« Avance au large, et jetez vos filets pour la pêche » (Lc 5, 4). Nous avons entendu ces paroles que le Seigneur a adressées à des pêcheurs de Galilée, et qui ont marqué le début de leur vie d’apôtres. Jésus les a appelés alors qu’ils exerçaient leur métier, et pas n’importe quel jour. C’était la fin d’une journée marquée par l’échec : ils avaient travaillé toute la nuit, mais n’avaient rien pris.
Nous pouvons imaginer ce que ces pêcheurs devaient ressentir. Et c’est précisément à ce moment-là que Jésus leur a demandé de ramer au large. Il n’a pas attendu qu’ils soient reposés, sûrs d’eux ou pleins d’enthousiasme. Il est monté dans leur barque, au milieu de leur fatigue et de leur travail, et c’est de là qu’il les a appelés à une aventure divine.
Saint Josémaria, dont nous célébrons aujourd’hui la fête, a enseigné que la fatigue et l’épuisement propres au travail peuvent aussi être un lieu de rencontre avec Dieu. Non pas parce que la fatigue disparaît, mais parce que nous avons la certitude que le Seigneur nous regarde, nous accompagne et est à nos côtés. « Si, à un moment donné, l’inquiétude, l’agitation, le trouble se manifestent – affirmait-il –, nous nous approchons du Seigneur et nous lui disons que nous nous remettons entre ses mains, comme un petit enfant dans les bras de son père » (Lettre 2, no 59). La conscience de la filiation divine a profondément marqué sa relation avec Dieu.
« Tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu » (Rm 8, 14), avons-nous lu dans la deuxième lecture. La certitude que nous avons un Dieu qui est Père, qui veille sur nous et nous soutient, remplit d’espérance nos luttes quotidiennes. Même lorsque nous sentons que la fatigue inhérente au travail nous affaiblit, comme cela est arrivé aux apôtres.
C’est là, au cœur du monde, dans les tâches et les luttes quotidiennes, avec leurs succès et leurs échecs, que nous sommes appelés à porter le message du Christ. En accomplissant bien notre travail. En rendant service aux personnes qui nous entourent. En prenant soin de notre famille et de ceux qui vivent avec nous. Dans la manière d’affronter les difficultés ordinaires. En faisant tout cela avec l’amour de Dieu, nous semons la Bonne Nouvelle de l’Évangile dans tous les milieux. Nous accomplissons, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, le commandement divin de cultiver la terre et d’en prendre soin (cf. Gn 2, 15).
Une manière particulièrement importante, et très propre à ceux qui se savent enfants de Dieu, de contribuer à cette transformation du monde est d’être des semeurs de paix et de joie. Les différences d’opinion et de sensibilité peuvent parfois devenir un obstacle presque insurmontable entre les personnes. Lors de sa visite à la cathédrale de Barcelone, le Pape nous a invités à être « témoins et prophètes d’unité, d’accueil, de concorde et de paix, même au prix de sacrifices et de renoncements » (homélie lors de la prière du milieu du jour). Ne nous considérons jamais comme les ennemis de qui que ce soit. Celui qui se sait fils de Dieu ne peut pas considérer les autres comme des adversaires, car il les voit comme des frères et reconnaît l’amour que le Seigneur leur porte.
Dans l’encyclique Magnifica humanitas, le pape Léon XIV évoque la figure de Néhémie et la reconstruction de Jérusalem. La ville renaît « lorsque chacun assume son rôle et que tout le peuple reconnaît sa force comme venant du Seigneur » (n° 8). Cette image nous aide encore aujourd’hui. Dans un monde souvent fragmenté, chaque chrétien est appelé à reconstruire les liens avec ses frères, à commencer par ceux qui lui sont les plus proches. Et il peut le faire en reconnaissant, avant tout, que ce qui nous unit est bien plus déterminant que ce qui peut nous séparer.
La vie des premiers chrétiens, à laquelle saint Josémaria était si attaché, peut nous servir d’exemple. On les maltraitait, on les persécutait et on voulait les mettre à mort. Pourtant, les témoignages d’amour sont innombrables, non seulement entre eux, mais aussi envers leurs persécuteurs eux-mêmes. Et c’est ainsi, par la charité, par cet amour capable d’atteindre même l’ennemi, qu’ils ont contribué à changer les structures de la société.
Demandons à la Vierge Marie de nous aider à laisser Jésus monter dans notre barque. Qu’elle nous apprenne à vivre avec la confiance des enfants de Dieu, à ramer au large lorsque le Seigneur nous le demande, et à semer au cœur du monde la paix, la joie et la charité de Jésus-Christ.

