Le commandement nouveau

Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin (Jn 13, 1).

Pour parler avec Dieu

Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin (Jn 13, 1).

Ce verset de saint Jean annonce au lecteur de son Évangile que quelque chose de grand va se produire ce jour-là. C’est un préambule tendrement affectueux, identique à celui que saint Luc recueille dans son récit : J’ai désiré ardemment — affirme le Seigneur — manger cette Pâque avec vous avant de souffrir (Lc 22, 15).

Quand le Christ passe, 83.

« Maintenant, pendant la dernière Cène, le Christ a tout préparé pour se séparer de ses disciples, alors qu’ils se sont embarqués dans une énième discussion pour savoir qui de ce groupe choisi serait considéré comme le plus grand. Jésus se lève de la table, quitte son manteau et, prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il verse de l’eau dans un bassin et il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint

(Jn 13, 4-5).

Il a de nouveau prêché par l’exemple, par les œuvres. Devant ses disciples qui discutaient pour des raisons d’orgueil et de vanité, Jésus se baisse et remplit avec plaisir la fonction de serviteur. Puis, une fois revenu à table, il leur dit : Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez Maître et Seigneur et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres (Jn 13, 12-14). Personnellement, cette délicatesse de notre Christ m’émeut. Parce qu’il n’affirme pas : si je m’occupe de cela, que ne devrez-vous pas faire de plus ? Il se met au même niveau qu’eux, il ne les force pas : il fustige affectueusement le manque de générosité de ces hommes.

Comme aux douze premiers disciples, le Seigneur peut nous suggérer, ce qu’il fait continuellement : exemplum dedi vobis (Jn 13, 15), je vous ai donné un exemple d’humilité. Je me suis transformé en esclave, pour que vous sachiez, avec un cœur doux et humble, servir tous les hommes.

Amis de Dieu, 103

À l’approche de sa Passion, le cœur du Christ, entouré de ceux qu’il aime, brûle d’un feu ineffable : Je vous donne un commandement nouveau, leur dit-il, aimez-vous les uns les autres ; oui comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples. À cet amour que vous aurez les uns pour les autres (Jn 13, 34-3). […]

Seigneur, pourquoi dis-tu que ce commandement est nouveau ? Comme nous venons de l’entendre, l’amour envers le prochain était déjà prescrit dans l’Ancien Testament. Vous vous souvenez aussi que, juste au début de sa vie publique, Jésus élargit cette exigence, dans sa générosité divine : Vous avez entendu dire « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. » Eh bien, moi je vous dis : aimez vos ennemis, faites le bien à ceux qui vous détestent et priez pour ceux qui vous persécutent et vous calomnient (Mt 5, 43-44).

Seigneur, permets-nous d’insister : pourquoi continues-tu d’appeler nouveau ce précepte ? Cette nuit-là, quelques heures avant de t’immoler sur la Croix, au cours d’une conversation intime avec ceux qui, malgré leurs faiblesses et leurs misères personnelles, semblables aux nôtres, t’ont accompagné jusqu’à Jérusalem, tu nous as révélé la mesure insoupçonnée de la charité : Comme je vous ai aimés. Comment les apôtres ne t’auraient-ils pas compris, eux, les témoins de ton amour insondable ! Le message et l’exemple du Maître sont nets, précis. Il a étayé sa doctrine de ses œuvres.

[…] Jésus-Christ, notre Seigneur, s’est incarné. Il a pris notre nature pour se manifester à l’humanité comme modèle de toutes les vertus. Apprenez de moi qui suis doux et humble de cœur, nous propose-t-il (Mt 11, 29).

Plus tard, quand il explique aux apôtres le signe par lequel on les reconnaîtra comme chrétiens, il ne dit pas : « Parce que vous êtes humbles. » Lui, la pureté la plus sublime, l’Agneau immaculé, rien ne pouvait souiller sa sainteté parfaite, sans tache, il n’indique pas non plus : « Ils sauront que vous êtes mes disciples à ce que vous êtes chastes et purs. »

Il est passé sur cette terre en étant complètement détaché des biens de ce monde. Alors qu’il était le Créateur et le Seigneur de tout l’Univers, il n’a même pas eu où reposer sa tête. Cependant il ne dit pas : « Ils sauront que vous êtes des miens parce que vous ne vous êtes point attachés aux richesses. » Il reste dans le désert quarante jours et quarante nuits en observant le jeûne le plus rigoureux, avant de se consacrer à la prédication de l’Évangile. Il n’assure pas non plus aux siens : « Ils verront que vous servez Dieu parce que vous n’êtes ni des goinfres, ni des buveurs. »

Le trait qui distinguera les apôtres et les chrétiens authentiques de tous les temps, nous l’avons déjà entendu : À ceci, précisément à ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres (Jn 13, 35).

Ibid., 222-224.