Constitution Sacrosanctum Concilium 7. La musique sacrée
Chers frères et sœurs,
le sixième chapitre de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC) du Concile Vatican II est consacré à la musique sacrée. Il affirme : « La tradition musicale de l’Église universelle constitue un trésor d’une valeur inestimable, qui se distingue des autres expressions artistiques, principalement parce que le chant sacré, uni aux paroles, constitue une partie nécessaire ou intégrante de la liturgie solennelle » (SC, 112) et précise : « La musique sacrée sera donc d’autant plus sainte qu’elle sera plus intimement unie à l’action liturgique, soit en exprimant avec plus de délicatesse la prière ou en favorisant l’unanimité, soit en enrichissant de la plus grande solennité les rites sacrés » (ibid.).
C’est là que réside le cœur de l’enseignement conciliaire, qui confirme et approfondit la fonction ministérielle de la musique dans la liturgie, déjà soulignée par saint Pie X dans le Motu Proprio Inter sollicitudines (22 novembre 1903). En effet, la musique fait partie intégrante de l’action liturgique ; elle n’est pas un simple ornement de la célébration. Dans la liturgie, chanter et jouer, c’est prier, en mettant son cœur à l’unisson avec celui de ses sœurs et frères et avec Dieu, dans la participation active au mystère célébré. C’est précisément la musique qui exprime la dimension affective de la prière, comme l’affirme saint Augustin : « Cantare amantis est », c’est-à-dire « chanter est le propre de celui qui aime » (Sermo 336,1). Cela est très important, car cela aide à ouvrir le cœur à l’action de Dieu dans la grâce et à se laisser modeler par elle.
Le chant favorise en outre la communion. Par la symphonie des voix, il contribue à unir les cœurs, en surmontant les différences entre les personnes et en les rassemblant toutes dans la louange de Dieu. Il devient ainsi une épiphanie de l’Église, manifestation tangible de la communion qui appartient à sa nature.
De la profonde importance théologique du chant sacré, en tant que partie intégrante de l’action liturgique, découlent certaines exigences. La première est que, au-delà des modes ou des sensibilités particulières des auteurs, il doit répondre à tous les niveaux à ce qui convient le mieux au moment de la célébration. De plus, la forme, en particulier dans son aspect mélodique, doit être à la fois noble et simple, d’une grande qualité musicale et facile à exécuter, surtout lorsqu’elle est destinée à être chantée par toute l’assemblée (cf. SC, 121).
Pour la même raison, le Concile recommande que les textes soient eux aussi appropriés, profonds et, en même temps, simples à comprendre, s’inspirant principalement des Saintes Écritures, des livres liturgiques et de la Tradition spirituelle de l’Église. Il faut veiller à cela, afin que soit maintenue vivante et que grandisse la dynamique exprimée dans l’ancien principe «lex orandi lex credendi», c’est-à-dire que la loi de la prière est aussi la loi de la foi.
Sacrosanctum Concilium consacre une large place au thème de la participation active des fidèles (cf. n° 114).
Celle-ci « doit être comprise […] à partir d’une prise de conscience plus profonde du mystère célébré et de son lien avec la vie quotidienne » (Benoît XVI, Exhort. ap. Sacramentum caritatis, 52) dans un « esprit de conversion continue qui doit caractériser la vie de chaque fidèle » (ibid. 55). Quant à la manière concrète dont cela peut se réaliser grâce au rôle spécifique de la musique sacrée, la Constitution apporte une réponse claire : « on favorisera les acclamations du peuple, les réponses, la psalmodie, les antiennes, les chants » et « un silence sacré » (SC, 30), et exhorte chacun, ministre ou simple fidèle, à accomplir « tout et uniquement ce qui lui revient de par la nature de l’action et les normes liturgiques » (SC, 28) dans l’équilibre harmonieux entre les différents ministères, les diverses interventions et les moments de silence.
Le Concile accorde en outre une grande importance au chant grégorien, sans pour autant exclure de la célébration d’autres genres de musique sacrée. Une attention particulière est également accordée à l’orgue (cf. SC, 120), tandis que l’usage d’autres instruments est admis « à condition qu’ils soient adaptés ou puissent être adaptés à l’usage sacré, qu’ils conviennent à la dignité du temple et qu’ils contribuent réellement à l’édification des fidèles » (SC, 120).
Un thème très important pour la réforme conciliaire est celui de l’inculturation, y compris dans le domaine de la musique sacrée. On souligne en particulier, en ce qui concerne les traditions musicales des différentes cultures, l’importance d’en tenir pleinement compte, en tant que partie intégrante de la vie religieuse et sociale des personnes. C’est pourquoi il est recommandé, d’une part, de mettre en œuvre pour tous une « éducation du sens religieux » appropriée (SC, 119) et, d’autre part, « dans la mesure du possible […] de promouvoir la musique traditionnelle de leur peuple, tant dans les écoles que lors des célébrations sacrées » (ibid.).
Dans le contexte liturgique, une fonction particulière est reconnue à la schola cantorum, instrument pastoral dont la promotion est recommandée, avec pour mission de « veiller à l’exécution exacte des parties qui lui reviennent, selon les différents genres de chant, et de favoriser la participation active des fidèles au chant » (S. Congrégation des rites, Instruction Musicam sacram, 19).
À cette fin, le compositeur de musique sacrée doit connaître et préserver le patrimoine musical de l’Église, en s’en inspirant pour donner vie à de nouvelles compositions au service de la liturgie, tout en respectant la sensibilité contemporaine et les différentes traditions culturelles, de manière à « purifier le culte d'erreurs de style, de formes d'expression médiocres, de musiques et de textes plats, peu adaptés à la grandeur de l'acte que l'on célèbre (10), pour assurer la dignité et la beauté des formes de la musique liturgique.» (Saint JEAN-PAUL II, Lettre sur la musique sacrée, 22 novembre 2003, 3).
Pour toutes ces raisons, les Pères conciliaires recommandent de promouvoir la formation et la pratique de la musique sacrée « dans les séminaires, dans les noviciats des religieux des deux sexes et dans les maisons d’études, ainsi que dans les autres instituts et écoles catholiques » (SC, 115) et de garantir aux musiciens et aux chanteurs une solide formation liturgique (cf. ibid.).
Chers frères et sœurs, les Pères de l’Église ont accordé une grande importance au chant liturgique, symbole de la communion ecclésiale. C’est pourquoi nous pouvons conclure par ces belles paroles de saint Ignace d’Antioche : « Que chacun de vous devienne lui aussi un chœur, afin que, dans l’harmonie de votre concorde, vous preniez le ton de Dieu dans l’unité, que vous chantiez d’une seule voix par Jésus-Christ au Père, afin qu’Il vous écoute et qu’Il vous reconnaisse, par vos bonnes œuvres, comme les membres de son Fils » (Lettre aux Éphésiens, 4,2).
source : vatican.va (la traduction au français a été faite par nos soins, à partir de la version en espagnole car la version intégrale n'existe pas en français sur vatican.va, à ce jour)

