Quarante ans en Côte d’Ivoire

Le 26 septembre 1980 sont arrivés à Abidjan les premiers membres de l’Opus Dei qui devaient commencer le travail apostolique de l’Œuvre en Côte d’Ivoire. L’un des pionniers nous livre ses souvenirs.

Opus Dei - Quarante ans en Côte d’IvoireL’arrivée de l’abbé Sanchez et d’Ignace à l’aéroport

Le 26 septembre prochain il y aura quarante ans que je suis arrivé à Abidjan. L’abbé Touzet était arrivé la veille et m’attendait à l’aéroport. Le lendemain est arrivé Gilbert. Et, une semaine après, l’abbé Sanchez et Ignace. Il était prévu qu’ils voyagent dans le même vol que moi, mais un problème d’overbooking les a retenus à Las Palmas. Grâce à ce même overbooking, j’ai fait le voyage de las Palmas à Abidjan dans le cockpit, à côté du pilote. Aujourd’hui cela serait inimaginable.

En réalité, l’aventure avait déjà commencé très bien quelques jours auparavant : du 15 au 23 septembre, les cinq qui devions venir en Côte d’Ivoire et les cinq qui partaient pour commencer au Zaïre (aujourd’hui RDC) avons passé une semaine aux côtés de celui qui était alors le prélat de l’Opus Dei, le bienheureux Alvaro del Portillo. Quelle grande affection a déversé don Alvaro sur nous !

Des premiers jours à Abidjan je garde de nombreux souvenirs, tous très agréables. Tout était une surprise. Mais si j’entrais maintenant dans les détails, je n’en finirais pas.

Nous avions des adresses de quelques étudiants d’Espagnol qui étaient allés faire un séjour linguistique à l’Université de Salamanque. Mais ces adresses (boîtes postales) n’étaient pas très utiles. Ignace et Gilbert sont allés à l’Université, à Cocody, et là ils ont fait connaissance avec Paul, étudiant d’Espagnol, mais qui n’était jamais allé à Salamanque. Paul nous a présenté de nombreux amis. Il avait une capacité extraordinaire de se faire des amis. Il est devenu membre de l’Œuvre peu de temps après. Il est maintenant au ciel.

Don Alvaro salue Paul en 1989

Nous avons commencé à aller à la rencontre des étudiants et organiser des causeries de formation chrétienne dans leurs logements. La Cité Mermoz, la Cité Rouge, Campus 2000, les Toits Rouges de Yopougon ont été le cadre de ces rencontres. Quelques-uns, peu nombreux, venaient chez nous les samedis pour la méditation Il n’aurait pas été possible de recevoir de grands groupes : la maison était petite et l’oratoire extrêmement réduit.

Nous avions aussi quelques adresses de messieurs plus âgés qui nous avaient été données par leurs amis en France et en Espagne. Et nous avions un documentaire sur l’Opus Dei qui avait été filmé en 1978 à l’occasion des 50 ans de l’Œuvre : « Les chemins divins de la Terre ». Nous l’avons regardé une multitude de fois avec de petits groupes d’amis.

Le 25 juin 1981, à dix-neuf heures, l’abbé Sanchez a célébré pour la première fois la messe à la paroisse Saint-Jacques pour l’âme du fondateur de l’Opus Dei, Josémaria Escriva, décédé six ans plus tôt ; c’était alors une petite église, mais suffisante pour le petit groupe d’amis qui sont venus. Nous étions assez émus. Vingt-et-un ans plus tard, à l’occasion du centenaire de la naissance de saint Josémaria, il y a eu une messe à la cathédrale Saint-Paul avec plus de deux mille personnes. Germain, l’un des amis qui avait été à la messe de 1981, m’a dit : « vraiment, on a fait un bon travail ».

La messe du 25 juin 1981

Revenons à 1981. Le 25 septembre sont arrivées les premières femmes de l’Opus Dei qui venaient en Côte d’Ivoire. C’était très important, car l’apostolat de l’Œuvre se fait avec des hommes et avec des femmes.

Vers Noël nous avons déménagé à une autre maison ; elle était mieux située pour les étudiants et les lycéens, plus grande et nous pouvions accueillir dans l’oratoire plus de vingt personnes ! Cette maison a été le cadre d’une bonne expansion des apostolats et de quelques événements importants : les premières vocations, la visite du bienheureux Alvaro del Portillo en 1989.

Nous avons occupé cette maison entre 1981 et 1992

C’est aussi à cette époque que l’abbé Touzet et Ignace ont commencé à faire des voyages hebdomadaires à Yamoussoukro. De nombreuses personnes (notamment, l’évêque de Bouaké, dont Yamoussoukro dépendait alors) avaient un grand intérêt pour que nous y aillions. Et nous aussi. Du Lycée Scientifique et des Grandes Écoles (aujourd’hui INPHB) sont venues de nombreuses vocations, dont l’abbé Abdoulaye Sissoko, qui est maintenant le Vicaire Régional.

Un grand chapitre de l’histoire de l’Opus Dei en Côte d’Ivoire correspond au voyage du bienheureux Alvaro del Portillo, en 1989. Ce furent six jours extraordinaires, du 14 au 19 octobre. De ces jours il y aurait beaucoup de choses à raconter, mais le récit deviendrait trop long. Mais il y a deux événements qui méritent une mention spéciale : la réunion générale du 15 octobre avec environ deux mille personnes et, le 17, la bénédiction du terrain sur lequel Ilomba serait construit plus tard.

La réunion du 15 octobre 1989

Cela a eu lieu à M’Batto Bouaké, un village situé près de Bingerville, qui avait offert le terrain où se lève maintenant Ilomba, avec un centre de rencontres et un centre social composé d’un dispensaire et d’un centre pour la formation des femmes des villages voisins.


D’autres événements importants ont été les voyages du successeur du bienheureux Alvaro, Mgr Xavier Echevarria du 2 au 6 avril 1997 et, quelques années après, du 7 au 12 juillet 2011. Je ne mentionnerais ici que sa visite au Centre Médico-Social Walé, qui était né à Yamoussoukro en 2004.


L’année 2002 a été spécialement intense : en janvier, le centenaire de la naissance de celui qui était alors le bienheureux Josémaria Escriva, qui serait canonisé quelques mois plus tard.

La statue de la Vierge qui préside l’oratoire d’Ilomba

Nous avons eu la joie de participer à cette cérémonie inoubliable avec quelques 250 personnes qui partirent d’Abidjan ; pour la plupart des voyageurs elle était aussi l’occasion de découvrir l’universalité de l’Opus Dei et l’affection du pape saint Jean-Paul II.


En écrivant ces souvenirs, je dois rendre grâces à Dieu et à don Alvaro de m’avoir envoyé ici. Je me souviens de mon émerveillement de jeune collégien lorsque mon professeur de Sciences Naturelles nous a expliqué la façon de poser un haricot blanc sur un coton avec de l’eau ; de là commençait à pousser une petite herbe miraculeuse… Lorsque nous sommes venus ici don Alvaro nous a confié une semence d’une qualité exceptionnelle et nous a attribué une parcelle extraordinaire, la Côte d’Ivoire. La petite pousse n’est peut-être pas encore le grand baobab que nous aurions souhaité, mais elle est sur le bon chemin. Combien de grâces à Dieu !

Je suis bien conscient aussi que parfois j’ai pu gêner un peu la croissance du baobab par paresse ou par manque de dévouement. Ce qui me vient à l’esprit est une expression que don Alvaro utilisait pour s’adresser au Seigneur lors des anniversaires de sa vie : « Merci, pardon, aide-moi davantage ».

Manuel Lago