Cet article sera actualisé chaque jour pour intégrer les homélie et vidéos du Pape Léon XIV.
Dimanche des Rameaux - Jeudi Saint (Messe Chrismale) - Jeudi Saint (Messe de la Cène du Seigneur) - Vendredi Saint/ Via Crucis - Samedi Saint Vigile Pascale - Dimanche de Pâques / Bénédiction Urbi et Orbi
Dans cet article, vous pouvez suivre en direct les célébrations du Saint Père dans la Cité du Vatican
Dimanche des Rameaux - 29 mars 2026
Homélie du Saint Père Léon XIV sur la place Saint Pierre.
Chers frères et sœurs,
Alors que Jésus parcourt le chemin de la croix, nous nous mettons à sa suite, nous suivons ses pas. Et en marchant avec Lui, nous contemplons sa passion pour l’humanité, son cœur qui se brise, sa vie qui se fait un don d’amour.
Nous regardons Jésus, qui se présente comme le Roi de la paix, alors qu’autour de Lui la guerre se prépare. Lui reste ferme dans la douceur, tandis que les autres s’agitent dans la violence. Il s’offre comme une caresse pour l’humanité, tandis que d’autres brandissent épées et bâtons. Il est la lumière du monde, alors que les ténèbres s’apprêtent à recouvrir la terre. Il est venu apporter la vie, alors que le plan visant à le condamner à mort s’accomplit.
En tant que Roi de la paix, Jésus veut réconcilier le monde dans l’étreinte du Père et abattre les murs qui nous séparent de Dieu et de notre prochain, car « C’est lui qui est notre paix » (Ep 2,14).
En tant que Roi de la paix, Il entre à Jérusalem à dos d’âne, et non à cheval, accomplissant ainsi l’ancienne prophétie qui appelait à se réjouir de l’arrivée du Messie : « Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre, et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations » (Zc 9, 9-10).
En tant que Roi de la paix, lorsqu’un de ses disciples tire l’épée pour le défendre et frappe le serviteur du grand prêtre, Il l’arrête aussitôt en disant : « « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » (Mt 26, 52).
En tant que Roi de la paix, alors qu’Il était chargé de nos souffrances et transpercé pour nos fautes, Il « n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche » (Is 53, 7). Il n’a pas pris les armes, Il ne s’est pas défendu, Il n’a mené aucune guerre. Il a manifesté le doux visage de Dieu, qui refuse toujours la violence, et au lieu de se sauver lui-même, Il s’est laissé clouer à la croix, pour embrasser toutes les croix plantées à toutes les époques et en tous lieux dans l’histoire de l’humanité.
Frères et sœurs, voici notre Dieu : Jésus, Roi de la paix. Un Dieu qui refuse la guerre, que personne ne peut invoquer pour justifier la guerre, qui n’écoute pas la prière de ceux qui font la guerre et rejette celle-ci en disant : « Vous avez beau multiplier les prières, je n’écoute pas : vos mains sont pleines de sang » (Is 1, 15).
En le regardant, Lui qui a été crucifié pour nous, nous voyons les crucifiés de l’humanité. Dans ses plaies, nous voyons les blessures de tant de femmes et d’hommes d’aujourd’hui. Dans son dernier cri adressé au Père, nous entendons les pleurs de ceux qui sont abattus, de ceux qui sont sans espoir, de ceux qui sont malades, de ceux qui sont seuls. Et surtout, nous entendons le gémissement de douleur de tous ceux qui sont opprimés par la violence et de toutes les victimes de la guerre.
Le Christ, Roi de la paix, s’écrie encore depuis sa croix : Dieu est amour ! Ayez pitié ! Déposez les armes, souvenez-vous que vous êtes frères !
En reprenant les paroles du Serviteur de Dieu, Mgr Tonino Bello, je voudrais confier ce cri à Marie Très Sainte, qui se tient au pied de la croix de son Fils et qui pleure également aux pieds des crucifiés d’aujourd’hui :
« Sainte Marie, femme du troisième jour, donne-nous la certitude que, malgré tout, la mort n’aura plus d’emprise sur nous. Que les injustices commises par les peuples ont leurs jours comptés. Que les lueurs de la guerre soit un crépuscule. Que les souffrances des pauvres en sont à leurs derniers soubresauts. […] Et que, enfin, les larmes de toutes les victimes de la violence et de la douleur seront bientôt séchées, comme le givre sous le soleil du printemps » (Marie, femme de notre temps).
Jeudi Saint - Messe Chrismale - 2 avril 2026
Homélie du Saint Père Léon XIV en la Basilique Saint Pierre.
Chers frères et sœurs,
Nous sommes désormais aux portes du Triduum Pascal. Une fois encore, le Seigneur nous conduit au sommet de sa mission pour que sa passion, sa mort et sa résurrection deviennent le cœur de notre mission. Ce que nous sommes sur le point de revivre, en effet, a en soi la force de transformer ce que l’orgueil humain a généralement tendance à rigidifier : notre identité, notre place dans le monde. La liberté de Jésus change les cœurs, soigne les blessures, parfume et fait rayonner nos visages, réconcilie et rassemble, pardonne et ressuscite.
En cette première année où je préside la Messe Chrismale en tant qu’évêque de Rome, je souhaite réfléchir avec vous sur la mission à laquelle Dieu nous consacre en tant que Peuple qui lui appartient. C’est la mission chrétienne, celle-là même de Jésus, et non pas une autre. Chacun y participe selon sa propre vocation et dans une obéissance très personnelle à la voix de l’Esprit ; mais jamais sans les autres, jamais en négligeant ou en rompant la communion ! Évêques et prêtres, en renouvelant nos promesses, nous sommes au service d’un peuple missionnaire. Avec tous les baptisés, nous formons le Corps du Christ, oints de son Esprit de liberté et de consolation, Esprit de prophétie et d’unité.
Ce que Jésus vit dans les moments culminants de sa mission est anticipé dans l’oracle d’Isaïe qu’Il dit, dans la synagogue de Nazareth, être une Parole qui s’accomplit « aujourd’hui » (cf. Lc 4, 21). À l’heure de Pâques, en effet, il devient définitivement clair que Dieu consacre pour envoyer. Jésus dit : « Il m’a envoyé » (Lc 4, 18), décrivant ce mouvement qui lie son Corps aux pauvres, aux prisonniers, à ceux qui tâtonnent dans l’obscurité et à ceux qui sont opprimés. Et nous, membres de son Corps, nous appelons “apostolique” une Église envoyée, poussée au-delà d’elle-même, consacrée à Dieu dans le service de ses créatures : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21).
Nous savons qu’être envoyé demande avant tout un détachement, c’est-à-dire le risque de quitter ce qui est familier et sûr pour s’aventurer vers la nouveauté. Il est intéressant de noter que « dans la puissance de l’Esprit » (Lc 4, 14) descendu sur Lui après son baptême dans le Jourdain, Jésus retourne en Galilée et vient « à Nazareth, où il avait été élevé » (Lc 4, 16). C’est le lieu qu’Il doit désormais quitter. Il se déplace « selon son habitude » (v. 16), mais pour inaugurer un temps nouveau. Il devra désormais quitter définitivement ce village afin que mûrisse ce qui y a germé, sabbat après sabbat, dans l’écoute fidèle de la Parole de Dieu. De même, Il appellera d’autres personnes à partir, à prendre des risques afin qu’aucun lieu ne devienne une clôture, aucune identité une tanière.
Chers amis, nous suivons Jésus qui « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais qui s’est anéanti » (Ph 2, 6-7). Toute mission commence par ce genre de dépouillement dans lequel tout renaît. Notre dignité d’enfants de Dieu ne peut pas nous être enlevée, ni se perdre, pas plus que les affections, les lieux, les expériences qui sont à l’origine de notre vie ne peuvent être effacés. Nous sommes les héritiers de tant de biens et, à la fois, des limites d’une histoire dans laquelle l’Évangile doit apporter lumière et salut, pardon et guérison. Il n’y a donc pas de mission sans réconciliation avec nos origines, avec les dons et les limites de la formation reçue. Mais, en même temps, il n’y a pas de paix sans départs, il n’y a pas de conscience sans détachement, il n’y a pas de joie sans risque. Nous sommes le Corps du Christ si nous allons de l’avant, en faisant le point sur le passé sans en être prisonniers. Tout se retrouve et se multiplie si l’on a d’abord su lâcher prise, sans crainte. C’est un premier secret de la mission. Et on ne l’expérimente pas une seule fois, mais à chaque nouveau départ, à chaque nouvel envoi.
Le cheminement de Jésus nous révèle que la disponibilité à se perdre, à se dépouiller, n’est pas une fin en soi mais une condition à la rencontre et à l’intimité. L’amour n’est véritable que s’il est désarmé. Il n’a besoin que de peu de choses, d’aucune ostentation. Il préserve délicatement la faiblesse et la nudité. Nous avons du mal à nous lancer dans une mission aussi exposée, et pourtant il n’y a pas de “bonne nouvelle pour les pauvres” (cf. Lc 4, 18) si nous allons vers eux avec les signes du pouvoir ; ni de véritable libération si nous ne nous libérons pas de ce que nous possédons. Nous touchons ici à un deuxième secret de la mission chrétienne. Après la loi du détachement, il y a celle de la rencontre. Nous savons qu’au cours de l’histoire, la mission a souvent été dénaturée par des logiques de domination, tout à fait étrangères à la voie de Jésus-Christ. Saint Jean-Paul II a eu la lucidité et le courage de reconnaître qu’ « en raison du lien qui, dans le Corps mystique, nous unit les uns aux autres, nous tous, bien que nous n’en ayons pas la responsabilité personnelle et sans nous substituer au jugement de Dieu qui seul connaît les cœurs, nous portons le poids des erreurs et des fautes de ceux qui nous ont précédés ». [1]
En conséquence, il est désormais primordial de rappeler que, ni dans le domaine pastoral, ni dans le domaine social et politique, le bien ne peut découler de l’abus de pouvoir. Les grands missionnaires sont les témoins d’approches discrètes, dont la méthode repose sur le partage de la vie, le service désintéressé, le renoncement à toute stratégie calculatrice, le dialogue et le respect. C’est la voie de l’incarnation qui prend, toujours et encore, la forme de l’inculturation. Le salut, en effet, ne peut être accueilli par chacun que dans sa langue maternelle. « Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? » ( Ac 2, 8). La surprise de la Pentecôte se répète lorsque nous ne prétendons pas dominer les temps de Dieu, mais que nous avons confiance en l’Esprit Saint qui « est là, aujourd’hui encore, comme au temps de Jésus et des Apôtres : il est là et il agit, il arrive avant nous, il travaille plus que nous et mieux que nous ; il ne nous appartient ni de le semer ni de le réveiller, mais avant tout de le reconnaître, de l’accueillir, de le suivre, de lui faire place, de marcher à sa suite. Il est là et n’a jamais perdu courage face aux temps que nous vivons ; au contraire, il sourit, danse, pénètre, envahit, enveloppe, arrive même là où nous n’aurions jamais imaginé ». [2]
Pour établir cette harmonie avec l’invisible, il faut se rendre là où l’on est envoyé avec simplicité, en honorant le mystère que chaque personne et chaque communauté porte en elle. Nous sommes des hôtes. Nous le sommes en tant qu’évêques, prêtres, religieux et religieuses, chrétiens. Pour accueillir, nous devons apprendre à nous laisser accueillir. Même les lieux où la sécularisation semble la plus avancée ne sont pas une terre de conquête ou de reconquête : « De nouvelles cultures continuent à naître dans ces énormes géographies humaines où le chrétien n’a plus l’habitude d’être promoteur ou générateur de sens, mais reçoit d’elles d’autres langages, symboles, messages et paradigmes qui offrent de nouvelles orientations de vie, souvent en opposition avec l’Évangile de Jésus. […] Il est indispensable d’arriver là où se forment les nouveaux récits et paradigmes, d’atteindre avec la Parole de Jésus les éléments centraux les plus profonds de l’âme de la ville ». [3] Cela ne se produit que si, dans l’Église, nous marchons ensemble ; si la mission n’est pas l’aventure héroïque de quelqu’un, mais le témoignage vivant d’un Corps aux membres nombreux.
Il existe ensuite une troisième dimension, peut-être la plus radicale, de la mission chrétienne. La dramatique “possibilité de l’incompréhension et du rejet” se manifeste déjà dans la violente réaction des habitants de Nazareth face à la parole de Jésus : « À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas » (Lc 4, 28-29). Bien que la lecture liturgique ait omis cette partie, ce que nous nous apprêtons à célébrer à partir de ce soir nous engage à ne pas fuir, mais à “passer au milieu” de l’épreuve, comme Jésus qui, « passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 30). La croix fait partie de la mission : l’envoi devient plus amer et effrayant, mais aussi plus gratuit et libérateur. L’occupation impérialiste du monde est alors interrompue de l’intérieur, la violence qui, jusqu’à aujourd’hui fait loi, est démasquée. Le Messie pauvre, prisonnier, opprimé, plonge dans les ténèbres de la mort, mais c’est ainsi qu’Il met en lumière une création nouvelle.
De combien de résurrections sommes-nous aussi les témoins, lorsque, libérés de toute attitude défensive, nous nous engageons à servir comme une semence dans la terre ! Dans la vie, nous pouvons traverser des situations où tout semble fini. Nous nous demandons alors si la mission n’a pas été vaine. C’est vrai, contrairement à Jésus, nous connaissons aussi des échecs qui dépendent de nos insuffisances ou de celles des autres, souvent d’un enchevêtrement de responsabilités, d’ombres et de lumières. Mais nous pouvons faire nôtre l’espérance de nombreux témoins.J’en retiens un qui m’est particulièrement cher. Un mois avant sa mort, dans son cahier des Exercices spirituels, le saint évêque Óscar Romero notait ceci : « Le nonce du Costa Rica m’a mis en garde contre un danger imminent, précisément cette semaine… Les circonstances imprévues seront affrontées avec la grâce de Dieu. Jésus-Christ a aidé les martyrs et, si le besoin s’en fait sentir, je le sentirai très proche lorsque je lui confierai mon dernier souffle. Mais, plus que le dernier instant de la vie, ce qui compte, c’est de lui donner toute ma vie et de vivre pour Lui… Il me suffit, pour être heureux et confiant, de savoir avec certitude que c’est en Lui que se trouvent ma vie et ma mort ; que, malgré mes péchés, j’ai placé ma confiance en Lui et que je ne serai pas désorienté, et que d’autres poursuivront, avec plus de sagesse et de sainteté, le travail pour l’Église et pour la patrie ».
Cher frères et sœurs, ce sont les saints qui font l’histoire. Tel est le message de l’Apocalypse. « À vous, la grâce et la paix […] de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre » (Ap 1, 5). Cette salutation résume le parcours de Jésus dans un monde déchiré entre des puissances qui le ravagent. En son sein naît un peuple nouveau, non pas de victimes, mais de témoins. En cette heure sombre de l’histoire, il a plu à Dieu de nous envoyer répandre le parfum du Christ là où règne l’odeur de la mort. Renouvelons notre “oui” à cette mission qui exige de nous l’unité et qui apporte la paix. Oui, nous sommes là ! Surmontons le sentiment d’impuissance et de peur ! Nous annonçons ta mort, Seigneur, nous proclamons ta résurrection, dans l’attente de ta venue.
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[1] Saint Jean-Paul II, Bulle d’indiction du Grand Jubilé de l’an 2000 Incarnationis mysterium (29 novembre 1998), n. 11.
[2] Martini, C.M., Tre racconti dello Spirito, Milan 1997, 11.
[3] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 73-74.
Jeudi Saint - Messe de la Cène du Seigneur - 2 avril 2026
Homélie du Saint Père Léon XIV en la basilique Saint Jean de Latran
Chers frères et sœurs,
la liturgie solennelle de ce soir nous fait entrer dans le Triduum de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur. Nous franchissons ce seuil, non comme spectateurs ou par inertie, mais parce que Jésus lui-même nous y implique spécialement : en qualité d’invités à la Cène où le pain et le vin deviennent pour nous Sacrement du salut. Nous participons à un banquet au cours duquel le Christ, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). Son amour se fait geste et nourriture pour tous, en révélant la justice de Dieu. Là même où le mal fait rage dans le monde, Jésus aime définitivement, pour toujours, de tout son être.
Au cours de cette dernière Cène, Il lave les pieds de ses apôtres, en disant : « C’est un exemple que je vous ai donné, pour que vous fassiez, vous aussi, comme moi j’ai fait pour vous. » (Jn 13, 15). Le geste du Seigneur ne fait qu’un avec la table à laquelle Il nous invite. C’est un exemple du sacrement : tout en en confirmant le sens, Il nous confie une tâche que nous voulons assumer comme nourriture pour notre vie. L’évangéliste Jean choisit le mot grec hupódeigma pour raconter l’événement auquel il a assisté. Il signifie “ce qui est présenté juste sous les yeux”. Ce que le Seigneur nous montre, en prenant l’eau, la vasque et le tablier, est bien plus qu’un modèle moral. Il nous confie sa propre forme de vie. Laver les pieds est un geste qui résume la révélation de Dieu, signe exemplaire du Verbe fait chair, sa mémoire incomparable. En s’appropriant la condition du serviteur, le Fils révèle la gloire du Père, bouleversant les critères mondains qui ternissent notre conscience.
Au même titre que la surprise muette de ses disciples, l’orgueil humain nous ouvre les yeux sur ce qui se passe : à l’instar de Pierre, qui résiste d’abord à l’initiative de Jésus, nous devons nous aussi « réapprendre sans cesse que la grandeur de Dieu diffère de notre conception de la grandeur, […] car nous désirons systématiquement un Dieu de succès et non de Passion » (Homélie de la Messe in coena Domini, 20 mars 2008). Ces paroles du Pape Benoît XVI reconnaissent lucidement que nous sommes toujours tentés de rechercher un Dieu qui “nous serve”, qui nous fasse gagner, qui soit utile comme l’argent et le pouvoir. Nous ne comprenons pas, en revanche, que Dieu nous sert vraiment, certes, mais par le geste gratuit et humble du lavement des pieds : voilà la toute-puissance de Dieu. C’est ainsi que s’accomplit la volonté de consacrer sa vie à celui qui, sans ce don, ne peut exister. Le Seigneur s’agenouille pour laver l’homme, par amour pour lui. Et le don divin nous transforme.
Par son geste, en effet, Jésus purifie non seulement notre image de Dieu des idolâtries et des blasphèmes qui l’ont souillée, mais il purifie notre image de l’homme qui se croit puissant quand il domine, qui veut vaincre en tuant ceux qui lui sont égaux, qui se croit grand quand il est craint. Vrai Dieu et vrai homme, le Christ nous donne au contraire un exemple de dévouement, de service et d’amour. Nous avons besoin de son exemple pour apprendre à aimer, non pas parce que nous en sommes incapables mais pour nous éduquer nous-mêmes, les uns les autres, à l’amour véritable. Apprendre à agir comme Jésus, Signe que Dieu inscrit dans l’histoire du monde, est la tâche de toute une vie.
Il est le critère authentique, le « Maître et Seigneur » (Jn 13, 13) qui fait tomber tous les masques du divin et de l’humain. Il ne donne pas cet exemple quand tout le monde est heureux et l’aime, mais durant la nuit où il était trahi, dans l’obscurité de l’incompréhension et de la violence, afin qu’il soit bien clair que le Seigneur ne nous aime pas parce que nous sommes bons et purs. Il nous aime, et c’est pourquoi Il nous pardonne et nous purifie. Le Seigneur nous aime pas à condition de nous faire laver par sa miséricorde : il nous aime, et c’est pourquoi il nous lave, afin que nous puissions répondre à son amour.
Apprenons de Jésus ce service réciproque. Il ne nous demande pas en effet de le lui rendre, mais de le partager entre nous : « Vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres » (Jn 13, 14). Le Pape François commentait ainsi : « C’est un devoir qui me vient du cœur : je l’aime. J’aime cela et j’aime le faire parce que le Seigneur m’a enseigné ainsi » (Homélie de la messe in coena Domini, 28 mars 2013). Il ne parlait pas d’un impératif abstrait, d’un commandement formel et vide, mais il exprimait sa ferveur obéissante pour la charité du Christ, source et modèle de notre charité. L’exemple donné par Jésus, en effet, ne peut être imité par convenance, à contrecœur ou par hypocrisie, mais uniquement par amour.
Se laisser servir par le Seigneur est donc une condition pour servir comme Il l’a fait, Lui. « Si tu ne te laisses pas laver - dit Jésus à Pierre - tu n’auras pas part avec moi » (Jn 13, 8). Si tu ne m’accueilles pas comme serviteur, tu ne peux pas croire en moi et me suivre comme Seigneur. En lavant notre chair, Jésus purifie notre âme. En Lui, Dieu a donné un exemple non de la manière dont on domine, mais de celle dont on libère ; de la manière de donner sa vie, non celle de la détruire.
Alors, face à une humanité à genoux, face à de nombreux exemples de brutalité, agenouillons-nous nous aussi en tant que frères et sœurs des opprimés. C’est ainsi que nous voulons suivre l’exemple du Seigneur, en accomplissant ce que nous avons entendu dans le livre de l’Exode : « Ce jour sera pour vous un mémorial » (Ex 12, 14). Oui, toute l’histoire biblique converge vers Jésus, véritable agneau pascal. À travers Lui, les figures anciennes trouvent leur pleine signification, car le Christ sauveur célèbre la Pâque de l’humanité, ouvrant à chacun le passage du péché au pardon, de la mort à la vie éternelle : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi » (1 Co 11, 24).
En renouvelant les gestes et les paroles du Seigneur, précisément ce soir, nous faisons mémoire de l’institution de l’Eucharistie et de l’Ordre sacré. Le lien intrinsèque entre ces deux sacrements représente le don parfait de Jésus, Grand Prêtre et Eucharistie vivante pour l’éternité : dans le pain et le vin consacrés se trouve en effet le « sacrement de l’amour, signe de l’unité, lien de la charité, banquet pascal, dans lequel le Christ est mangé, l’âme est comblée de grâce et le gage de la gloire future nous est donné » (Const. dogm. Sacrosanctum Concilium, 47). Dans les évêques et les prêtres, constitués « prêtres de la nouvelle Alliance » selon le commandement du Seigneur (Concile de Trente, De Missae Sacrificio, 1), réside le signe de sa charité envers tout le Peuple de Dieu que nous sommes appelés à servir, chers confrères, de tout notre être.
Le Jeudi-Saint est donc un jour de profonde gratitude et de fraternité authentique. Que l’adoration eucharistique de ce soir, dans chaque paroisse et chaque communauté, soit un moment pour contempler le geste de Jésus, en nous mettant à genoux comme Il l’a fait, et en demandant la force de l’imiter dans le service avec le même amour.
Vendredi Saint - Via Crucis - 3 avril 2026
Introduction
La Via Dolorosa serpente à travers les ruelles de la Vieille Ville de Jérusalem et nous fait parcourir l’itinéraire de Jésus depuis le lieu de sa condamnation jusqu’à celui de sa crucifixion et de sa sépulture, qui est aussi le lieu de sa résurrection.
Ce n’est pas un parcours au milieu d’une foule pieuse et silencieuse. Comme à l’époque de Jésus, nous nous retrouvons à marcher dans un environnement chaotique, agité et bruyant, au milieu de personnes qui partagent la foi en Lui, mais aussi d’autres qui se moquent et l’insultent. Telle est la vie de tous les jours.
Le Chemin de Croix n’est pas le chemin de ceux qui vivent dans un monde préservé dans sa ferveur et de recueillement abstrait, mais c’est l’exercice de ceux qui savent que la foi, l’espérance et la charité doivent s’incarner dans le monde réel, où le croyant est continuellement mis en défi et doit continuellement faire sienne la manière d’agir de Jésus.
Saint François d’Assise, dont cette année marque le huitième centenaire de la mort, décrit notre vie chrétienne en empruntant les paroles de l’apôtre Pierre. Il nous rappelle que nous sommes appelés à « suivre les traces du Christ qui a appelé “ami” celui qui le trahissait et s’est offert spontanément à ceux qui le crucifiaient » (Rnb XXII, 2 : FF 56 ; cf. 1Pt 2, 21). Le Poverello nous exhorte à fixer notre regard sur Jésus : « Considérons tous les frères, le bon Pasteur qui, pour sauver ses brebis, a supporté la passion de la croix » (Amm VI : FF 155).
En parcourant ce Chemin de Croix, accueillons donc l’invitation de saint François à suivre les traces de Jésus d’une manière qui ne soit pas purement rituelle ou intellectuelle, mais qui engage toute notre personne et toute notre vie : « Offrez vos corps en sacrifice, prenez sur vos épaules sa sainte croix et suivez jusqu’au bout ses très saints commandements » (UffPass XV,13 : FF 303).
1ère station
Jésus est condamné à mort
De l’Évangile selon saint Jean (19,9-11)
Et rentrant dans le prétoire, [Pilate] dit à Jésus : “D’où es-tu ?”. Mais Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit : “C’est à moi que tu ne parles pas? Ignores-tu que j’ai le pouvoir de te délivrer et le pouvoir de te crucifier?” Jésus répondit: “Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait pas été donné d’en haut. C’est pourquoi celui qui m’a livré à toi a un plus grand péché”.
Des écrits de saint François d’Assise (2 Lfed 28-29 : FF 191)
Que ceux qui ont reçu le pouvoir de juger les autres exercent le jugement avec miséricorde, comme ils veulent obtenir eux-mêmes miséricorde du Seigneur. Le jugement, en effet, sera sans miséricorde pour ceux qui n’auront pas fait miséricorde.
Dans ton entretien avec Pilate, Seigneur Jésus, tu démasques toute prétention humaine au pouvoir. Aujourd’hui encore, certains croient avoir reçu une autorité sans limites et pensent pouvoir en user et en abuser à leur guise. Tes paroles au procurateur romain ne laissent aucune place à l’ambiguïté : « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut » (Jn 19, 11).
François d’Assise, qui a simplement cherché à suivre tes traces, nous rappelle que toute autorité devra répondre devant Dieu de la manière dont elle aura exercé le pouvoir qui lui a été confié : le pouvoir de juger, mais aussi le pouvoir de déclencher une guerre ou d’y mettre fin, le pouvoir d’éduquer à la violence ou à la paix, le pouvoir d’alimenter le désir de vengeance ou celui de la réconciliation, le pouvoir d’utiliser l’économie pour opprimer les peuples ou pour les libérer de la misère, le pouvoir de bafouer la dignité humaine ou de la protéger, celui de promouvoir et de défendre la vie ou de la refuser et de l’étouffer.
Chacun de nous est également appelé à répondre du pouvoir qu’il exerce dans la vie quotidienne. Toi Jésus, tu lui dis : Fais bon usage du pouvoir qui t’est donné et souviens-toi que tout ce que tu fais à un être humain, surtout s’il est petit et fragile, tu le fais à moi. Et c’est à moi que tu devras en répondre un jour.
Prions en disant : Souviens-toi de moi, Jésus.
Puisque tu t’identifies à chaque personne jugée : | Souviens-toi de moi, Jésus. | |
Pour que je ne me laisse pas guider par les préjugés : | Souviens-toi de moi, Jésus. | |
Pour que le véritable pouvoir soit celui de l’amour : | Souviens-toi de moi, Jésus. | |
Pour que la miséricorde l’emporte sur le jugement : | Souviens-toi de moi, Jésus. | |
Pour que le bien soit choisi même lorsqu’il coûte cher : | Souviens-toi de moi, Jésus. |
2ème station
Jésus est chargé de la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19,14-17)
C’était la Préparation de la Pâque, et environ la sixième heure. Pilate dit aux Juifs: “Voici votre roi”. Mais ils se mirent à crier: “Qu’il meure! Qu’il meure! Crucifie-le”» Pilate leur dit: “Crucifierai-je votre roi ?” les Princes des prêtres répondirent: “Nous n’avons de roi que César”. Alors il le leur livra pour être crucifié. Et ils prirent Jésus et l’emmenèrent. Jésus, portant sa croix, arriva hors de la ville au lieu nommé Calvaire, en Hébreu Golgotha.
Des écrits de saint François d’Assise (Amm V, 7-8 : FF 154)
Semblablement, même si tu étais plus beau et plus riche de tous et même si tu faisais des merveilles au point de mettre en fuite les démons, tout cela t’est contraire et cela ne t’appartient en rien, et en rien de cela tu ne peux te glorifier ; mais en ceci nous pouvons nous glorifier : dans nos infirmités et de porter chaque jour sur notre dos la sainte croix de notre Seigneur Jésus Christ
Le mot “croix” suscite en nous une réaction de rejet plutôt que de désir. Il est plus facile que naisse en nous la tentation de la fuir plutôt que l’envie de l’embrasser.
Jésus, je suis sûr qu’il en était de même lorsque la croix a été chargée sur tes épaules. À Gethsémani, en effet, tu avais demandé au Père d’éloigner de toi cette coupe, tout en voulant de tout ton cœur accomplir sa volonté. La croix était le supplice le plus horrible et le plus douloureux, réservé aux esclaves, aux criminels irrécupérables et aux maudits de Dieu.
Et pourtant, tu l’as embrassée et portée sur tes épaules, puis tu t’es laissé porter par elle. Non pas parce qu’elle était belle ou attrayante, mais par amour pour nous. En soulevant ton lourd fardeau, tu savais que tu nous relevais du poids du mal qui nous écrase et que tu te chargeais du péché qui ruine notre existence. En embrassant la croix et en la portant sur tes épaules, tu embrassais notre fragilité et tu te chargeais de notre humanité. Tu prenais sur toi nos esclavages, nos crimes et même notre malédiction.
Libère-nous, Jésus, de la peur de la croix. Donne-nous la grâce de te suivre sur ton propre chemin et de n’avoir d’autre gloire que celle de ta croix.
Prions en disant : Délivre-nous, Seigneur.
Du désir de gloire humaine : | Délivre-nous, Seigneur. | |
De la tentation d’ignorer ceux qui souffrent : | Délivre-nous, Seigneur. | |
De nous préoccuper seulement de nous-mêmes : | Délivre-nous, Seigneur. | |
De la crainte de nous engager dans la fidélité : | Délivre-nous, Seigneur. | |
De la peur et du refus de la croix : | Délivre-nous, Seigneur. |
3ème station
Jésus tombe pour la première fois
De l’Évangile selon saint Jean (12,24-25)
En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Celui qui aime sa vie, la perdra; et celui qui hait sa vie en ce monde, la conservera pour la vie éternelle.
Des écrits de saint François d’Assise (Amm XXII, 3 : FF 172)
Bienheureux le serviteur qui n’est pas prompt à s’excuser et supporte humblement la honte et la réprimande d’un péché, là où il n’a pas commis de faute.
Ta vie, Jésus, a été une succession d’abaissements et de descentes. Bien que tu sois Dieu, tu t’es dépouillé pour devenir homme. De riche que tu étais, tu t’es fait pauvre. Et arrivé au terme de ta mission, alors que tu portais sur tes épaules le poids de l’humanité tout entière, tu es tombé sur les pierres dures de la Via Dolorosa, le chemin que les condamnés à mort parcouraient devant le peuple de Jérusalem qui accourait comme pour assister à un spectacle.
C’est le début d’un abaissement encore plus profond : la descente dans le royaume des enfers, la chute dans le mystère de la mort où chacun de nous tombe à la fin de cette vie terrestre. Mais la tienne est la chute d’un grain de blé sur la terre, qui est prêt à mourir pour porter du fruit.
Aide-nous, nous aussi, à choisir de rester à terre, aux pieds des autres, plutôt que de chercher à être en hauteur et à les dominer. Aide-nous à apprendre la voie de l’humilité, y compris à partir de l’expérience de nos chutes et de nos humiliations, et à savoir supporter en paix les offenses et les injustices subies.
Fais que nous te sentions proche, surtout lorsque nous tombons, si proche que nous nous rendions compte que c’est toi qui nous relèves et nous remets en chemin. Et fais que nous apprenions nous aussi à faire confiance à la terre, comme le grain de blé, sachant que la mort, grâce à toi, est le sein de la vie éternelle.
Prions en disant : Relève-nous, Jésus.
Quand nous tombons à cause de notre fragilité : | Relève-nous, Jésus. | |
Quand nous tombons parce que quelqu’un nous fait tomber : | Relève-nous, Jésus. | |
Quand nous tombons à cause de mauvais choix : | Relève-nous, Jésus. | |
Quand nous tombons dans le désespoir : | Relève-nous, Jésus. | |
Quand nous tombons dans le mystère de la mort : | Relève-nous, Jésus. |
4ème station
Jésus rencontre sa Mère
De l’Évangile selon saint Jean (19, 25-27)
Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala. Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: “Femme, voici ton fils”. Puis il dit au disciple: “Voici ta mère”. Dès cette heure-là, le disciple l’accueillit comme sienne.
Des écrits de saint François d’Assise (Rb VI, 8 : FF 91)
Qu’avec assurance chacun manifeste à l’autre sa nécessité, car si une mère chérit et nourrit son fils charnel, avec combien plus d’affection chacun ne doit-il pas chérir et nourrir son frère spirituel ?
Il est normal que notre mère soit présente au début de notre existence. Il n’est pas normal qu’elle soit à nos côtés au moment de mourir, car cela signifie que la vie nous a été arrachée par une maladie, un accident, la violence, le désespoir. Marie, la femme de laquelle toi, Jésus, tu as été engendré, se tient à tes côtés sur ton chemin vers le Calvaire et elle se tient près de toi sous la croix.
Tu lui demandes de donner encore la vie et de continuer à être la mère du disciple bien-aimé, de chacun de nous, de l’Église, de cette nouvelle humanité qui naît précisément à l’heure où tu donnes ta vie et où tu meurs. À l’heure la plus solennelle de ta mission et, avant de tout achever, tu lui demandes d’abord d’accueillir chacun de nous ; et ce n’est qu’ensuite que tu nous demandes de l’accueillir. Car la Mère précède toujours. Aux noces de Cana, elle t’avait de même précédé.
Ô Marie, jette sur chacun de nous un regard de tendresse, mais surtout sur les nombreuses -trop nombreuses - mères qui, aujourd’hui encore, voient comme toi leurs enfants arrêtés, torturés, condamnés, tués. Porte un regard de tendresse sur les mères qui sont réveillées au milieu de la nuit par une nouvelle déchirante, et pour celles qui veillent à l’hôpital un enfant en train de s’éteindre. Et donne-nous un cœur maternel, pour comprendre et partager la souffrance des autres, et apprendre, aussi de cette manière, ce que veut dire aimer.
Prions en disant : Console-les, ô Mère.
Les mères qui ont perdu leurs enfants : | Console-les, ô Mère. | |
Les orphelins, spécialement à cause des guerres : | Console-les, ô Mère. | |
Les migrants, les personnes déplacées et les réfugiés : | Console-les, ô Mère. | |
Ceux qui subissent la torture et des peines injustes : | Console-les, ô Mère. | |
Les désespérés qui ont perdu le sens de la vie : | Console-les, ô Mère. | |
Ceux qui meurent seuls : | Console-les, ô Mère. |
5ème station
Jésus est aidé par Simon de Cyrène à porter la croix
De l’Évangile selon saint Marc (15, 21)
Et ils requièrent, pour porter sa croix, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui passait par là, revenant des champs.
Des écrits de saint François d’Assise (Amm XVIII,1 : FF 167)
Heureux l’homme qui soutient son prochain selon sa fragilité, autant qu’il voudrait être soutenu par lui s’il se trouvait dans un cas semblable.
Simon de Cyrène n’était pas volontaire. Il ne s’est pas occupé volontairement de toi, Jésus, pour t’aider à porter la croix. Probablement savait-il à peu près qui tu étais. Mais, en t’aidant à porter la croix, quelque chose change en lui au point qu’il transmettra à ses fils, Alexandre et Rufus, la signification profonde de ce chemin parcouru avec toi, et ils deviendront les témoins de ta Pâque dans la première Communauté chrétienne.
Aujourd’hui encore, beaucoup de personnes choisissent de faire quelque chose de bien pour les autres partout dans le monde. Des milliers de bénévoles risquent leur vie dans des situations extrêmes pour venir en aide à ceux qui ont besoin de nourriture, d’éducation, de soins médicaux, de justice. Beaucoup d’entre eux ne croient même pas en toi, et pourtant, même inconsciemment, ils t’aident encore à porter la croix. En prenant soin d’autres personnes en chair et en os, en réalité, une fois encore, ils prennent soin de toi.
Fais, Seigneur, que nous apprenions, nous aussi, à offrir à notre prochain le soutien que nous aimerions recevoir si nous nous trouvions dans la même situation. Aide-nous à être des personnes empathiques et compatissantes, non pas en paroles, mais en actes et en vérité.
Prions en disant : Rends-nous attentifs, Seigneur.
Aux personnes que nous rencontrons : | Rends-nous attentifs, Seigneur. | |
Aux personnes pauvres, souffrantes et rejetées : | Rends-nous attentifs, Seigneur. | |
À ceux qui restent seuls et sans soins : | Rends-nous attentifs, Seigneur. | |
À ceux qui restent en arrière et tombent : | Rends-nous attentifs, Seigneur. | |
À ceux qui ne trouvent pas d’écoute : | Rends-nous attentifs, Seigneur. |
6ème station
Véronique essuie le visage de Jésus
De l’Évangile selon saint Jean (12, 20-21)
Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête. Ils s’avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui firent cette demande: “Seigneur, nous voulons voir Jésus”.
Des écrits de saint François d’Assise (Pat 4 : FF 269)
Que ton règne vienne : afin que tu règnes en nous par la grâce et que tu nous fasses parvenir dans ton royaume, où la vision de toi est sans voile, où l’amour pour toi est parfait, où la communion avec toi est bienheureuse, où la jouissance de toi est sans fin.
Celui que les Psaumes avaient chanté comme « le plus beau des fils de l’homme » (Ps 45, 3) a désormais les traits du Serviteur souffrant, prophétisé par Isaïe, qui « n’avait ni forme ni beauté pour attirer nos regards, ni apparence pour exciter notre amour » (Is 53, 2).
Véronique est la gardienne de ton image, Jésus. Elle a pu l’obtenir grâce à ce geste de charité : essuyer ton visage couvert de sang et de poussière. Véronique ne nous transmet pas le souvenir d’une image en pose, mais celui de l’homme des douleurs qui nous a guéris par ses plaies.
Aide-nous, Jésus, à cultiver le désir de voir ton visage. Accorde-nous la grâce que tu as accordée aux Apôtres de te voir lumineux et transfiguré. Mais aide-nous surtout à avoir le regard attentif de Véronique qui sait te reconnaître même dans ta beauté défigurée. Et rends-nous capables aujourd’hui d’essuyer ton visage encore couvert de poussière et de sang, défiguré par tout acte qui bafoue la dignité de toute personne humaine.
Prions en disant : Jésus, aide-nous à te reconnaître.
Quand ton visage est défiguré : | Jésus, aide-nous à te reconnaître. | |
Dans chaque personne condamnée par les préjugés : | Jésus, aide-nous à te reconnaître. | |
Dans le pauvre privé de sa dignité : | Jésus, aide-nous à te reconnaître. | |
Dans les femmes victimes de la traite et réduites en esclavage : | Jésus, aide-nous à te reconnaître. | |
Dans les enfants à qui l’on a volé l’enfance et compromis l’avenir : | Jésus, aide-nous à te reconnaître. |
7ème station
Jésus tombe pour la deuxième fois
De l’Évangile selon saint Jean (13, 3-5)
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Des écrits de saint François d’Assise (Rnb V, 13-14 : FF 20)
Qu’aucun frère ne fasse du mal ou ne dise du mal à un autre ; bien plus, par la charité de l’esprit, qu’ils se servent volontiers et s’obéissent mutuellement.
Toute ta vie, Jésus, tu n’as cessé de te baisser et de t’abaisser. Lorsque tu as lavé les pieds de tes disciples, lors de la Cène, tu as laissé un exemple, un enseignement et une prophétie : l’exemple du service, l’enseignement de l’amour fraternel et la prophétie du don de la vie. François d’Assise a été si profondément touché par ton abaissement qu’il a voulu nous recommander de nous laver les pieds les uns les autres, c’est-à-dire d’être toujours prêts à servir nos frères. Il a également souhaité que cet Évangile lui soit lu le soir du 3 octobre, il y a huit siècles, peu avant sa mort.
La prophétie de ta résurrection se trouve déjà contenue dans ton amour pour nous jusqu’à la fin, jusqu’à donner ta vie pour nous. Car un amour aussi grand est plus fort que la mort. Un amour aussi grand révèle le sens ultime de l’amour : conduis‑nous dans la vie même de Dieu.
Lorsque tu tombes, Jésus, tu le fais pour nous relever de nos chutes. Lorsque tu tombes, tu le fais pour relever ceux qui sont écrasés par l’injustice, le mensonge, toute forme d’exploitation et tout type de violence, par la misère qu’a produite une économie axée sur le profit individuel plutôt que sur le bien commun. Quand tu tombes, tu le fais pour me relever moi aussi.
Prions en disant : Relève-nous, Seigneur.
Quand nos erreurs nous écrasent : | Relève-nous, Seigneur. | |
Quand le poids de la responsabilité nous oppresse : | Relève-nous, Seigneur. | |
Quand nous tombons dans la dépression : | Relève-nous, Seigneur. | |
Quand nous manquons à nos choix : | Relève-nous, Seigneur. | |
Quand nous sommes aspirés par une dépendance : | Relève-nous, Seigneur. |
8ème station
Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
De l’Évangile selon saint Luc (23, 27-31)
Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : “Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !” Alors on dira aux montagnes : “Tombez sur nous”, et aux collines : “Cachez-nous.” Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »
Des écrits de saint François d’Assise (Pater 5: FF 270)
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel : afin que nous t’aimions de tout notre cœur en pensant toujours à toi ; de toute notre âme en te désirant toujours ; de tout notre esprit en dirigeant vers toi tous nos élans et ne poursuivant toujours que ta seule gloire ; de toutes nos forces en dépensant toutes nos énergies et tous les sens de notre âme et de notre corps au service de ton amour et de rien d’autre. Que nous aimions nos proches comme nous-mêmes ; en les attirant tous à ton amour selon notre pouvoir, en partageant leur bonheur comme s’il était le nôtre, en les aidant à supporter leurs malheurs, en ne leur faisant nulle offense.
Les femmes t’ont toujours suivi et aidé, Jésus, depuis le début de ta prédication. Elles sont encore là aujourd’hui, même sous la croix. Là où il y a une souffrance ou un besoin, les femmes sont présentes : dans les hôpitaux et les maisons de retraite, dans les communautés thérapeutiques et d’accueil, dans les foyers pour les mineurs les plus fragiles, dans les avant-postes les plus reculés de la mission pour ouvrir des écoles et des dispensaires, dans les zones de guerre et de conflit pour secourir les blessés et consoler les survivants.
Les femmes t’ont pris au sérieux ; elles ont également pris au sérieux tes paroles dures. Depuis des siècles, elles pleurent sur elles-mêmes et sur leurs enfants : emmenés et emprisonnés lors d’une manifestation, déportés par des politiques sans compassion, naufragés lors de voyages désespérés vers l’espérance, décimés dans les zones de guerre, anéantis dans les camps d’extermination.
Les femmes continuent de pleurer. Donne aussi à chacun de nous, Seigneur, un cœur compatissant, un cœur maternel, ainsi que la capacité de ressentir la souffrance des autres comme la nôtre. Accorde-nous encore des larmes, Seigneur, afin que notre conscience ne se dissolve pas dans les brumes de l’indifférence et que nous restions humains.
Prions en disant : Donne-nous des larmes, Seigneur.
Pour pleurer sur les désastres des guerres : | Donne-nous des larmes, Seigneur. | |
Pour pleurer sur les massacres et les génocides : | Donne-nous des larmes, Seigneur. | |
Pour pleurer avec les mères et les épouses : | Donne-nous des larmes, Seigneur. | |
Pour pleurer sur le cynisme des tyrans : | Donne-nous des larmes, Seigneur. | |
Pour pleurer sur notre indifférence : | Donne-nous des larmes, Seigneur. |
10ème station
Jésus est dépouillé de ses vêtements
De l’Évangile selon saint Jean (19, 23-24)
Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : “Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura”. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats.
Des écrits de saint François d’Assise (Lord, 28-29: FF 221)
Regardez, mes frères, l’humilité de Dieu, et ouvrez-lui vos cœurs ; humiliez-vous vous aussi, afin qu’il vous exalte. Ne retenez donc rien pour vous, afin que celui qui vous offre tout vous accueille tout entier.
Jésus, tu avais choisi toi-même de te dépouiller de ta gloire divine pour revêtir « la vraie chair de notre humanité et de notre fragilité » (Saint François, 2 Lfed 4 : FF 181). Et maintenant, on t’arrache tes vêtements avec une volonté cruelle de t’humilier et de te dépouiller également de ta dignité humaine. C’est une tentative qui se répète sans cesse, même de nos jours. Les régimes autoritaires la pratiquent lorsqu’ils obligent les prisonniers à rester à demi nus dans une cellule dépouillée ou dans une cour. Les tortionnaires la pratiquent lorsqu’ils ne se contentent pas d’arracher les vêtements, mais aussi la peau et la chair. La pratiquent ceux qui autorisent et utilisent des formes de perquisition et de contrôle qui ne respectent pas la dignité de la personne. La pratiquent les violeurs et les agresseurs qui traitent leurs victimes comme des objets. L’industrie du spectacle la pratique, lorsqu’elle exhibe la nudité pour gagner quelques spectateurs supplémentaires. Le monde de l’information la pratique, lorsqu’il met les personnes à nu devant l’opinion publique. Et parfois, nous faisons de même, avec notre curiosité qui ne respecte ni la pudeur, ni l’intimité, ni la vie privée des autres.
Rappelle-nous, Seigneur, que chaque fois que nous ne reconnaissons pas la dignité d’autrui, la nôtre s’en trouve ternie, et chaque fois que nous approuvons ou pratiquons un comportement inhumain envers un autre être humain, c’est nous-mêmes qui devenons moins humains.
Prions en disant: Revêts-nous, Jésus.
De ton humilité infinie : | Revêts-nous, Jésus. |
Du respect pour chaque être humain : | Revêts-nous, Jésus. |
Du sentiment de compassion : | Revêts-nous, Jésus. |
D’un sens renouvelé de la pudeur : | Revêts-nous, Jésus. |
De la force pour défendre la dignité de toute personne : | Revêts-nous, Jésus. |
11ème station
Jésus est cloué sur la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19, 17-19)
Portant sa croix, Jésus sortit en direction du lieu-dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : “Jésus le Nazaréen, roi des Juifs”.
Des écrits de saint François d’Assise (Cant 23-26: FF 263)
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi et supportent maladies et tribulations. Heureux ceux qui les supportent en paix, car par toi, Très Haut, ils seront couronnés.
Cloué sur la croix comme un malfaiteur, mais avec un titre qui révèle ta royauté, tu nous montres, ô Jésus, ce qu’est le véritable pouvoir. Non pas celui de ceux qui pensent disposer de la vie d’autrui en donnant la mort, mais celui de ceux qui peuvent réellement vaincre la mort en donnant la vie, et qui donnent la vie même en acceptant la mort. Tu manifestes que le pouvoir véritable n’est pas celui de ceux qui utilisent la force et la violence pour s’imposer. Il est celui de ceux qui se chargent du mal de l’humanité, du nôtre, du mien, et qui l’anéantissent par la puissance de l’amour qui se manifeste dans le pardon. Tu es Roi et tu règnes depuis la croix. Tu ne te sers pas de la puissance apparente des armées, mais de l’impuissance apparente de l’amour qui se laisse crucifier. Tu es Roi et ta croix devient l’axe autour duquel tournent l’histoire et l’univers tout entier, afin de ne pas sombrer dans l’enfer de l’incapacité d’aimer.
Toi, Roi crucifié, tu nous rappelles que pour participer à ta royauté nous devons nous aussi apprendre à pardonner par amour pour toi, et à supporter dans la paix les difficultés de la vie ; car ce n’est pas l’amour de la force qui triomphe, mais la force de l’amour.
Prions en disant: Apprends-nous à aimer.
Quand nous subissons une injustice : | Apprends-nous à aimer. |
Quand nous désirons la vengeance : | Apprends-nous à aimer. |
Quand nous sommes tentés par la violence : | Apprends-nous à aimer. |
Quand nous pensons que le pardon est impossible : | Apprends-nous à aimer. |
Quand nous nous sentons crucifiés : | Apprends-nous à aimer. |
12ème station
Jésus meurt sur la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19, 28-30)
Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : “J’ai soif”. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : “Tout est accompli”. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.
Des écrits de saint François d’Assise (2Lfed 11-13: FF 184)
Et telle fut la volonté du Père : que son Fils béni et glorieux, qu’il nous donna et qui est né pour nous, s’offrit lui-même par son propre sang en sacrifice et en victime sur l’autel de la croix ; non pour lui par qui tout a été fait, mais pour nos péchés, nous laissant un exemple pour que nous suivions ses traces.
“Tout est accompli”. Cela ne signifie pas que tout est fini, mais que la raison pour laquelle toi, Jésus, tu t’es fait l’un de nous a trouvé son accomplissement. Tu as accompli la mission que le Père t’avait confiée et tu peux maintenant retourner vers Lui et nous emmener avec toi.
Désormais, nous savons qu’en nous laissant attirer par toi, en levant notre regard vers toi, nous nous trouvons devant Celui qui nous réconcilie, qui efface notre “dette”, qui nous introduit dans le Sanctuaire qu’est la vie même de Dieu. Nous nous trouvons devant Celui qui, en réalisant le but de l’incarnation, nous donne la possibilité de réaliser le sens profond de notre propre vie : devenir enfants de Dieu, être les chefs-d’œuvre de Dieu.
Aide-nous, Seigneur, à accueillir le don du Saint-Esprit que tu as répandu sur nous dès l’heure de ta mort sur la croix, et fais qu’avec toi nous puissions nous aussi passer de ce monde au Père.
Prions en disant : Donnes-nous ton Esprit, Seigneur.
Pour que nous devenions des créatures nouvelles et que nous vivions en Dieu : | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. | |
Pour que nous fassions l’expérience de l’effacement de notre dette : | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. | |
Pour que nous puissions prier “Abba, Père” : | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. | |
Pour que nous accueillions toute personne comme un frère et une sœur : | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. | |
Pour que nous découvrions le sens ultime de la vie : | Donne-nous ton Esprit, Seigneur. |
13ème station
Jésus est descendu de la croix
De l’Évangile selon saint Jean (19, 38-39)
Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres.
Des écrits de saint François d’Assise (Cant 27-31 : FF 263)
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. Malheur à ceux qui mourront dans les péchés mortels. Heureux ceux qu’elle trouvera dans tes très saintes volontés car la seconde mort ne leur fera pas mal.
Jésus vient de mourir, et sa mort commence déjà à porter ses premiers fruits. Joseph d’Arimathie et Nicodème qui étaient disciples de Jésus, mais en secret car ils avaient peur de s’exposer, trouvent maintenant le courage d’aller voir Pilate pour lui demander son corps. Ils accomplissent de la sorte un geste de compassion humaine, celui de descendre de la croix un condamné et de l’enterrer avec dignité et décence.
Il ne devrait jamais y avoir de cadavres non restitués et non enterrés : les mères, les parents et les amis des condamnés ne devraient jamais être contraints de s’humilier devant les autorités pour voir restitués les restes meurtris d’un proche. Le corps d’un défunt conserve la dignité de la personne et ne peut être bafoué, dissimulé, détruit, non restitué ou privé d’une sépulture convenable. Non seulement le corps d’une personne respectable mais aussi celui d’un criminel mérite le respect.
Ô Jésus, tu as été injustement capturé, torturé, jugé, condamné et tué, mais ton corps a été rendu et honoré ; fais en sorte que notre époque, qui a perdu le respect des vivants, conserve au moins celui des morts.
Prions en disant : Apprends-nous la compassion.
Pour ressentir la souffrance des prisonniers : | Apprends-nous la compassion. | |
Pour être solidaires avec les prisonniers politiques : | Apprends-nous la compassion. | |
Pour comprendre les familles des otages : | Apprends-nous la compassion. | |
Pour pleurer les morts sous les décombres : | Apprends-nous la compassion. | |
Pour avoir du respect pour tous les défunts : | Apprends-nous la compassion. |
14ème station
Jésus est déposé dans le sépulcre
De l’Évangile selon saint Jean (19, 40-42)
Joseph d’Arimathie et Nicodème prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Des écrits de saint François d’Assise (2Lfid 61-62 : FF 202)
Et à Lui qui a tant supporté pour nous et qui nous a apporté tant de biens et nous en apportera dans le futur, que toute créature qui est dans les cieux, sur la terre, dans la mer et dans les abîmes, rende à Dieu Louange, gloire, honneur et bénédiction, car il est notre puissance et notre force, lui qui seul est bon, seul très haut, seul tout-puissant, admirable, glorieux et seul saint, louable et béni dans les siècles infinis des siècles. Amen.
Tout a commencé dans un jardin, l’Éden, que nos premiers parents avaient reçu en don et en garde, et d’où ils furent exilés pour ne pas avoir fait confiance à Dieu. Tout recommence dans un jardin, où Jésus est enterré et où il ressuscite : un lieu où l’ancienne création fragile et mortelle se transforme en une nouvelle création participant à la vie même de Dieu. Ce lieu est la porte par laquelle Jésus est descendu aux enfers, et il est l’entrée du Paradis, non plus terrestre et temporaire, mais céleste et définitif. C’est le lieu du dernier geste de compassion et des dernières larmes versées sur le corps du Christ mort. C’est le lieu de la première rencontre avec le Ressuscité vivant pour toujours, reconnaissable seulement quand il nous appelle par notre nom ou lorsqu’Il ouvre nos yeux, et impossible à retenir. Le lieu où Marie de Magdala reçoit la mission d’annoncer que la mort est vaincue parce que Jésus de Nazareth est ressuscité, il est le Seigneur, il est le Vivant qui ne peut plus mourir.
Dès lors, nous sommes nous aussi ensevelis – par le Baptême – avec Jésus, dans ce même jardin, avec l’espérance certaine que Celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts donnera aussi la vie à nos corps mortels par son Esprit qui habite en nous (cf. Rm 8, 11). Nous te rendons grâce, Seigneur, car tu as donné un fondement certain à notre espérance de la vie éternelle.
Prions en disant : Viens, Seigneur Jésus.
Pour marcher encore avec nous dans le Jardin : | Viens, Seigneur Jésus. | |
Pour essuyer les larmes de nos yeux : | Viens, Seigneur Jésus. | |
Pour nous donner une espérance certaine : | Viens, Seigneur Jésus. | |
Pour renverser la pierre qui écrase le cœur : | Viens, Seigneur Jésus. | |
Pour nous laisser entrevoir le Paradis : | Viens, Seigneur Jésus. |
SAINT-PÈRE
Invocation conclusive et bénédiction
Au terme de ce Chemin de Croix, faisons nôtre la prière par laquelle saint François nous invite à vivre notre vie comme un chemin d’engagement progressif dans la relation d’amour qui unit le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
Dieu tout puissant, éternel, juste et miséricordieux, donne-nous, à nous misérables, à cause de toi-même, de faire ce que nous savons que tu veux, et de toujours vouloir ce qui te plait, afin qu’intérieurement purifiés, intérieurement illuminés et embrasés du feu de l’Esprit Saint, nous puissions suivre les traces de ton Fils bien-aimé, notre Seigneur Jésus-Christ, et par ta seule grâce parvenir jusqu’à toi, Très Haut, qui, en Trinité parfaite et en simple Unité, vis et règnes et es glorifié, Dieu tout puissant, pour tous les siècles des siècles(Lord 50-52 : FF 233).
Concluons par l’ancienne bénédiction biblique (cf. Nm 6, 24-26), avec laquelle saint François bénissait habituellement les frères et tout le peuple, au point de devenir “sa” bénédiction (cf. BfL : FF 262).
Le Seigneur soit avec vous.
℟. Et avec votre esprit.
Que le Seigneur vous bénisse et vous garde.
℟. Amen
Que le Seigneur fasse briller sur vous son visage et vous prenne en grâce.
℟. Amen
Que le Seigneur tourne vers vous son visage et qu’il vous apporte la paix.
℟. Amen
Et que la bénédiction de Dieu tout-puissant,
Le Père ✠ et le Fils ✠ et le Saint-Esprit
descende sur vous et y demeure à jamais.
℟. Amen.
Veillée pascale - Homélie du Saint Père - 4 avril 2026
« Le pouvoir sanctifiant de cette nuit […] dissipe la haine, dispose à l’amitié et soumet toute puissance » (Annonce de la Pâque).
C’est ainsi, chers frères et sœurs, que le diacre, au début de cette célébration, a salué la lumière du Christ ressuscité, symbolisée par le cierge pascal. À partir de ce cierge unique, nous avons tous allumé nos lumières et, chacun portant une flamme tirée du même feu, nous avons éclairé cette grande basilique. C’est le signe de la lumière pascale qui nous unit dans l’Église comme des lampes pour le monde. Nous avons répondu “amen” à l’annonce du diacre, affirmant notre engagement à embrasser cette mission, et nous répéterons dans un instant notre “oui” en renouvelant nos promesses baptismales.
Cette veillée, chers frères et sœurs, est une veillée lumineuse, la plus ancienne de la tradition chrétienne appelée “mère de toutes les veillées”. Nous revivons en elle le mémorial de la victoire du Seigneur de la vie sur la mort et les enfers. Nous le faisons après avoir parcouru, ces derniers jours, comme dans une unique grande célébration, les mystères de la Passion du Dieu fait pour nous « homme de douleur » (Is 53, 3), « méprisé, abandonné des hommes » (ibid.), torturé et crucifié.
Y a-t-il une charité plus grande ? Une gratuité plus totale ? Le Ressuscité est le Créateur même de l’univers qui, comme aux origines de l’histoire, nous a donné l’existence à partir de rien ; de même, sur la croix, pour nous montrer son amour sans limites, il nous a donné la vie.
La première Lecture nous l’a rappelé, à travers le récit des origines. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre (cf. Gn 1, 1), tirant le cosmos du chaos, l’harmonie du désordre, et en confiant, à nous qui sommes faits à son image et à sa ressemblance, la tâche d’en être les gardiens. Et même lorsque, par le péché, l’homme n’a pas répondu à ce projet, le Seigneur ne l’a pas abandonné mais lui a révélé, de manière encore plus surprenante, dans le pardon, son visage miséricordieux.
Le “saint mystère de cette nuit” plonge donc ses racines là où s’est consommé le premier échec de l’humanité, et il s’étend à travers les siècles comme un chemin de réconciliation et de grâce.
La liturgie nous a proposé quelques étapes de ce cheminement à travers les textes sacrés que nous avons entendu. Elle nous a rappelé comment Dieu a retenu la main d’Abraham, prêt à sacrifier son fils Isaac, pour nous montrer qu’il ne voulait pas notre mort mais plutôt que nous nous consacrions à être, entre ses mains, des membres vivants d’une descendance de sauvés (cf. Gn 22, 11-12.15-18). De même, elle nous a invités à réfléchir sur la manière dont le Seigneur a libéré les Israélites de l’esclavage d’Égypte, faisant de la mer, lieu de mort et obstacle insurmontable, la porte d’entrée vers le commencement d’une vie nouvelle et libre. Et ce même message est revenu comme un écho dans les paroles des prophètes, où nous avons entendu les louanges du Seigneur en tant qu’époux qui appelle et rassemble (cf. Is 54, 5-7), source qui désaltère, eau qui féconde (cf. Is 55, 1.10), lumière qui montre le chemin de la paix (cf. Bar 3, 14), Esprit qui transforme et renouvelle le cœur (Ez 36, 26).
À tous ces moments de l’histoire du salut, nous avons vu comment Dieu répond à la dureté du péché qui divise et tue, par la puissance de l’amour qui unit et redonne la vie. Nous les avons évoqués ensemble en entrecoupant le récit avec des psaumes et des prières pour nous rappeler que, par la Pâque du Christ, ensevelis avec lui dans la mort, nous pouvons nous aussi marcher dans une vie nouvelle ; morts au péché, mais vivants pour Dieu, en Jésus-Christ (cf. Rm 6, 4-11), consacrés dans le baptême à l’amour du Père, unis dans la communion des saints, devenus par grâce des pierres vivantes pour édifier son Royaume (cf. 1 P 2, 4-5).
C’est dans cette lumière que nous lisons le récit de la Résurrection, que nous avons entendu dans l’Évangile selon saint Matthieu. Le matin de Pâques, les femmes, surmontant leur peine et leur peur, se sont mises en route. Elles voulaient se rendre au tombeau de Jésus. Elles s’attendaient à le trouver scellé avec une grande pierre à l’entrée et des soldats montant la garde. Voilà ce qu’est le péché : une barrière très lourde qui nous enferme et nous sépare de Dieu, et cherche à faire mourir en nous ses paroles d’espérance. Marie de Magdala et l’autre Marie, cependant, ne se sont pas laissées intimider. Elles se sont rendues au sépulcre et, grâce à leur foi et à leur amour, elles ont été les premiers témoins de la résurrection. Dans le tremblement de terre et dans l’ange assis sur le rocher renversé, elles ont vu la puissance de l’amour de Dieu, plus fort que n’importe quelle force du mal, capable de “dissiper la haine” et de “soumettre toute puissance”. L’homme peut tuer le corps, mais la vie du Dieu d’amour est une vie éternelle, qui va au-delà de la mort et qu’aucun tombeau ne peut emprisonner. Ainsi, le Crucifié règne-t-il depuis la croix. L’ange s’est assis sur la pierre et Jésus s’est présenté à elles, vivant, en disant : « Je vous salue ! » (Mt 28, 9).
Tel est, chers amis, notre message au monde aujourd’hui, la rencontre dont nous voulons témoigner par les paroles de la foi et les œuvres de la charité, en chantant par notre vie l’“Alléluia” que nous proclamons avec nos lèvres (cf. saint Augustin, Sermo 256, 1). À l’exemple des femmes qui se sont précipitées pour annoncer la nouvelle à leurs frères, nous aussi nous voulons cette nuit quitter cette basilique, pour apporter à tout le monde la bonne nouvelle que Jésus est ressuscité et que, par sa force, ressuscités avec Lui, nous pouvons donner vie à un monde nouveau, de paix et d’unité, comme « une multitude d’hommes et en même temps […] un seul homme, car, bien qu’il y ait beaucoup de chrétiens, le Christ est unique » (Saint Augustin, Enarrationes in Psalmos, 127,3).
C’est à cette mission que se consacrent les frères et sœurs ici présents, venus de diverses régions du monde, qui vont bientôt recevoir le baptême. Après le long chemin du catéchuménat, ils renaissent aujourd’hui dans le Christ pour être des créatures nouvelles (cf. 2 Co 5, 17), témoins de l’Évangile. Pour eux, et pour nous tous, répétons ce que saint Augustin disait aux chrétiens de son temps : « Annonce le Christ, sème […], répands partout ce que tu as conçu dans ton cœur » (Sermo 116, 23-24).
Sœurs, frères, de nos jours encore, des tombeaux sont à ouvrir, et les pierres qui les scellent sont souvent si lourdes et si bien surveillées qu’elles semblent inamovibles. Certaines oppriment le cœur de l’homme, comme la méfiance, la peur, l’égoïsme, la rancœur. D’autres, conséquence de ces dernières, brisent les liens entre nous, comme la guerre, l’injustice, la fermeture entre les peuples et les nations. Ne nous laissons pas paralyser par elles ! Au fil des siècles, nombre d’hommes et de femmes, avec l’aide de Dieu, les ont fait rouler, parfois au prix de grands efforts, parfois au prix de leur vie, mais avec de bons fruits dont nous bénéficions encore aujourd’hui. Ils ne sont pas des figures inaccessibles mais des personnes comme nous qui, fortifiées par la grâce du Ressuscité, dans la charité et la vérité, ont eu le courage de parler, comme le dit l’apôtre Pierre, « avec les paroles de Dieu » (1 P 4, 11) et d’agir « avec la force que Dieu leur a donnée, afin que Dieu soit glorifié en tout » (ibid.).
Laissons-nous inspirer par leur exemple et, en cette Nuit sainte, faisons nôtre leur engagement, afin que partout et toujours dans le monde grandissent et s’épanouissent les don pascals de la concorde et de la paix.
Dimanche de Pâques - Messe du jour -5 avril 2026
Chers frères et sœurs,
la création tout entière resplendit aujourd’hui d’une lumière nouvelle, un chant de louange s’élève de la terre, notre cœur exulte de joie : le Christ est ressuscité d’entre les morts et, avec Lui, nous ressuscitons nous aussi à une vie nouvelle !
Cette annonce pascale embrasse le mystère de notre vie, la destinée de l’histoire, et elle nous atteint jusque dans les abîmes de la mort, par lesquels nous nous sentons menacés et parfois submergés. Elle nous ouvre à l’espérance qui ne faiblit pas, à la lumière qui ne se couche pas, à cette plénitude de joie que rien ne peut détruire : la mort a été vaincue pour toujours, la mort n’a plus de pouvoir sur nous !
C’est un message qui n’est pas toujours facile à accueillir, une promesse que nous avons du mal à accepter, car le pouvoir de la mort nous menace sans cesse, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Au plus profond de nous-mêmes, lorsque le boulet de nos péchés nous empêche de prendre notre envol, lorsque les déceptions ou la solitude que nous vivons assèchent nos espérances, lorsque les soucis ou les rancœurs étouffent la joie de vivre, lorsque nous éprouvons de la tristesse ou de la fatigue, lorsque nous nous sentons trahis ou rejetés, lorsque nous devons faire face à notre faiblesse, à la souffrance, à la fatigue de chaque jour, alors nous avons l’impression de nous trouver dans un tunnel dont nous ne voyons pas la sortie.
Mais aussi en dehors de nous, la mort est toujours à l’affût. Nous la voyons présente dans les injustices, dans les égoïsmes partisans, dans l’oppression des pauvres, dans le manque d’attention envers les plus fragiles. Nous la voyons dans la violence, dans les blessures du monde, dans le cri de douleur qui s’élève de toutes parts face aux abus qui écrasent les plus faibles, face à l’idolâtrie du profit qui pille les ressources de la terre, face à la violence de la guerre qui tue et détruit.
Dans cette réalité, la Pâques du Seigneur nous invite à lever les yeux et à ouvrir notre cœur. Elle continue de nourrir dans notre esprit et au fil de l’histoire la semence de la victoire promise. Elle nous met en mouvement, comme Marie de Magdala et comme les Apôtres, pour nous faire découvrir que le tombeau de Jésus est vide, et qu’ainsi, dans toute mort que nous expérimentons, se trouve aussi de la place pour une vie nouvelle qui surgit. Le Seigneur est vivant et demeure avec nous. Il ouvre notre cœur à l’espérance qui nous soutient par les fissures de résurrection qui s’ouvrent dans les ténèbres : le pouvoir de la mort n’est pas la destinée ultime de notre vie. Nous sommes orientés une fois pour toutes vers la plénitude car, dans le Christ ressuscité, nous sommes nous aussi ressuscités.
Le Pape François nous le rappelait avec émotion dans sa première Exhortation apostolique, Evangelii gaudium, en affirmant que la résurrection du Christ « n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne faiblissent pas. Pourtant, il est aussi certain que commence à germer quelque chose de nouveau dans l’obscurité, qui tôt ou tard produira du fruit » (n° 276).
Frères et sœurs, la Pâque du Seigneur nous donne cette espérance, en nous rappelant que, dans le Christ ressuscité, une nouvelle création est possible chaque jour. C’est ce que nous dit l’Évangile proclamé aujourd’hui qui situe l’événement de la résurrection « le premier jour de la semaine » (Jn 20, 1). Le jour de la résurrection du Christ nous renvoie ainsi à la création, à ce premier jour où Dieu créa le monde, et il nous annonce en même temps qu’une vie nouvelle, plus forte que la mort, est en train de naître pour l’humanité.
Pâques est la nouvelle création opérée par le Seigneur ressuscité. Elle est un nouveau départ, elle est la vie enfin rendue éternelle par la victoire de Dieu sur l’ancien Adversaire.
Nous avons besoin aujourd’hui de ce chant d’espérance. Et c’est à nous, ressuscités avec le Christ, qu’il revient de le porter dans les rues du monde. Courons donc comme Marie de Magdala, annonçons-le à chacun, portons par notre vie la joie de la résurrection afin que partout où plane encore le spectre de la mort, la lumière de la vie puisse resplendir.
Que le Christ, notre Pâques, nous bénisse et donne sa paix au monde entier !
Bénédiction Urbi et Orbi - 5 avril 2026
Frères et sœurs,
Le Christ est ressuscité ! Joyeuses Pâques !
Depuis des siècles, l’Église chante avec joie l’événement qui est l’origine et le fondement de sa foi : « Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne. Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts. Roi victorieux, prends-nous tous en pitié » (Séquence de Pâques).
Pâques est une victoire : celle de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres, de l’amour sur la haine. Une victoire au prix très élevé : le Christ, le Fils du Dieu vivant (cf. Mt 16,16), a dû mourir, et mourir sur une croix, après avoir subi une injuste condamnation, avoir été moqué et torturé, et avoir versé tout son sang. En tant que véritable Agneau immolé, il a pris sur lui le péché du monde (cf. Jn 1,29 ; 1 P 1,18-19) et nous a ainsi tous libérés, avec la création, de la domination du mal.
Mais comment Jésus a-t-il vaincu ? Quelle est la force avec laquelle il a vaincu une fois pour toutes l’ancien Adversaire, le Prince de ce monde (cf. Jn 12, 31) ? Quelle est la puissance avec laquelle Il est ressuscité d’entre les morts, non pas pour revenir à la vie d’avant, mais pour entrer dans la vie éternelle et ouvrir ainsi, dans sa propre chair, le passage de ce monde vers le Père ?
Cette force, cette puissance, c’est Dieu lui-même, Amour qui crée et donne la vie, Amour fidèle jusqu’à la fin, Amour qui pardonne et rachète.
Le Christ, notre « Roi victorieux », a mené et remporté son combat dans un abandon confiant en la volonté du Père, en son dessein de salut (cf. Mt 26, 42). Il a ainsi parcouru jusqu’au bout le chemin du dialogue, non pas en paroles mais en actes. Pour nous retrouver, nous qui étions perdus, il s’est fait chair ; pour nous libérer, nous qui étions esclaves, il s’est fait esclave ; pour nous donner la vie, nous qui étions mortels, il s’est laissé tuer sur la croix.
La force par laquelle le Christ est ressuscité est totalement non violente. Elle est semblable à celle d’un grain de blé qui, corrompu dans la terre, grandit, se fraye un chemin entre les sillons, germe et devient un épi doré. Elle est plus semblable encore à celle d’un cœur humain qui, blessé par une offense, repousse l’instinct de vengeance et, rempli de pitié, prie pour celui qui l’a offensé.
Frères et sœurs, telle est la véritable force qui apporte la paix à l’humanité, puisqu’elle produit des relations respectueuses à tous les niveaux : entre les personnes, les familles, les groupes sociaux, les nations. Elle ne vise pas un intérêt particulier, mais le bien commun ; elle ne veut pas imposer son propre projet, mais contribuer à l’élaborer et à le réaliser avec les autres.
Oui, la résurrection du Christ est le commencement de l’humanité nouvelle. Elle marque l’entrée dans la véritable terre promise où règnent la justice, la liberté et la paix, où tous se reconnaissent comme frères et sœurs, enfants du même Père qui est Amour, Vie et Lumière.
Frères et sœurs, par sa résurrection, le Seigneur nous confronte avec encore plus d’intensité au drame de notre liberté. Devant le tombeau vide, nous pouvons nous remplir d’espérance et d’émerveillement, comme les disciples, ou de peur comme les gardes et les pharisiens, contraints de recourir au mensonge et à la ruse pour ne pas reconnaître que celui qui avait été condamné est vraiment ressuscité (cf. Mt 28, 11-15) !
À la lumière de Pâques, laissons-nous émerveiller par le Christ ! Laissons son immense amour changer notre cœur ! Que ceux qui ont des armes en main les déposent ! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! Non pas une paix imposée par la force, mais par le dialogue ! Non pas avec la volonté de dominer l’autre, mais de le rencontrer !
Nous nous habituons à la violence, nous nous y résignons et nous devenons indifférents. Indifférents à la mort de milliers de personnes. Indifférents aux répercussions de haines et de divisions que les conflits sèment. Indifférents aux conséquences économiques et sociales qu’ils engendrent et que chacun ressent pourtant. On assiste à une “mondialisation de l’indifférence” de plus en plus marquée, pour reprendre une expression chère au Pape François, qui adressait au monde ses dernières paroles il y a un an depuis cette loggia, en nous rappelant : « Que de volonté de mort nous voyons chaque jour dans les nombreux conflits qui touchent différentes parties du monde ! » (Message Urbi et Orbi, 20 avril 2025).
La croix du Christ nous rappelle sans cesse la souffrance et la douleur qui environnent la mort, ainsi que l’angoisse qu’elle engendre. Nous avons tous peur de la mort et, par crainte, nous détournons le regard, préférant ne pas voir. Nous ne pouvons pas continuer à rester indifférents ! Et nous ne pouvons pas nous résigner au mal ! Saint Augustin enseigne : « Si tu as peur de la mort, aime la résurrection ! » (Sermo 124, 4). Aimons, nous aussi, la résurrection qui nous rappelle que le mal n’a pas le dernier mot, car il a été vaincu par le Ressuscité.
Il a traversé la mort pour nous donner la vie et la paix : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n’est pas comme le monde la donne que je vous la donne » (Jn 14, 27). La paix que Jésus nous donne n’est pas celle qui se limite à faire taire les armes, mais celle qui touche et transforme le cœur de chacun ! Convertissons-nous à la paix du Christ ! Faisons entendre le cri de paix qui jaillit du cœur ! C’est pourquoi j’invite tout le monde à se joindre à moi à la veillée de prière pour la paix que nous célébrerons ici, dans la Basilique Saint-Pierre, samedi prochain, 11 avril.
En ce jour de fête, abandonnons toute volonté de querelle, de domination et de pouvoir, et implorons le Seigneur pour qu’il accorde sa paix à ce monde endeuillé par les guerres et marqué par la haine et l’indifférence qui nous font nous sentir impuissants face au mal. Nous recommandons au Seigneur tous les cœurs qui souffrent et qui attendent la paix véritable que Lui seul peut donner. Confions-nous à Lui et ouvrons-Lui notre cœur ! Lui seul fait toutes choses nouvelles (cf. Ap 21,5) !
Joyeuses Pâques !
source : vatican.va
