Les Documents du Concile Vatican II IV. La Constitution Pastorale Gaudium et spes (GS 12-22) 2. La dignité humaine : don et responsabilité
Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
La Constitution conciliaire Gaudium et spes (GS), qui consacre son premier chapitre à la dignité de la personne humaine, souligne que celle-ci est le fondement et la condition de ces « valeurs qui sont aujourd’hui les plus estimées », mais qu’il est nécessaire qu’elles ne perdent pas le lien avec « leur source divine », afin d’échapper aux éventuelles déformations dues à la « corruption du cœur humain » (GS, 11).
Le chemin qui a permis de mettre en lumière les traits et les droits fondamentaux de la dignité de la personne représente certainement l’une des pages les plus significatives de l’histoire humaine. Cependant, le parcours à accomplir n’est pas terminé et doit faire face aux contradictions, anciennes et nouvelles, qui empêchent sa pleine mise en œuvre.
L’Église apporte clairement sa contribution, en rappelant que la dignité humaine découle de l’être même de la personne. J’ai eu l’occasion de le réaffirmer également dans la récente encyclique Magnifica humanitas: « chaque personne est conçue et voulue par Dieu pour entrer dans une histoire de communion avec Lui, avec les autres et avec la création. Sa dignité ne dépend pas des capacités qu’elle possède, de ses richesses ou du rôle qu’elle occupe, des choix justes ou erronés qu’elle pose, mais elle est un don, qui la précède et la dépasse, placé par Dieu comme expression de son amour qui ne fait jamais défaut. » (n° 50). La dignité infinie de l’être humain trouve donc son fondement dans son identité de créature faite « “à l’image de Dieu”, capable de connaître et d’aimer son Créateur », projet et don d’amour qui transcende les autres réalités créées, lesquelles sont confiées à ses soins « pour qu’il les gouverne et s’en serve à la gloire de Dieu » (GS, 12).
C’est dans la foi que nous pouvons comprendre le fondement ultime de la dignité de la personne, car le Fils, « dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (n° 22).
La personne implique toujours une relation, une communion, une participation vis-à-vis de Dieu et des autres ; il s’agit donc d’une relation filiale avec Dieu le Père et d’une relation fraternelle avec le Christ et avec tous les hommes. Elle exclut tout repli sur soi. Être une personne, c’est se percevoir comme un don à partager, en grandissant et en mûrissant dans l’accueil, la réciprocité et le service.
Cette dignité relève de la responsabilité de chacun : en même temps, elle exige aussi de la solidarité et une attention mutuelle, en surmontant les nombreuses falsifications et manipulations qui en déforment encore aujourd’hui la perception et en entravent la réalisation. En effet, en raison des choix contraires à sa dignité opérés au cours de l’histoire, aujourd’hui encore « l’homme se trouve divisé en lui-même » et « toute la vie humaine, tant individuelle que collective, présente les traits d’une lutte dramatique entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres ». Cette condition fragile et limitée peut toutefois être envisagée avec espérance, car « le Seigneur en personne est venu pour restaurer l’homme dans sa liberté et sa force, le rénovant intérieurement et jetant dehors “le prince de ce monde” (Jn 12, 31), qui le retenait dans l’esclavage du péché » (GS, 13).
La constitution Gaudium et spes affirme en outre que la dignité humaine concerne la personne dans sa totalité et qu’il faut donc dépasser les visions dualistes : l’être humain est « une unité de l’âme et du corps ». La réduction du corps à un “objet” dont on peut disposer arbitrairement constitue toujours une négation de la dignité de la personne : « il est donc interdit à l’homme de dédaigner la vie corporelle […] », et il faut « il doit estimer et respecter son corps qui a été créé par Dieu et qui doit ressusciter au dernier jour », en veillant « sans le laisser asservir aux mauvais penchants de son cœur » (GS, 14), puisque nous sommes tous marqués par le péché.
Enfin, Gaudium et spes évoque trois expressions particulièrement significatives de la dignité de la personne : l’intelligence, qui fait de l’être humain un chercheur insatiable de vérité (n° 15) ; la conscience, grâce à laquelle il donne unité et sens à sa vie (n° 16) ; la liberté, qui fait de lui l’acteur responsable de ses propres décisions (n° 17). Ces dimensions sont étroitement liées entre elles : c’est dans la conscience que la vérité est reconnue comme telle et que la liberté peut la vivre comme son fondement et sa possibilité. Le Saint-Esprit, qui donne vie en Christ, nous rend libres et nous assure sans cesse de notre dignité d’enfants de Dieu, en nous libérant de la peur et en nous guidant vers le but ultime, cette vie en plénitude au-delà de la mort que le Christ nous a promise : c’est en Lui seul que le mystère de l’homme trouve sa véritable lumière, c’est de Lui que nous recevons la lumière sur l’énigme de la douleur et de la mort, et c’est avec Lui que nous allons à la rencontre de la résurrection.
Chers frères et sœurs, créés à l’image de Dieu, par le Christ et en vue de Lui, nous avons reçu une dignité unique et indélébile. Engageons-nous à la promouvoir et à la défendre toujours, à la lumière et avec la force de l’Évangile.
source : vatican.va
