Jésus révèle clairement la déchéance du diable : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair » (Luc 10, 18). Cet ange, rempli de qualités par le Créateur, trahit les liens de l’amour et s’engouffre dans le malheur de la solitude. La tradition apostolique le rappelle : « Dieu, en effet, n'a pas épargné les anges qui avaient péché, mais les a précipités dans l'enfer et les a livrés aux abîmes des ténèbres » (2 Pierre 2, 4).

Ce péché, « consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne » (Catéchisme §392). Le Créateur leur proposait de participer aux mystères du plan de salut, de les élever au bonheur gratuit ; ils ont rejeté peut-être la participation des humains ou l’Incarnation du Verbe.
Satan, voulant orienter sa vie sans rien recevoir, s’étouffe dans l’autosuffisance
Satan, voulant orienter sa vie sans rien recevoir, s’étouffe dans l’autosuffisance. « Il a désiré posséder sa béatitude dernière par ses propres forces, ce qui n’appartient qu’à Dieu » (Saint Thomas, Somme de théologie I, 63). L’égolâtrie devient une torture inéluctable. « Toi, le sceau d’une œuvre exemplaire, plein de sagesse, d’une beauté parfaite, je t’avais établi sur la sainte montagne de Dieu, au milieu des pierres étincelantes. Tu fus intègre dans ta conduite depuis le jour de ta création, jusqu’à ce que soit découverte en toi la perfidie » (Ezéquiel 28, 12-15). « Lorsqu’il ne tenait qu’à eux d’agrandir leur être, en s’attachant à celui qui est souverainement, ils ont préféré ce qui a moins d’être, en se préférant à Dieu » (Saint Augustin,La Cité de Dieu 12,6).
La fidélité au Créateur souverain est plus forte que l’insoumission
L’Apocalypse décrit avec des accents épiques cette alternative primordiale, qui creusa un abîme entre la lumière de l’adoration et les ténèbres de la révolte. Michel, le prince des anges fidèles, fait barrage au Dragon, qui mène les rebelles : « Pour eux désormais, nulle place dans le ciel. Oui, il fut rejeté, le grand Dragon, le Serpent des origines, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier, et ses anges avec lui » (Apocalypse 12, 7-9). La littérature profane brode : « Étant issue de l'armurerie de Dieu, rien ne pouvait résister à l'épée de Michel : elle se heurta à l'épée de Satan, qui s’abattait pour frapper, et la trancha net » (John Milton,Le Paradis perdu, 1667, livre 6, vv. 320-324). La fidélité au Créateur souverain est plus forte que l’insoumission. Michel, en acceptant volontiers la souveraineté de Dieu, arrête la sédition grandissante, qui aurait pu s’étendre à toute l’armée angélique.
Le grand mensonge suicidaire après avoir ébranlé les cieux, perturbe l’histoire humaine, avec de graves conséquences spirituelles et physiques. « Cette action est permise par la divine Providence qui dirige l’histoire de l’homme et du monde avec force et douceur » (Catéchisme §395). L’existence, les pouvoirs, l’action et la destinée malheureuse du diable sont précisés abondamment dans la révélation ; cette page de la foi a laissé des traces dans la liturgie et les traditions pieuses.
Les anges apportent la lumière et l’énergie qui nous manquent
Entre temps, la foi dans les anges s’est développée ; notamment Saint Michel terrasse le dragon et protège l’Église, il aide les fidèles, les accompagne dans le jugement, repousse l’antéchrist. A la fin du moyen-âge (vers 1360) un cistercien Manchois priait avec ferveur : « Michel, illustre capitaine et homme de guerre, dompteur de l'ennemi, tend pour moi ton bouclier, sois mon rempart, mon protecteur, et défends-moi vigoureusement » (Guillaume de Digulleville, Prières latines). Sa fidélité neutralise les plans tordus des démons. Les anges apportent la lumière et l’énergie qui nous manquent et forment comme une cuirasse contre les mirages du mal.
« Vous serez comme des dieux » (Gen 3, 5). Satan a proposé aux hommes ce qu’il a toujours désiré lui-même comme une conquête consciente et autonome, voulant maîtriser les mystères divins du salut : « J’escaladerai les hauteurs des nuages, je serai semblable au Très-Haut ! » (Isaïe 14, 14). Le péché des anges, bien différent de nos fautes, porte néanmoins un éclairage sur notre lutte. « Le non serviam de Satan n’a été que trop fécond. — Ne te sens-tu pas généreusement poussé à dire chaque jour, décidé à prier et à agir, un serviam — je te servirai, je serai fidèle ! — qui dépasse en fécondité son cri de rébellion ? » (Saint Josémaria,Chemin 413). La justice, le service, la bienveillance, le pardon sont les armes que les anges nous fournissent « pour ne pas nous laisser dominer par Satan, dont nous connaissons bien les intentions » (2 Corinthiens 2, 11).
Nous ne sommes pas seuls dans le combat, qui se livre au fond du cœur, en la présence du Père
La victoire provient du Sang précieux de l’Agneau de Dieu ; la force, de sa miséricorde ; la stratégie, de sa sagesse. Nous ne sommes pas seuls dans le combat, qui se livre au fond du cœur, en la présence du Père, qui nous préserve de toute arrogance. En revanche, la suffisance tue. Le diable, « pour obtenir la béatitude surnaturelle qui consiste en la pleine vision de Dieu, ne s'est pas élevé vers Dieu pour désirer la perfection finale de sa grâce, avec les saints anges, mais il a voulu l'obtenir par la puissance de sa propre nature, sans le Dieu qui confère la grâce » (Saint Thomas, Questions sur le mal, 16, 3).

Le diable ne reconnaît pas sa faute, il vit dans le déni du péché, tout en subissant les conséquences sans appel. Il cherche à répandre ses ténèbres. L’archange Michel, serviteur sans reproche de l’Agneau, est à notre service comme un frère aîné.

