Le présage d’une famine sévère en Égypte avait ému l’esprit de Pharaon ; Joseph, l’ancien esclave et prisonnier, avait apporté une solution éclairante. Le souverain en fut soulagé et, devant sa cour, il fit l’éloge du serviteur rempli de prudence : « Trouverons-nous un homme comme celui-ci, qui a l’esprit de Dieu en lui ? » (Genèse 41, 38). Il lui conféra de pleins pouvoirs sur sa maison et son royaume.
Joseph fut paré de vêtements de qualité, de l’anneau royal et du collier d’or, signes de son autorité ; il eut le droit d’utiliser le char des grandes cérémonies ; à son passage un crieur ordonnait au peuple de s’agenouiller, en reconnaissant joyeusement la dignité du bienfaiteur (Genèse 41,43).

La Bible de Saint Louis (Paris, 1235 ; t. 1, f. 22) associe pertinemment cet épisode avec l’Ascension du Seigneur, le Roi des rois : Jésus regagne le ciel sous l’ovation priante de Notre Dame et de deux groupes de disciples. Le parcours terrestre du Sauveur est terminé ; désormais, le Pasteur gouverne, invisible mais proche, le parcours du troupeau. Les anges exhortent à penser à sa deuxième venue en gloire.
Dieu exalte les humbles, souvent en leur rendant les qualités dont il les avait privés. Cela peut arriver dans les périodes d’obscurité spirituelle, quand les résultats visibles se cachent à notre vue. « Dieu relève là même où il a humilié. Si l’âme se laisse guider, si elle obéit, si elle endure la purification, si elle vit de foi, elle arrivera enfin à voir avec une clarté inattendue, en pensant alors, tout étonnée, qu’elle avait été aveugle de naissance » (Saint Josémaria, Lettre n° 2, §17).
Jésus, le Fils éternel, a pris la chair du Serviteur loyal jusqu’à la Croix et au sépulcre ; le Père éternel a donné l’éclat visible à sa sainteté par la glorification du Corps et l’ascension à sa droite, dans l’unité du Saint-Esprit. Le Christ n’a pas eu besoin d’un char triomphal, comme Joseph ou le prophète Élie. Le char, pour ainsi dire, était son propre Corps, instrument saint de la glorification du Père et du salut des hommes.
Pendant l’intérim de Blanche de Castille, un atelier parisien, conservé dans la Bibliothèque de l’Arsenal, enluminait le psautier de la régente ; vers la fin (f. 170), le Christ est représenté en majesté, flanqué par deux anges qui portent des instruments de la Passion. Il expose ses plaies glorieuses, gage du salut pour les fidèles et signe de la justice éternelle.
L’Ascension de Jésus réjouit l’Église et témoigne de sa mission dans le monde. Le Seigneur fait confiance aux siens pour propager son Évangile de paix. Depuis le ciel il n’est pas éloigné de nous, mais gouverne, avec délicatesse invisible, les péripéties de l’histoire, le mystère de la liberté humaine. A la droite du Père et en union indivisible avec Lui, il envoie l’Esprit qui renouvelle la terre et les âmes avec une patience divine.

L’Ascension du Seigneur stimule notre vie contemplative et enflamme notre ardeur évangélisateur. Les plaies du Vainqueur nous prêtent force ; son regard éclaire nos doutes.
