SYLVESTRE ainsi que sa fille ANNE CHRISTELLE.

Delphine avec ses neveux à Adzopé


Je ne fuyais pas le Covid-19 loin de là ; mais mon départ était motivé par le fait que la chaleur du cocon familiale me serait bénéfique contrairement à la vie en résidence universitaire qui devenait de plus en plus tiède.

Au départ, la cohabitation ne fut point facile, moi qui était habituée à mon petit cadre de vie à la cité Mermoz que je maîtrisais pleinement. Je jouissais d’une autonomie, mes journées étaient planifiées à ma guise. Désormais, il me fallait apprendre à ajuster mon programme à celui de la maison pour ne pas rester étrangère à cette famille qui dans un laps de temps était devenue mienne. Je jouais le rôle d’une apprentie maman, un aspect de la vie dont le cours ne m’avait pas été enseigné à l’université : ménage, cuisine, petites activités familiales pour tenir en haleine les enfants en cette période de confinement, en l’occurrence des jeux éducatifs, des soirées cinéma, des séances de pâtisserie qui me permettaient de mettre en exergue les cours de cuisine que j’ai reçus au Centre Culturel MARAHOUÉ.

En dépit de toutes ces activités propices à mon développement personnel, il ne me fallait pas oublier ma condition d’étudiante. Forte de cela, je consacre par jour deux heures à la lecture ou à ma mise à jour en anglais et en conjugaison selon un emploi du temps bien établi.

Vivre en famille, c’est bien ; étudier, c’est encore mieux mais je ne pouvais pas me permettre d’oublier la base : Dieu qui se « matérialise » par la réalisation de mon plan de vie à savoir l’offrande d’œuvres dès le réveil, les prières du matin et du soir, la messe sur KTO, le chapelet, la lecture spirituelle, l’examen de conscience au coucher, l’entretien et le Cercle.

« Cette période devait donc être pour chacun de nous un moment de conscientisation »


Un jour, la curiosité de mon jeune neveu SAINT FREDERICK l’amena à me demander la raison pour laquelle je faisais mon chapelet quotidiennement. Pour m’accorder avec son raisonnement d’enfant, je lui répondis tout simplement que c’est pour bénéficier de la présence de Dieu par Maman Marie. Je fus stupéfaite lorsqu’il me fit savoir que désormais il se chargerait personnellement de ma protection pour que je n’aie plus à faire le chapelet tous les jours. Le soir venu, il était assis à mon chevet, me fixant avec un regard innocent tel celui d’un ange. Il m’assura qu’il ne dormirait pas de toute la nuit dans le but de veiller sur moi jusqu’au petit matin. Je laissai transparaître sur mon visage un sourire narquois car je savais pertinemment qu’il ne tiendrait pas plus de trente minutes. Vingt minutes plus tard, la veille était terminée, il somnolait déjà ! Je l’invitai donc à s’allonger et à dormir.

Le lendemain, belle fut la leçon de moralité que je l’aidai à en tirer : seul Dieu peut veiller sur nous nuit et jour sans se lasser. Nous les hommes, nous sommes limités.

Ce qui me donnait la force de réaliser mon plan de vie, c’est que j’avais la ferme conviction qu’à chaque heure prévue pour chaque norme, le Seigneur m’attendait et cela me gardait du désespoir et du stress que crée cette menace qui plane sur nos toits.

En raison de la crise sanitaire, les portes du Centre Culturel MARAHOUÉ sont fermées aux filles pour des raisons sécuritaires, mais cette fermeture n’est que matérielle car loin des yeux certes, mais nous sommes unies par les liens du cœur. Les gestes barrières n’ont pas fait obstacle à cette chaleur familiale qui est l’apanage du Centre.

« Le lien avec le Centre Culturel Marahoué s’est renforcé »


Je reçois le Cercle via l’application Zoom les mercredis à 16 heures avec une responsable du Centre qui est si enthousiaste de nous former ; l’entretien avec mon amie les mercredis également à 17 heures 30 minutes par appel téléphonique et enfin la récollection chaque premier samedi du mois par WhatsApp.

En lisant ces lignes, l’on pourrait avoir l’impression que je vis un temps de confinement parfait, exempt de toute embûche.Cependant, tel n’est pas le cas ; je ne navigue pas sur un fleuve tranquille. Mais comme le dit SAINT JOSEMARIA au point 712 de Chemin : « tu es tombé très bas ! Eh bien, pose les fondations à cette profondeur. »

Le chemin de la sainteté n’est aucunement linéaire mais je puis affirmer avec l’apôtre Paul, que la grâce du Seigneur est suffisante. Force d’âme, tempérance, charité et prudence sont mes compagnons fidèles, au cœur de ce confinement afin de lutter pour faire le plan de vie, savoir me détacher du téléphone, de la télévision et aussi du lit, faire fi de mon confort personnel pour me fondre dans un nouveau mode de vie souvent tumultueux avec ma propre ambiance.

Il n’y a pas de plus grand bonheur que de lutter pour vivre une cohérence de vie, en union avec son « moi » intérieur qui n’est rien d’autre que la voix de Dieu au plus profond de son être.

Dans nos journées occupées et surchargées, à travers l’accessoire qui nous sollicite et nous attire, nous perdons très souvent le sens de l’essentiel. Ce temps m’a permis de renouer des liens d’amitié que j’avais foulés aux pieds jusque-là.

Nombreux sont ceux qui soutiennent que le Covid-19 est un châtiment divin. Il n’existe certes pas de tableau noir dans le ciel sur lequel serait inscrit l’avis de Dieu sur ce mal infernal. Mais en me fondant sur son visage miséricordieux que j’ai découvert à travers les moyens de formation que je reçois au Centre, je peux affirmer avec véhémence que Dieu dans son amour agapè ne saurait être l’auteur d’une telle calamité. Nuire à sa création serait se nier lui-même.

Cette période devait donc être pour chacun de nous un moment de conscientisation. Les restaurants, maquis et boîtes de nuit fermés, des familles prennent leurs premiers dîners ensemble, des parents découvrent les goûts de leurs enfants, des couples réapprennent à vivre les délicieux moments de leurs fiançailles.

Les églises fermées, celles des cœurs s’ouvrent dans chaque maisonnée. Le monde est lancé dans un élan de solidarité inégalé. Chacun attend avec ferveur accrue le jour où ce visiteur malin sera bouté hors de nos cités : l’espérance est devenue universelle et telle devrait être notre foi : universelle. En attendant l’ouverture des frontières, écoles, commerces et infrastructures, commençons par ouvrir les yeux de nos cœurs pour apprécier les petites choses de la vie et ouvrons-nous à l’instant présent : c’est ce qui compte vraiment…