Rythmée par des conférences, des témoignages et de nombreux échanges, cette journée a donné la parole à des prêtres, des responsables pastoraux et des néophytes venus partager leur expérience. De ces regards croisés se dégage un constat commun : quelque chose de nouveau est à l’œuvre dans l’Église aujourd’hui.
Une croissance inattendue qui interpelle l’Église
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 17 000 baptêmes d’adultes en France en 2025, près de 20 000 attendus en 2026. Une progression spectaculaire qui bouleverse les habitudes pastorales ! Mais au-delà des chiffres, les intervenants ont insisté sur la signification spirituelle de ce phénomène. Comme l’a souligné l’abbé Maximilien de La Martinière, secrétaire général du concile, « l’Église n’organise pas ce renouveau : elle découvre avec étonnement que Dieu fait entrer les catéchumènes… parfois par les fenêtres ».
Ce constat rejoint celui de nombreux prêtres présents : dans les paroisses, l’arrivée de dizaines, parfois de centaines de catéchumènes, oblige à repenser non seulement l’organisation, mais aussi la manière même de vivre la mission. Pour Mgr Guillaume Derville, organisateur de la journée, l’enjeu est clair : « Nous avons compris que nous sommes, d’une certaine manière, dans une situation proche du christianisme primitif… dans une société païenne, mais où la soif spirituelle est bien réelle. »
Accueillir : un défi à la fois pastoral et spirituel
Comment accueillir concrètement ces nouveaux croyants ? Tout au long de la journée, il a été montré que la question ne se limite pas à des dispositifs, mais touche au cœur même de la vie chrétienne. L’abbé Guillaume de Menthière, curé à Paris, a rappelé l’essentiel : « Les catéchumènes ne demandent pas d’abord des réponses morales : ils demandent qu’on leur parle du Christ. »
Accueillir, c’est donc introduire à une rencontre vivante — et accepter que cette rencontre transforme aussi les communautés. Plusieurs participants ont souligné la nécessité d’un équilibre entre réflexion théologique et accompagnement concret, à l’instar du Père Fortunat, prêtre venu de Suisse pour ce colloque : « Il y a une partie intellectuelle, mais qui doit aller de pair avec l’aspect pastoral. »
Dans cette perspective, la formation des accompagnateurs devient un enjeu central. Étienne de Prémare, responsable de l'accueil des catéchumènes étudiants dans le diocèse de Toulouse, insiste sur un point décisif qui a profondément marqué les participants : « Si nous voulons garder les catéchumènes, il ne faut pas seulement les former…mais les faire entrer dans des amitiés chrétiennes. »

Une Église qui se laisse convertir
Au fil de la journée, un renversement de perspective s’est peu à peu imposé : les catéchumènes ne sont pas seulement à accompagner — ils sont aussi porteurs d’une transformation pour l’Église. Les échanges ont ainsi permis de montrer que le défi n’est pas seulement de baptiser, mais bien de faire passer de “nouveaux venus” à “acteurs” de la vie de l’Église.
Or un tel passage suppose une conversion des communautés elles-mêmes, appelées à plus de fraternité, plus de simplicité, plus d’incarnation. Un participant résumait ainsi l’enjeu : « Il ne s’agit pas seulement d’accueillir logistiquement, mais de comprendre ce que l’Esprit Saint est en train de dire à l’Église ». La dynamique du concile provincial apparaît alors comme une réponse collective à cet appel : écouter, discerner, et ajuster la mission.
Le baptême : entrer dans une vie nouvelle
Les interventions de l’après-midi ont permis d’approfondir la dimension théologique et canonique du sujet. L’abbé Thierry Sol, doyen de la faculté de droit canonique de l’université pontificale de la Sainte-Croix, a rappelé que le « droit au sacrement » ne pouvait être compris de manière purement administrative : « Le prêtre n’est pas propriétaire des sacrements : il en est le dépositaire, tenu de les donner – mais pas n’importe comment ». De son côté, l’abbé Florent Urfels, professeur de théologie à la faculté Notre-Dame et au collège des Bernardins (Paris), a souligné la portée existentielle du baptême : « Le baptême n’est pas une étape individuelle : c’est l’entrée réelle dans une vie nouvelle ». Des éclairages particulièrement appréciés pour leur capacité à revenir à l’essentiel et ainsi à éclairer les situations concrètes.
Parcours de foi : de la quête à l’appartenance
Au cœur de ces réflexions, le témoignage d’Aurélien, baptisé adulte, est venu donner un visage et une histoire à ce que vivent aujourd’hui de nombreux catéchumènes. Issu d’un milieu culturellement catholique mais non pratiquant, il raconte un chemin marqué par une forme de retenue intérieure : « J’avais l’impression d’être à la porte, pas tout à fait dedans ». C’est sa rencontre avec celui qui deviendra son parrain qui, pour lui, a été décisive : « Il m’a dit simplement : “tu es déjà prêt”. Et ça a tout déclenché. » Son parcours met en lumière un élément essentiel : la foi se transmet d’abord par des relations concrètes et s’inscrit aussi dans une durée, un chemin qui se poursuit bien au-delà du baptême : « Le baptême n’a pas été une arrivée, mais le début d’une vie où je me suis senti chez moi dans l’Église. »
Aurélien décrit comment cette foi est venue peu à peu habiter toute son existence. Elle ne se juxtapose pas au reste de la vie : elle la transforme en profondeur, réorganisant le quotidien de manière presque imperceptible. Il évoque ainsi une joie qui n’est pas d’abord de l’ordre de l’émotion, mais d’un ancrage intérieur, stable et durable. Et c’est finalement dans l’expérience concrète de la communauté que cette transformation prend tout son sens : une Église vécue non comme un cadre abstrait, mais comme un peuple en marche, dans lequel chacun trouve sa place.

Une journée fraternelle, enracinée dans la vie de l’Église
Au-delà des conférences, la journée a été marquée par une forte dimension fraternelle : échanges, rencontres, déjeuner, et au cœur de la journée, une concélébration eucharistique dans l’église Saint-Augustin, paroisse qui accueillait la journée. Un participant résume : « J’ai vécu une journée enrichissante, à la fois intellectuellement et humainement, avec une vraie fraternité ».
Et un autre participant de conclure : « Il ne s’agit pas d’inventer, mais de retrouver ce que l’Église porte déjà ». Accueillir les catéchumènes, c’est peut-être, au fond, redécouvrir ce qu’être chrétien veut dire.
