... son texte captivant.
L’utilisation de l’Écriture dans les écrits de saint Josémaria Par Scott Hahn, théologien et professeur
Le monde connaît Josémaria Escriva (1902-1975) comme fondateur de l’Opus Dei et de la Société sacerdotale de la Sainte-Croix. Les fidèles de l’Église catholique le connaissent surtout pour sa sainteté et sa puissante intercession. Le pape Jean Paul II l’a canonisé le 6 octobre 2002 et déclaré, de ce fait, qu’on pouvait le vénérer publiquement et l’imiter.
Dans un certain sens, nous ne pouvons comprendre pleinement les mérites de saint Josémaria, les grâces qu’il a reçues, que si nous analysons l’usage qu’il a fait des Écritures. De fait, avec l’Opus Dei, il a développé une spiritualité strictement biblique. Il notait lui-même que l’institution qu’il avait fondée était fermement assise sur le fondement des Écritures. Dans l’exposé le plus percutant de son esprit, l’homélie « Aimer le monde passionnément », saint Josémaria proclame à plusieurs reprises que la Bible est sa source d’autorité principale : « Cette doctrine de la Sainte Écriture […] est, comme vous le savez, au centre même de l’esprit de l’Opus Dei » (Entretiens n° 116). « Je n’ai cessé de l’enseigner en utilisant des paroles de la Sainte Écriture » (n° 114).
J’irai jusqu’à dire que la Bible a toujours été pour saint Josémaria le premier langage de référence. Il était familiarisé avec les enseignements des Pères et des docteurs de l’Église, il maîtrisait la théologie scolastique et était au courant des tendances de la théologie contemporaine mais c’est aux Écritures qu’il en revenait toujours dans sa prédication et dans ses écrits, c’est vers elles qu’il orientait ses fils spirituels de l’Opus Dei.
Saint Josémaria avait une claire conscience de l’unité entre les deux testaments, l’Ancien et le Nouveau. Pour lui, les oracles de l’Ancien Testament n’ont rien perdu de leur importance du fait de trouver leur achèvement dans le Nouveau. Au contraire, ils brillent d’un éclat nouveau et plus fort. De ce fait, il n’hésitait pas à prendre les enseignements des prophètes et des patriarches d’Israël pour modèles spirituels à proposer aux chrétiens d’aujourd’hui :
« Lorsque tu recevras le Seigneur dans l'Eucharistie, remercie-Le de toute ton âme de la bonté qu'Il te prodigue de rester avec toi.
— N'as-tu jamais considéré que des siècles et des siècles ont passé avant que ne vienne le Messie? La prière des patriarches et des prophètes, et de tout le peuple d'Israël: la terre a soif, Seigneur, viens!
- Que telle soit ton espérance en l'amour. (Forge, n° 991) »
Il citait aussi fréquemment les textes de l’Ancien que ceux du Nouveau, mais il utilisait surtout les Évangiles que la Tradition a placés au-dessus. (cf. Dei Verbum, n° 18). Les phrases qu’il emploie le plus dans sa prédication sont, sans doute, celles qui font appel au texte sacré : « comme nous le dit l’Évangile… », « la Sainte Écriture nous dit… », « les Évangiles racontent… », « pense à cette scène de l’Évangile… ».
Mgr Alvaro del Portillo, le fils le plus fidèle de saint Josémaria, son confesseur et son successeur à la tête de l’Opus Dei affirme : « J’étais étonné de voir combien facilement il citait par cœur et très exactement des phrases de la Sainte Écriture. Il se servait des textes sacrés même lorsqu’il s’entretenait en famille, afin d’encourager les assistants à prier plus profondément.1»
Les Écritures comme référence
La fondation de l’Opus Dei eut lieu le 2 octobre 1928. Saint Josémaria « vit » alors l’Œuvre de Dieu (encore dépourvue de nom) comme un chemin de sanctification dans le travail professionnel et dans l’accomplissement des devoirs ordinaires du chrétien.
L’Opus Dei, à quoi ressemblait-il exactement à ce moment-là ? Nous n’avons pas de détails, mais nous pouvons apercevoir l’Œuvre incarnée dans les écrits successifs du fondateur. Il parle des Écritures comme d’une référence sûre pour son style de vie qui est « vieux comme l’Évangile et nouveau comme l’Évangile ». (Aimer l’Église, n° 26). Au début de Chemin, son ouvrage fondamental, il écrivit : « Comme j’aimerais que ton comportement et ta conversation fussent tels que l’on pût dire en te voyant ou en t’écoutant : voilà quelqu’un qui lit la vie du Christ ! (Chemin, n° 2) » En revanche, lorsqu’il parle de ceux qui ne vivaient pas la charité chrétienne, saint Josémaria dit « On dirait qu’ils n’ont pas lu l’Évangile. (Sillon, n° 26) »
Sa lecture de l’Évangile et des Écritures en général, était éclairée par son particulier charisme de fondation qui le poussait à développer des idées qu’on ne trouve pas dans la théologie antérieure. Il dégage, avec une emphase renouvelée, des concepts des Écritures tels que : l’appel universel à la sainteté et la sanctification de la vie ordinaire. La contemplation incessante des Évangiles l’attirait et il faisait fréquemment allusion aux trente années de vie cachée de Jésus. C’est dans ce silence relatif qu’il trouvait un modèle pour la « vie cachée » des gens courants qui vivent dans le monde.
L’étude des Écritures a été donc essentiel pour sa spiritualité personnelle et pour le programme qu’il a développé pour les membres de l’Opus Dei. Il affirmait que les Écritures non seulement permettent aux lecteurs de connaître la vie de Jésus, mais les encouragent à l’imiter. « Nous devons, en effet, reproduire en nous le Christ vivant, en connaissant le Christ, à force de lire la Sainte Ecriture et de la méditer, à force de prier.(Quand le Christ passe, n° 14) »
La méthode
Saint Josémaria a pratiqué et a prêché une façon spéciale d’aborder les Écritures dans l’oraison. Il s’agit d’une méthode intensive, plutôt qu’exhaustive. Mgr del Portillo soulignait que le fondateur de l’Opus Dei « a constamment eu un extraordinaire respect envers la Sainte Écriture qui, avec la Tradition de l’Église, était la source dont il nourrissait, sans interruption, son oraison personnelle et sa prédication. Il lisait tous les jours quelques pages, un chapitre, de l’Écriture, du Nouveau Testament tout particulièrement».
Il recommanda cette pratique de l’étude quotidienne du Nouveau Testament — cinq minutes environ — à tous ceux qu’il dirigeait. Il les encourageait à se plonger, par l’imagination, dans la lecture de l’Évangile et à se mettre dans la peau de l’un ou l’autre des personnages. « Ces minutes que tu consacres chaque jour à la lecture du Nouveau Testament, selon le conseil que je t’ai donné (essayer de plonger dans chaque scène, et d’y participer, comme un personnage de plus) sont là pour que tu incarnes, pour que “ tu accomplisses ” l’Évangile dans ta vie…, et pour “ le faire accomplir ”. (Sillon, n° 672 ; cf. Amis de Dieu, n° 222)
Il développe encore cette idée, par ailleurs, en préconisant à nouveau l’utilisation de l’imagination dans une expérience presque sensorielle :
« Habituez-vous à vous mêler aux personnages du Nouveau Testament. Savourez ces scènes émouvantes où le Maître procède avec des gestes divins et humains à la fois, ou bien expose avec des tournures, elles aussi humaines et divines, l’histoire sublime du pardon, qui est celle de son Amour ininterrompu pour ses enfants. Ces échos du Ciel se renouvellent aussi en ce moment dans la pérennité actuelle de l’Évangile: on perçoit, nous percevons, nous constatons, nous sommes en droit d’affirmer que nous touchons du doigt la protection divine.(Amis de Dieu, n° 216) »
Pouvoir se transformer
Il n’employait que cinq minutes à lire l’Évangile, mais on ne saurait confiner sa méditation des Écritures à ces courts instants. Il priait aussi avec les textes de sa messe quotidienne et de sa récitation de l’Office des heures. Fréquemment, il se servait de commentaires bibliques des Pères de l’Église pour sa lecture spirituelle. En effet, il insistait sur ce que la méditation personnelle des Écritures doit nourrir la prière mentale du chrétien à côté des autres prières spontanées qui remplissent sa journée. « Car il nous faut bien la connaître, l’avoir tout entière dans notre tête et dans notre cœur, afin qu’à tout moment, sans qu’il soit besoin d’aucun livre, en fermant les yeux, nous puissions la voir comme dans un film ; afin qu’en toute circonstance les paroles et les actes du Seigneur nous reviennent en mémoire. (Quand le Christ passe, n° 107) »
C’est à travers la lecture des Écritures que nous atteindrons la grâce de la transformation, de la conversion. Lire la Bible n’est pas un acte passif, il comporte une recherche active et une rencontre postérieure. « Si nous agissons de la sorte, si nous n'y faisons pas obstacle, les paroles du Christ pénétreront jusqu'au fond de nos âmes et nous transformeront. Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu'aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu'au point de division de l'âme et de l'esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur (Hb 4, 12).(Quand le Christ passe, n° 107) »
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