"Saint Josémaria se considérait dans le droit fil des romantiques du XIXe siècle."

À l'occasion du 90e anniversaire de la fondation de l'Opus Dei, les éditions Rialp viennent de publier « Le dernier des romantiques. Saint Josémaria au XXIe siècle », une série de réflexions sur le fondateur de l’Opus Dei écrites par Mariano Fazio.

Opus Dei - "Saint Josémaria se considérait dans le droit fil des romantiques du XIXe siècle."Mgr Mariano Fazio a écrit "Le dernier des romantiques. Saint Josémaria au XXIème siècle"

Vous avez fait la connaissance de saint Josémaria en Argentine. Quel souvenir gardez-vous de cette rencontre ?

Je me souviens d'un prêtre dont le sourire éclairait tout le visage : il s’exprimait avec naturel et transmettait une grande joie. Ses paroles étaient à la fois positives, encourageantes, compréhensives et fermement exigeantes. C’est son sourire qui est resté gravé dans ma mémoire et dans mon imagination : une invitation à toujours sourire, quand bien même il n'y aurait apparemment aucune raison de le faire.

C’est son sourire qui est resté gravé dans ma mémoire et dans mon imagination

Je n'avais que quatorze ans et je savais très peu de choses sur l'Opus Dei. Il y avait beaucoup d'étudiants, tous habités de grands idéaux. Je dois avouer que je me souviens très peu de ce que saint Josémaria nous a dit, mais une phrase est restée gravée dans mon cœur : « Buenos Aires doit être la ville des âmes heureuses ». Je suis rentré chez moi avec un horizon existentiel différent de celui que j'avais avant cette rencontre.

« Le dernier des romantiques » : pourquoi saint Josémaria se définissait-il ainsi ?

Il se considérait dans le droit fil des romantiques du XXe siècle qui se sont battus pour la liberté personnelle. « J'aime la liberté des autres, expliquait-il, la vôtre ou celle de celui qui passe dans la rue en ce moment, parce que si je ne l'aimais pas, je ne pourrais pas défendre la mienne. Mais là n'est pas la raison principale. La raison principale est que le Christ est mort sur la Croix pour nous donner la liberté, afin que nous puissions rester in libertatem gloriae filiorum Dei, dans la liberté et la gloire des enfants de Dieu. »

Sans liberté, nous ne pouvons pas aimer. C’est pour cette raison qu’il considérait que, selon l'ordre naturel, le plus grand don que Dieu a fait à l'homme est précisément celui de nous avoir créés libres : Dieu a voulu prendre le « risque » de notre liberté, afin que nous puissions répondre librement, par notre amour, à son amour infini. Saint Josémaria a déploré qu'à une époque encore récente, beaucoup de gens exigeaient la liberté afin de manipuler, détruire, asservir et écraser d'autres hommes. Au contraire, il a défendu le « romantisme chrétien » : aimer avec passion la liberté d'autrui.

Le 2 octobre prochain, on célèbrera le 90e anniversaire de la fondation de l'Opus Dei. Quel message son fondateur offre-t-il au XXIe siècle ?

Partout et en tout lieu, le cœur des femmes et des hommes vibre d'amour et de liberté

Il y a quatre-vingt-dix ans, saint Josémaria reçut de Dieu une lumière qui donna un sens nouveau à sa vie, où l'amour – avec son ingrédient de folie – et la liberté occupaient une place centrale. Partout et en tout lieu, le cœur des femmes et des hommes vibre d'amour et de liberté. Nous sommes faits pour aimer et être aimés. C'est pourquoi il est si facile de comprendre cet esprit. Son message, qui a changé la vie de nombreuses personnes au fil des décennies, révèle un potentiel infini. Les anniversaires en eux-mêmes sont de simples dates ; mais pour moi c'est l'occasion de méditer sur certains aspects de son message, particulièrement éclairant dans les circonstances de la culture contemporaine.

Nietzsche, Dostoïevski, Perez Galdós, Tolkien, Chesterton… votre livre fait de nombreuses références à des auteurs classiques et modernes.

Les auteurs classiques ont cette capacité d'apporter un éclairage particulier sur certaines questions qui nous affectent. Dans son souci de la liberté de l'homme, saint Josémaria a traité beaucoup de ces idées, et c'est pourquoi j'aime le mettre en relation avec d'autres. Ce sont des messages qui traversent l'histoire et qui sont d'actualité au XXIe siècle et pour les siècles à venir. Par exemple, Gogol et Tolkien ont remercié Dieu de faire partager à l'homme sa puissance créatrice ; Kafka ou Kierkegaard ont parlé de la relation de chaque homme avec son père ; Chesterton a réfléchi sur l'amour envers le monde ; Machado nous provoque sur le véritable amour... Comme j'essaie de le montrer dans mon livre, le travail, l'amour, la filiation ou le monde sont quelques-uns des thèmes sur lesquels saint Josémaria fait des suggestions très précieuses, que l'on retrouve aussi dans le discours des classiques.

Dans l'introduction à votre livre, Mgr Ocáriz parle de la capacité de rajeunissement du christianisme…

La vie des disciples de Jésus a commencé, dès le début, à rajeunir la vie d'une société vieillissante : elle l'a renouvelée avec la jeunesse et la nouveauté de Dieu.

En effet, le prélat de l'Opus Dei compare l'épuisement actuel des idées et des valeurs à celui qui, il y a vingt siècles, a affecté la société dans laquelle le christianisme a pris racine. La vie des disciples de Jésus a commencé, dès le début, à rajeunir la vie d'une société vieillissante : elle l'a renouvelée avec la jeunesse et la nouveauté de Dieu. C’est parce que les propositions de saint Josémaria viennent de l'Évangile qu’elles sont si nécessaires pour le XXIe siècle : la joie d'être enfants de Dieu ; le travail, lieu de la sainteté ; le caractère positif de la sécularité ; l'importance de la vie de famille et de l'amour ; la valeur de la pluralité ; les répercussions sociales de la vie de chaque chrétien.

couverture du livre de Mariano Fazio