Commentaire d'Évangile : Conversion

Évangile du 3ème dimanche de Carême (cycle C) et son commentaire

Évangile (Luc 13, 1-19)

À ce moment, des gens qui se trouvaient là rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient.

Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ?

Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même.

Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ?

Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »

Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas.

Il dit alors à son vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?”

Mais le vigneron lui répondit : “Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier.

Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.”



Commentaire

Comme souvent, dans les conversations familiales ou avec un groupe d'amis, Jésus et ses disciples commentaient aussi les nouvelles d’actualité. Ce passage de l'Évangile évoque deux événements qui avaient choqué tous les habitants de Jérusalem : la répression aveugle des troupes de Pilate lors d'une émeute, soldée par la mort brutale de quelques Galiléens qui s'étaient rendus au temple pour offrir leurs sacrifices au Seigneur, et le terrible malheur de la chute soudaine d'une tour dans la région de Siloam, qui provoqua la mort, sous des gravats, de 18 personnes (Lc 13:1-5). Les commentaires de rue allaient bon train, surtout lorsqu'une croyance populaire profondément enracinée considérait que si quelqu'un subissait une épreuve, c'était parce qu'il avait fait quelque chose de mal, et que Dieu l'avait puni.

Jésus montre que cette appréciation est évidemment erronée et que cela n'a pas de sens de chercher la culpabilité chez les victimes de tels malheurs. Par ailleurs, ces tristes événements nous invitent à réfléchir. La vie humaine est fragile et, même en bonne santé, la mort peut survenir quand on s'y attend le moins. Il se pourrait ainsi que ceux qui ne se remettent jamais en question vis-à-vis du bon Dieu, et qui ne pensent pas qu’ils aient à changer quoi que ce soit, soient pris de court et n’aient pas le temps de réagir. L'éventualité de flambées inattendues de violence, d'accidents ou de catastrophes naturelles, sont un rappel de la réalité qui secoue la somnolence de vivre comme si Dieu n'existait pas, et encouragent à la conversion, à mettre de l’ordre dans sa propre existence. Ceux qui, avec un cœur contrit, se donnent les moyens de vaincre le péché, désactivent la mort éternelle, la plus grave conséquence du mal, et construisent, en même temps, un monde meilleur. C'est la seule attitude sage et responsable qui tienne pour parer à de plus grands malheurs.

Il a pu se faire qu’en parlant de ces événements, on se soit permis de penser que « quelque chose de mal fait par les victimes en a sans doute été la cause ». D’aucuns ont dû être soulagés de s’en être bien sortis et se sont dit « moi, j’agis comme il faut ». Malheureusement, cette façon de réagir trop humaine est toujours d’actualité. Combien de fois, des célébrités du showbiz ou de la politique qui trouvent que le monde va vraiment mal, et dénoncent les problèmes qui affligent la société, avouent dans leurs interviews que, quant à eux, "ils n’ont rien à regretter" !

Les paroles du Maître nous font réfléchir. Jésus nous appelle à changer notre cœur, à envisager un tournant radical dans l'orientation de notre vie, pour rejeter notre complicité avec le mal et nos excuses hypocrites, et suivre avec détermination le chemin de l’évangile. Son enseignement ne s'adresse pas seulement à ceux qui sont loin de Dieu, en espérant les voir réagir, mais aussi, et surtout, à ceux qui ne se sentent pas concernés parce qu'ils se disent "moi, je suis bon, croyant, voire même assez pratiquant". La parabole du figuier stérile s'adresse à tous ceux qui se sentent à l'aise dans le champ du Seigneur, mais ne portent pas de fruit (Lc 13,6-9). Si le Seigneur nous appelait maintenant à sa présence, nous devrions nous demander : Irions-nous à son rendez-vous, tout joyeux, les mains pleines de fruits à lui offrir? Sommes-nous remplis d'œuvres faites par amour, ou bien notre égoïsme, et notre manque de générosité nous empêchent-ils de lui apporter tout ce qu'il attend de nous?

En dépit de notre correspondance limitée, Dieu est grandement patient. Cela dit, cette stérilité doit être enrayée. Le vigneron de la parabole demande une année de plus avant d'arracher le figuier, pour lui donner une dernière chance. Ce Carême peut être cette "année supplémentaire" que le Seigneur va nous accorder pour le changement qu'il attend de nous. Aussi, le Pape François dit qu' : "Il n'est jamais trop tard pour se convertir, jamais ! Jusqu'au dernier moment : la patience de Dieu nous attend. (...) Il n'est jamais trop tard pour se convertir, mais c'est pressant, c'est maintenant ! Commençons donc aujourd'hui"[1].


[1] Francisco, Ángelus 28.II.2016