Montse Grases est née à Barcelone le 10 juillet 1941. Cela fait dix ans que l’Église l’a déclarée vénérable. Ceux qui l’ont connue — sa famille, ses amies, ses voisins — se souviennent d’une personne proche, simple, lumineuse. Sa mort a laissé un vide immense, mais aussi la conviction toujours actuelle que sa vie a vraiment compté.
Le 24 décembre 1957, à peine âgée de 16 ans, Montse rentrait chez elle pour aider les siens à préparer le dîner de Noël. Elle venait de prendre une décision majeure de sa vie : elle avait répondu à l’appel de Dieu, en rejoignant la famille spirituelle de l’Opus Dei. Marchant dans les rues de Barcelone, elle trouva la ville plus belle que jamais.
Une jeune fille normale avec quelque chose de différent
En 2016, le pape François a signé le décret sur les vertus héroïques de Montse Grases (1941–1959), cette jeune Barcelonaise morte en odeur de sainteté après une maladie très douloureuse, un cancer des os à une jambe. Depuis lors, son histoire n’a cessé de toucher davantage de personnes. Les messes que l’on célébrait pour elle sont devenues des messes d’action de grâce.

Une joie sans vanité
Le décret sur les vertus héroïques évoque particulièrement la joie de Montse. Non seulement elle a supporté, les derniers mois de sa vie, des douleurs très intenses et une situation difficile pour quiconque, et plus encore pour quelqu’un de son âge, mais elle a su garder un sourire constant, naturel, réel. Dieu aidant, ce sourire en est venu à la définir.
Don Emilio Navarro, le prêtre qui l’a accompagnée pendant des années et qui était un ami proche de la famille, le décrit en un mot : normalité. Tous ceux qui l’ont côtoyée étaient tellement habitués à ce sourire que, lorsqu’elle ne fut plus là, c’est justement son absence qui les a marqués.
Les photos et les films en Super 8 que conserve sa famille le confirment. Le Super 8 était à l’époque l’équivalent des vidéos d’aujourd’hui avec le téléphone. Son père aimait beaucoup fixer la vie quotidienne grâce à cette petite caméra : à la maison, l’été à Seva, près de Barcelone, en promenade avec ses amies. Sur toutes les images, elle a la même expression. Elle ne jouait pas pour la caméra. Elle était elle-même.

Sa joie était vraiment contagieuse. Ses amies disaient qu’elles s’amusaient énormément avec elle sans qu’elle fasse rien de spécial : juste marcher, monter au Montseny ou jouer au basket. Cette énergie débordante, qui les tenait toujours en mouvement, au milieu des rires et des plaisanteries, a même provoqué, un jour, la casse d’un lit à Castelldaura — un lieu de retraites de l’Opus Dei proche de Barcelone — pendant une retraite avec un groupe d’amies de Llar.
Cette joie et cette sérénité ne venaient ni de la superficialité ni du déni des problèmes. Elles venaient de quelque chose de bien plus profond : d’une maturité dans la foi, de l’espérance et de la charité qui grandissait en elle à mesure que grandissait sa relation avec Dieu. Le sourire de Montse plongeait ses racines dans sa vie de prière, dans la conversation habituelle avec Jésus qu’elle entretenait tout au long de la journée.
Une vie ordinaire, les pieds sur terre et le cœur en Dieu
Les Grases étaient une famille nombreuse et unie, assez représentative des familles catalanes de classe moyenne de Barcelone à cette époque : chrétiennes, montagnardes, ayant du goût pour la musique et le théâtre, et comptant sur une bande d’amis et une maison pour l’été. Ils tenaient un « conseil de famille », où parents et aînés parlaient et décidaient ensemble des règles de la maison. Montse aimait beaucoup ses parents, et particulièrement sa mère, qui lui avait appris depuis sa petite enfance à prier et à trouver Dieu dans le quotidien.
Montse était extravertie, elle aimait s’amuser. Elle pratiquait le vélo, le tennis, la marche en montagne. Elle avait beaucoup d’amis et faisait constamment des projets, surtout l’été.

À 13 ans, elle a commencé de se rendre à Llar, un club de l’Opus Dei où elle passait du temps avec ses amies et recevait une formation humaine et spirituelle. Le message de saint Josémaria sur la sainteté dans la vie ordinaire s’est progressivement frayé un chemin dans son cœur.
Elle y a réfléchi pendant des mois, en a parlé à ses parents, qui l’ont encouragée à prendre son temps, et, le 24 décembre 1957, à 16 ans, elle a franchi le pas, décidant de demander son admission comme numéraire dans l’Opus Dei. Cet après-midi-là, rentrant à pied chez ses parents pour aider à préparer le dîner de Noël, Barcelone lui a semblé plus belle que jamais.
C’était normal : c’était la joie de quelqu’un qui sait avoir trouvé sa place dans le monde. Elle avait hâte d’aller à Paris pour aider aux premiers pas de l’Opus Dei dans ce pays. Or, c’est avec cet horizon sous les yeux que la maladie a fait bifurquer sa vie.
Quand la vie bouleverse les plans
Montse n’a pas saisi tout de suite la gravité de son cas. Au début, ce n’était qu’une gêne à la jambe qui s’est aggravée. Elle a continué à vivre normalement, sans trop s’en soucier. Ses parents ont dû affronter le dilemme de savoir quand et comment lui dire la vérité, avec tout ce que cela suppose dans une famille lorsqu’un enfant tombe gravement malade.
La nuit où Montse a compris qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre, elle a dit bonsoir à ses parents et est allée se coucher. Sa mère s’est rendue ensuite auprès d’elle, pensant la trouver en larmes. Mais elle était sereine, en paix, en train de prier.
Peu après, ses parents lui ont organisé un voyage à Rome pour prier à Saint-Pierre, visiter la ville et rencontrer en personne le fondateur de l’Opus Dei, pour qui Montse priait tous les jours — comme le font tous les membres de l’Œuvre —. Avant son départ, l’un de ses petits frères lui a demandé de lui rapporter des capsules de bouteille des bars romains. Elle le lui a promis avec son sourire habituel.
Saint Josémaria a été frappé par la joie de Montse quand elle lui a été présentée. En privé, il a demandé à Encarnación Ortega, alors secrétaire centrale, si Montse savait combien de temps il lui restait à vivre. Oui, elle le savait. Montse a rassuré Encarnita : c’était bien son horizon, mais Dieu la comblait de joie et de paix dans ces derniers mois.

Montse est rentrée très heureuse de son voyage dont elle avait tant de choses à raconter. Tandis que tout le monde l’embrassait, son petit frère a plongé la main dans la poche de son manteau et en a sorti un tas de capsules de bouteille, comme il le lui avait demandé.
Son frère Enrique se souvient que Montse a su regarder la douleur en face, sans se laisser abattre. Elle a continué à étudier, à sortir avec ses amis, à mener une vie relativement normale, alors que ses forces diminuaient. Le « plus » chrétien, selon ses mots, permet de mieux affronter la douleur, avec l’aide de Dieu. Elle agrandit le cœur et lui apprend à mieux aimer les autres. Montse a su être heureuse dans des circonstances très difficiles et rendre heureux ceux qui l’entouraient.
Ses amies venaient lui rendre visite chez elle et repartaient pleines d’énergie : elles avaient parlé de tout, avec tant de joie et de naturel que c’étaient elles qui semblaient réconfortées. Et Montse était ravie d’avoir pu leur transmettre un peu de ce qu’elle portait en elle.
Ses derniers mois eurent aussi la saveur de la vie ordinaire d’une jeune fille qui s’éteint physiquement, mais qui s’illumine intérieurement. Cette joie devenait plus mûre, plus profonde. Son frère disait de Montse qu’elle devenait sainte en même temps qu’elle devenait plus heureuse.
Le 26 mars 1959, Jeudi saint, elle est morte à Barcelone. Elle avait 17 ans.
Proche de la prochaine étape de la cause de canonisation
Beaucoup de personnes ont affirmé à l’époque que Montse était au Ciel. C’est ainsi qu’a commencé son procès de canonisation. Sa vie a touché toute sorte de gens dans le monde entier, qui ont recours à son intercession. Certaines des faveurs reçues ont suffisamment de poids pour être étudiées dans le cadre de la cause — même si aucune n’a été encore officiellement reconnue comme miracle — et laissent penser que le moment où l’Esprit Saint fera ce don à l’Église pourrait être proche.
Nombre de ces faveurs viennent de personnes qui avaient perdu la joie, à cause d’une maladie, d’une épreuve, ou de circonstances ordinaires difficiles qui pèsent parfois davantage que certaines douleurs.
- « Ce jour-là, nous nous sommes réconciliés avec ma mère, elle s’est confessée après toutes ces années et nous avons fêté ses noces d’or en famille » (S.M.P., 2016).
- « J’ai demandé son aide pour mettre fin à une dispute entre frères qui durait depuis longtemps » (V.G., 2014).
- « Ma gratitude envers la vénérable Montse Grases est restée intacte au fil des années et j’ai distribué de nombreuses images d’elle » (A. B. M., 2023).
Tous ces récits se terminent de la même façon : « Merci, Montse ! » Et d’autres ne font pas que la remercier, elles continuent de la prier.
