Des amis pour toujours

L'exclamation de Léon XIV : "Vous êtes les saints de France" résonne encore plus fort en cette veille de la Toussaint. Le "Premier Ami", Jésus-Christ, a suscité une pléiade d’amis qui s’entraident. Il a ouvert le chemin et nous accompagne jusqu’au bout.

Au Stade de France, deux reliques de marque ont présidé à la veillée du Pape avec les jeunes : la Tunique d’Argenteuil et un Lignum Crucis. Deux trésors de la Passion qui pointent vers la source divine de notre sanctification : Jésus nous revêt de ses mérites, en nous dépouillant du vieil homme ; l’Arbre de vie, arrosé de son Sang, nous attache à sa mission.

Bible de Saint Louis, t. 1, f. 172, Job 1, 2 (13e siècle)

La sainteté devint le fil conducteur du rassemblement : « Vous êtes les saints de France ! » (Léon XIV, Saint-Denis, 25/09/2026). À la veille de la Toussaint, on se souvient du spectacle saisissant sur les saints français, où le message prenait chair et os. Bien que la sainteté soit un appel pour tous les âges et pour tous les pays, le Pape s’adressait surtout à ceux qui, jeunes, commencent leur parcours.

Le Christ, « le Saint de Dieu » (Jean 6, 69), a modelé, par la mission de l’Esprit Donateur de vie, de milliers de saints très variés : des femmes, des hommes ; des enfants, des vieillards ; célibataires, mariés, veufs ; laïcs et consacrés ; savants et analphabètes ; martyrs et confesseurs de la foi ... La liste n’est pas close ; nous faisons partie des candidats. Dans la vieille enluminure parisienne, les fils et filles de Job symbolisent les dons du Saint Esprit et les états dans l’Église : les mariés, les vierges et les continents ; des colombes reposent sur chacun. En Bretagne, une initiative populaire a fait surgir, depuis 2008, la Vallée des Saints auprès de la colline de Quénéquillec (Côtes d’Armor) : plus de 200 statues de saints de la région saluent le visiteur ; le travail vise à atteindre un millier d’effigies.

Le Fils de Dieu ressuscité règne pour les siècles, non seulement au ciel mais aussi dans son Église en pèlerinage, animée par l’Esprit de sainteté.

Dieu n’est pas mort ni distant ou silencieux. Sans lui « l’homme n’a plus de salut et perd le sens de son existence, qui se réduit à une impasse ou au néant » (Léon XIV, ibid.). Le Fils de Dieu ressuscité règne pour les siècles, non seulement au ciel mais aussi dans son Église en pèlerinage, animée par l’Esprit de sainteté.

« La rencontre avec le Christ ouvre au dialogue et prépare à sa paix. C’est Lui le premier qui se donne à nous » (ibid.). L’onde de charité jaillie du Cœur de Jésus anime un réseau d’amour surnaturel entre ses membres. Les saints du ciel ne se limitent pas à être une constellation éblouissante de stars à imiter ; ni un lobby céleste pour remédier à nos besoins ; ils sont surtout des acteurs d’amitié fraternelle au quotidien. Une source de cohésion pour la sainteté ; un élan d’en haut qui affermit nos pas sur la terre.

Les saints, dans la gloire, nous aiment comme des frères encore vulnérables

La Toussaint rappelle que la sainteté est un don que Dieu accorde avec sa générosité coutumière, car les saints, reconnus ou anonymes, sont légion. L’appel concerne toute personne, aimée par le Christ au prix de sa propre Vie. La sainteté du Rédempteur se greffe sur les chrétiens ; leur fait partager la flamme de la charité ; établit des liens réciproques d’amitié. Les saints, dans la gloire, nous aiment comme des frères encore vulnérables. Des amis sans faille qui nous parlent par l’exemple des vertus, nous soutiennent et nous enrichissent par leurs mérites. Un échange fructueux et formidable. « Nous ne sommes pas seuls sur ce chemin de sainteté, car nous le parcourons en union avec tous nos frères et sœurs qui nous entourent » (Léon XIV, ibid.).

« Les saints ont changé le cours de l’histoire, faisant passer beaucoup de personnes de la souffrance à l’espérance »

Le Premier Ami a suscité une pléiade d’amis qui s’entraident. Il a ouvert le chemin et nous accompagne jusqu’au bout. « Les saints ont changé le cours de l’histoire, faisant passer beaucoup de personnes de la souffrance à l’espérance ; car ils ont d’abord changé leur propre cœur, en le transformant à la lumière de la foi » (Léon XIV, ibid.).

Le Sauveur vit dans les sauvés et, par leur témoignage de fidélité, réconcilie le monde avec Dieu. Fréquenter les saints de notre dévotion fait partie du don de piété. La Réconciliation et l’Eucharistie nous communiquent la guérison consolante du Chef et le don gratuit de sa Vie offerte. Il peut nous relever de tout échec et blessure, nous libérer de tout mensonge et nous pousser à une lutte généreuse, dont « la seule arme est l’amour qui se donne » (ibid.). « Les hommes saints qui supportent pour Dieu des adversités s’affermissent davantage dans son amour ; de même un artisan, se complaît davantage dans l’œuvre pour laquelle il a plus peiné » (Saint Thomas d’Aquin, Sermon sur le préceptes, Prologue).

Icône de tous les saints, Monastère Saint-Paul, Mont Athos, Grèce (19e siècle).

L’échange amical avec les saints, qui nous met en mouvement vers la vie éternelle, nous ouvre, dans le même lien fraternel, aux besoins des autres, pour leur faciliter la même destinée. « Il nous a élus dès avant la création du monde, pour être saints. Je sais que pour toi cela ne te remplit pas d’orgueil, ne t’incite pas à te considérer comme supérieur aux autres. Ce choix, qui est la racine de l’appel, doit être aussi le fondement de ton humilité » (Saint Josémaria, Quand le Christ passe §1).

Abbé Fernandez