Les rebonds du Salut

Le 14 février marque le début de l'histoire des femmes dans l'Opus Dei, sous la protection de la Mère du Bel Amour, prototype de Femme aimante selon le Cœur de Dieu. Cet article commente une illustration de la Bible de Saint Louis, montrant la complicité de la Sainte Vierge avec son Fils dans l'histoire du Salut.

Mater Pulchræ Dilectionis: Sainte Marie, Mère du Bel Amour, dans l'église prélatice de l'Opus Dei

Comme le buisson ardent ou la colonne lumineuse guidant les Hébreux, Dieu est qualifié de « feu dévorant » (Deutéronome 4, 24), qui détruit le péché et enflamme les justes. D’abord, le Cœur saint de Jésus témoigne du dynamisme de sa mission : « Le zèle de ta maison me dévore » (Psaume 68, 10) ; et, en contact avec lui, le Cœur de Notre Dame, Mère du Bel-Amour.

Bible de Saint Louis (Paris 1235, t. 2, f. 73)
L’histoire du salut est une histoire d’amour débordant.

« Dieu est amour » (1 Jean 4, 16), substantiel, créateur et rédempteur, qui attire et attache les créatures à l’unité trinitaire. « L’amour divin est une force de cohésion, parce que celui qui aime intègre l’autre à son moi, se comportant avec lui comme avec soi-même » (Saint Thomas, Somme Théologique I, 20, 1). L’histoire du salut est ainsi une histoire d’amour débordant. « La source de toutes grâces c’est l’amour que Dieu nous porte et qu’il nous a révélé, non seulement en paroles mais aussi en actes » (Saint Josémaria, Quand le Christ passe §162). Après le refus des anges, Dieu créa le premier couple humain ; quand ceux-ci tournèrent le dos à leur Père bienveillant, la Trinité s’obstina à les récupérer pour la gloire. Nous pouvons imaginer « que la Très Sainte Trinité se réunit en conseil, dans sa continuelle et intime relation d’amour » (Saint Josémaria, ibid. §95), pour nous envoyer le Fils sauveur et nous remplir de l’Esprit.

« Le voici qui vient en bondissant sur les montagnes, en franchissant les collines » (Cantique 2, 8)

La Tradition a trouvé des images pittoresques pour décrire les étapes de l’initiative divine. L’épouse s’exclame, après avoir perçu « la voix du bien-aimé : ‑ Le voici qui vient en bondissant sur les montagnes, en franchissant les collines » (Cantique 2, 8). On a rapproché ce mouvement avec les étapes du salut : « Celui qui sautille c’est le Christ, qui fit un saut dès le ciel vers les entrailles de la Vierge; des entrailles à la mangeoire; de la mangeoire jusqu’à la Croix; de la Croix au sépulcre; du sépulcre se retira au ciel. Il a été élevé au-dessus de tous les monts et collines, c'est-à-dire au-dessus de tous les saints » (Bible de Saint Louis, Paris 1235, t. 2, f. 73). « Voilà les bonds que la Vérité manifestée dans la chair a accomplis en notre faveur, pour nous faire courir à sa suite, car ‘le Seigneur s’est élancé joyeux comme un géant pour parcourir sa voie’ (Psaume 19, 6), afin que nous puissions lui dire de tout notre cœur : ‘Entraîne-nous après toi, et nous courrons à l’odeur de tes parfums’ (Cantique 1, 4) » (Saint Grégoire le Grand, Homélies sur les Évangiles 29 §10).

La Mère du Bel Amour, prototype de Femme aimante selon le Cœur de Dieu, est médiatrice de toutes les réalités du salut et de la miséricorde.

L’enluminure ose une juxtaposition de scènes : Marie soulève Jésus enfant; elle veille sur lui dans la crèche ; Jésus meurt sur la Croix ; enfin il monte au ciel. Avec une anticipation géniale, l’artiste montre Jésus rehaussé par le geste maternel ; Marie est fière de la présence et de la future geste de salut de son Fils virginal.

Bible de Saint Louis (Paris 1235, t. 2, f. 73)

Notre Dame, bénéficiaire des prévenances du ciel, déverse sa ferme tendresse de Mère sur Jésus et, par la suite, sur l’Église entière. « C'est le véritable ordre de l'amour qui définit la vocation de la femme elle-même » (Saint Jean-Paul II, La dignité de la femme §30). La Mère du Bel Amour, prototype de Femme aimante selon le Cœur de Dieu, est médiatrice de toutes les réalités du salut et de la miséricorde.

L’Église, avec chacune de ses réalités spirituelles, est fruit d’un tel amour débordant. Les saints fondateurs en ont fait l’expérience ; parmi eux, Saint Josémaria perçut ces inspirations comme un mandat d’amour à répandre. Notamment avec la fondation de l’Opus Dei pour les femmes, en 1930, il comprit le rôle indispensable de la femme dans l’Église et dans la société séculière. « La femme est appelée à donner à la famille, à la société civile, à l’Église, ce qui lui est caractéristique, ce qui lui est propre et qu’elle est seule à pouvoir donner : sa tendresse délicate, sa générosité infatigable, son amour du concret, sa finesse d’esprit, sa faculté d’intuition, sa piété profonde et simple, sa ténacité… » (Saint Josémaria, Entretiens §87). À Rome, le fondateur fit installer, à l’entrée de l’église prélatice, une statue en marbre de Notre Dame, Mère du Bel Amour (P. Sciancalepore, 1958). À l’approche du centenaire, nous pouvons nous associer à sa reconnaissance.

Notre Dame, Mère du Bel Amour

« Marie est le nouveau commencement de la dignité et de la vocation de la femme, de toutes les femmes et de chacune d'entre elles. » (Saint Jean-Paul II, ib. §11). « L'Église rend grâce pour toutes les femmes et pour chacune d'elles » (id. §31) : qu’elles soient filles, sœurs, épouses, mères… et surtout unies au Christ par le baptême.

Abbé Fernandez