Joseph, de la nuit à l’accueil

Un ange a réconforté Joseph, alors aux prises à l'inquiétude et la perplexité devant le mystère de la grossesse de sa fiancée. Certains auteurs ont émis l'hypothèse d'un repentir de Joseph qui, se sentant fautif, présente ses excuses à Marie, en raison de son manque de foi, et la supplie de daigner habiter chez lui. Cette hypothèse fut une source d'inspiration pour les artistes.

Retable de Saluces (1500-1510) - Musée de la Ville de Bruxelles

« Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse » (Matthieu 1, 20). La voix de l’ange dissipe le brouillard du mystère imposant. Depuis la confidence de la Vierge sainte, Joseph a saisi l’irruption de Dieu près de sa vie ; certain de l’intégrité de sa Fiancée, il admire la Mère du Messie et se voit indigne de l’accompagner ainsi que de prendre en charge le Fils de Dieu fait chair. Il ne lui restait que de disparaître et laisser la Providence prendre les rênes de l’avenir. « Remplis-toi d’espérance car avec les lumières de sa miséricorde, Jésus t’éclairera, même au milieu de la nuit la plus obscure » (Saint Josémaria, Forge §283).

C’est le Ciel, en effet, qui le rassure. La parole angélique est révélation et précepte. Il est appelé à prendre soin de Marie avec un amour renouvelé ; à lui consacrer toute son énergie d’époux ; à assumer le rôle de père adoptif très aimant.

Joseph prépare son cœur et sa maison. Son savoir faire, ainsi que son modeste patrimoine seront le piédestal de l’Épouse, le socle de la Famille Sainte. Les noces seront célébrées solennellement, devant les autorités religieuses et le peuple en liesse.

Certaines traditions ont envisagé une marge de doute dans l’esprit de Joseph, à propos de l’origine de l’enfant ; à partir de cette hypothèse, on a pu imaginer un retournement de l’esprit de Joseph qui, se sentant fautif, présente ses excuses à Marie, en raison de son manque de foi, et la supplie de daigner habiter chez lui.

Dans une époque troublée dans l’Église, quand un schisme, comme un « monstre tricéphale » (Jean Gerson, Josephina IV), déchirait les consciences, l’archevêque de Cambrai, le futur cardinal Pierre d’Ailly, proposa les louanges du Patriarche. Il publia Les douze gloires de Saint Joseph (1416, en latin), en glosant sobrement les passages évangéliques, sans doute inspiré par le souvenir marial de Saint Bernard. Il soulignait la droiture, l’amour, la docilité de Joseph au plan de Dieu.

L’ange révéla à Joseph, non seulement le mystère de l’Incarnation, mais aussi, par ce mystère, celui de la Rédemption du genre humain

Il met notamment en valeur le lien du Patriarche avec la richesse de la Nouvelle Alliance. « La sixième gloire de saint Joseph est que le mystère de l’Incarnation lui fut révélé comme à un dépositaire des secrets célestes par le ministère de l’ange qui lui apparut durant son sommeil, et lui dit : ‘Ne craignez par de garder avec vous Marie votre épouse’, car ce qui est né d’elle est formé non par l’œuvre humaine, mais par l’œuvre divine, et provient du souffle mystique de l’Esprit-Saint. L’ange révéla à Joseph, non seulement le mystère de l’Incarnation, mais aussi, par ce mystère, celui de la Rédemption du genre humain. ‘Elle enfantera un fils à qui on donnera le nom d’Emmanuel’ ; et expliquant la signification de ce nom, ce qui veut dire Dieu avec nous » (P. d’Ailly, ibidem).

Par la suite, dans son diocèse, jusqu’en Anvers, les artistes peignirent les premiers retables consacrés intégralement à la vie du saint. L’école de Robert Campin nous a laissé le panneau sur les sept douleurs et joies de Saint Joseph (église Sainte Madeleine, Hoogstraten, vers 1450). L’une des scènes montre l’époux à genoux devant Marie.

À l’époque (1417), Gerson se dressait comme le chantre héroïque du saint : son poème épique Josephina, récemment traduit (Les Belles Lettres, 2019), déploie en trois mille hexamètres latins le drame d’une paternité fidèle, courageuse et réussie. « D’Ailly est l’initiative féconde, Gerson le développement spirituel » (D. Le Tourneau, Tout savoir sur Saint Joseph, Artège, 2020).

Au début du 16e siècle, les artistes flamands ont réalisé encore un retable monumental qui inclut sept panneaux peints sur la vie du saint (Valentin van Orley, 1510, Musée de la Ville, Bruxelles), qui fut commandé par un noble français, d’origine italienne. Parmi eux, le « repentir » de Joseph s’est transformé en accueil chaleureux. « Et lorsque la tentation du découragement, de la résistance, de la lutte, de la tribulation, d’une nouvelle nuit de l’âme nous assaille avec violence, le psalmiste met sur nos lèvres et dans notre intelligence ces mots : Je suis avec lui dans la détresse » (Saint Josémaria, Amis de Dieu§310).

Abbé Fernandez