La Mère de la Lumière pascale

Dans les litanies de Lorette, Notre Dame est acclamée comme « vase » de l’Esprit, car remplie de grâce, de vertus, de fruits ; « vase » digne d’honneur et débordant de dévotion, qui porte le parfum et la flamme de la charité à l’unisson de son Fils. Aux portes du mois de mai, les lignes de cet article nous invitent à admirer la Vierge porteuse de la lumière pascale.

Au début de la veillée pascale, le cierge imposant, orné de plusieurs symboles christiques, éclaire le nouveau peuple de Dieu, qui chante en l’honneur du Ressuscité : « Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père très saint, en sacrifice du soir, la flamme montant de cette colonne de cire, œuvre des abeilles, que la sainte Église t’offre ».

Notre Dame n’est pas loin de l’éclat de la Pâque et de la fécondité visible dans la démarche des néophytes. L’antienne Regina caeli retentit chaque jour, dans l’office divin et dans la piété populaire : celle qui a porté dans son sein le Sauveur naissant et qui a embrassé sa dépouille au pied de la Croix, l’accueille maintenant au nom de l’Église entière. La chair du Vainqueur de l’enfer, désormais glorieuse, a été tissée jadis dans les entrailles d’une mère sainte. « Elle se livra intégralement à la personne et à l’œuvre de son Fils» (Catéchisme §494).

Notre Dame reçut une plénitude de dons pour accueillir, former et accompagner le Rédempteur, en étroite association avec lui dans la vie terrestre, la Passion et la gloire royale. En écoutant les dernières paroles de Jésus crucifié, elle « s’unissait à sa douleur. Que pouvait-elle faire ? Se fondre dans l’amour rédempteur de son Fils, offrir au Père l’immense douleur qui, telle une épée tranchante, transperçait son Cœur pur » (Saint Josémaria, Amis de Dieu §288).

La lumière du Rédempteur se nourrit, mieux que de la cire, de l’héritage marial.

La lumière du Rédempteur se nourrit, mieux que de la cire, de l’héritage marial. Son enfance, son adolescence et ses fiançailles avec le «Gardien des vierges» ont été nourries par les prédictions messianiques. Marie partageait avec « le reste d’Israël » l’attente et l’espoir. Une flamme d’amour étayait sa demande. Au-dessus des justes, elle est impatiente d’apercevoir le visage du Messie. Sa prière hâte la rosée salutaire. Au Temple, des vases précieux gardaient les aromates qui s’élevaient en l’honneur de l’Éternel; le cœur de Marie brûle dans la fragrance de sa dévotion.

Ainsi la piété chrétienne a honoré la Mère de Dieu comme un vase pur qui porte le salut, la lumière, le pain et les fruits spirituels (Hymne Acathiste, passim). Dans les litanies de Lorette, Notre Dame est acclamée comme « vase » de l’Esprit, car remplie de grâce, de vertus, de fruits ; « vase » digne d’honneur et débordant de dévotion, qui porte le parfum et la flamme de la charité à l’unisson de son Fils. Tournée avec décision vers Dieu et le prochain par le souci, la parole et le service, Marie apporte le oui insigne de sa vibration. «Remplie par Dieu de dons à la mesure d’une si grande tâche» (Concile Vatican II, Lumen Gentium §56), la Vierge de Nazareth n’est pas restée inactive.

Bien avant, pendant la traversée du désert, le Seigneur donna des instructions précises pour la construction de l’arche, de la tente sacrée et des ustensiles de culte. Parmi eux, le chandelier à sept branches, forgé en or pur, portant autant de lampes (Exode 25, 31 et 37). A l’époque de Blanche de Castille, un texte parisien glose : « Le chandelier qui porte la lumière signifie la Mère de Dieu, dans laquelle se trouva la Lumière du monde. Les sept bras du chandelier signifient les sept vertus; le lys signifie le baptême » (Bible de Saint Louis, t. 1, f. 47).

Les enluminures montrent les orfèvres affairés dans la forge d’un chandelier monumental ; ensuite, la Vierge est entourée de sept colombes ; elle nourrit son Fils et ses frères à lui, car elle préside aux moyens de sanctification de l’Église : le baptême et la confession. Elle invite à commencer et à persévérer dans l’effort de sanctification, comme nous les faisons avec les nouveaux baptisés.

Dieu demande du combustible pour le culte : du bois pour consumer l’holocauste, du charbon qui brûlera l’encens, de l’huile sainte pour le chandelier. Les vases d’huile alimentaient la flamme ou gardaient le parfum des onctions sacrées. Avant et après l’Incarnation, la Femme fidèle a huilé le chemin du salut. Vase, lampe et flamme dans tout son être. Sa ferveur passionnée attire le salut : «Qu’il me soit fait selon ta parole (Luc1, 38). Comme un écho de la prière du juste : « Fais-moi vivre selon ton amour ! » (Psaume 118, 159).

Abbé Fernandez