Le lion et la vie

Le Pape Léon XIV célébrera la prochainement la Messe à Paris, place de la Concorde, fameuse pour son obélisque. L'auteur de cet article relie ce monument à un autre obélisque, situé au centre de la place Saint Pierre à Rome, proclamant la victoire du Messie. De la place de la Concorde à la place Saint Pierre : tel pourrait être l'itinéraire de notre préparation spirituelle pour accueillir le Saint Père.

Noyé dans le chagrin, l’apôtre Jean déplore l’impuissance généralisée pour décrypter les desseins divins. Le Très-Haut montre dans sa main droite un rouleau, écrit au recto et au verso et scellé de sept sceaux (Apocalypse 5, 1), que personne ne peut ouvrir ni lire. Depuis la cour céleste, un Ancien le console : « Ne pleure pas. Voilà qu’il a remporté la victoire, le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David : il ouvrira le Livre aux sept sceaux » (idem 5, 5).

Enfin, l’Agneau divin, mort et ressuscité, s’avance, plein d’assurance, pour prendre le livre et recevoir la louange des saints. Le lion de Juda apporte lumière et vie éternelles, il est le Messie vainqueur des ténèbres, de l’enfer et du péché. Il éclaire, purifie et fait grandir les âmes et les peuples.

Bien de siècles auparavant, sur son lit de mort, le patriarche Jacob avait convoqué ses douze enfants. Après une longue vie de travail dévoué, des luttes et des visions célestes, il voulait léguer les bénédictions et promesses liées à l’Alliance sainte. Devant Juda, l’héritier de la lignée messianique, les paroles paternelles adoptent un ton enlevé : « Juda est un jeune lion… Le sceptre royal n’échappera pas à Juda, ni le bâton de commandement à sa descendance, jusqu’à ce que vienne celui à qui le pouvoir appartient, à qui les peuples obéiront » (Genèse 49, 8.10) ; après une vendange exubérante, il foulera le raisin et, de leur jus, il trempera comme avec du sang son manteau (idem 49, 11). La Tradition chrétienne a lu ces lignes comme une annonce du Christ.

Autour des temps de Moïse, Thèbes, « la ville aux cent portes », admirait deux monolithes imposants devant le temple païen de Louxor. L’un d’eux, offert à la France par le vizir de l’Égypte (1830), fut érigé (en 1836) au centre de la place parisienne de la Concorde. Il deviendra un témoin ancestral de la messe du pape Léon XIV, prévue en ce lieu lors de son prochain voyage.

Loin de là, un autre obélisque, récupéré du cirque de Caracalla au Vatican, fut installé, après une manœuvre titanesque, au centre de la place Saint-Pierre, par ordre du pape franciscain Sixte V (1586). Dans le socle, une prière de protection, attribuée à Saint Antoine de Padoue, proclame la victoire messianique : « Voici la croix du Seigneur : fuyez, puissances ennemies ; le lion de la tribu de Juda a vaincu ».

Léon XIV attend ce voyage avec amour et, à son tour, il est attendu avec ferveur filiale. Notre prière, ainsi que la fréquentation des sacrements seront le meilleur préparatif pour la rencontre. Le logo de la visite met en relief « la vie » : la vie naturelle à protéger, de la naissance à la mort naturelle ; et la vie surnaturelle, tressée de foi, d’espérance et d’amour vainqueur. Notre Dame, Mère de l’Auteur de la vie peut nous aider dans cette préparation apostolique.

Abbé Fernandez