Le Centre Culturel Loango célèbre ses 30 ans d'existence

Loango, propose depuis 30 ans des activités de formation aux étudiants de différentes universités et instituts supérieurs de la ville de Kinshasa, en R.D.C. Un ancien résident se souvient de ces débuts.

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Opus Dei - Le Centre Culturel Loango célèbre ses 30 ans d'existence

Le Centre culturel Loango a célébré son 30è anniversaire le 24 juin dernier. C'est beaucoup mais aussi très peu. En contemplant le panorama déjà parcouru, les paroles que saint Josémaria répétait aux jeunes fidèles de l'Opus Dei qui l'entouraient me viennent à l'esprit : " Rêvez, la réalité dépassera vos rêves ". Ces 30 années sont un motif d'action de grâces en voyant combien de générations de jeunes ont bâti Loango en participant et en collaborant à ses activités. Grâce à celles-ci, de nombreuses personnes ont reçu une formation humaine, culturelle et spirituelle qui les a aidées et continue de les aider dans leur vie quotidienne.

Tout a débuté dans le Club socioculturel Niangara. C'est là que nous avons commencé à organiser des activités pour les étudiants universitaires avec l'idée de poursuivre le travail qui se faisait déjà avec les lycéens. Malgré la distance à l'Université de Kinshasa (UNIKIN), les jeunes ont commencé à venir attirés par l'atmosphère d'étude et de joie.

Bientôt, nous avons cherché un terrain près de l'Université et en avons trouvé un qui convenait sur la rue Kipase, qui n'était pas asphaltée à l'époque. Don Mario a fait le projet de construction architecturale et nous nous sommes lancés dans une aventure qui demanderait beaucoup de temps et d'efforts. Comme les travaux allaient prendre plus d'un an, nous avons cherché un site provisoire et en avons trouvé un non loin de là qui nous servirait d'impasse.

D'abord, les travaux de réhabilitation de ce siège commencèrent. Les difficultés ne manquaient pas, mais nous les avons surmontées avec enthousiasme. En 1989, il y avait une atmosphère tendue à Kinshasa et dans tout le Congo. Le 14 février, j'étais à la maison et les travaux étaient en cours. Une atmosphère étrange régnait dans le quartier. A un moment donné, l'avenue de l'Université était déserte ; un groupe d'étudiants universitaires se dirigeait paisiblement de l'UNIKIN vers un rond-point qui est un point d'union entre plusieurs voies principales. Les manifestants exigeaient de meilleures conditions de vie.

Quand ils étaient à environ 300 mètres de la place, les militaires stratégiquement positionnés ont reçu l'ordre de tirer. Panique et débandade ! Peu après le passage des militaires, trois étudiants qui s'étaient cachés dans notre terrain ont été emmenés en voiture par l'abbé Hervás, un peu plus loin, dans un endroit sûr.

Comme on pourrait s'attendre, l'université fut fermée pendant un certain temps. Une période chaotique de la vie universitaire s'ouvrait, mais le projet du centre culturel Loango ne s'est jamais interrompu. Encore plus qu'avant, nous avons ressenti le besoin de mettre à la disposition des étudiants un lieu de formation humaine et chrétienne qui soit accueillant et encourageant.

Le centre culturel et la résidence provisoire ont ouvert leurs portes le 24 juin 1989. Les activités culturelles ont commencé et le nombre de participants a augmenté rapidement.

Moins de deux mois plus tard, le bienheureux Alvaro a fait un voyage dans notre pays du 22 au 27 août. Il y a eu deux réunions générales avec de nombreux parents, professionnels et étudiants. Nous avons également profité de l'occasion pour avoir une réunion à Loango. Les étudiants ont posé des questions et Don Alvaro a répondu avec affection et profondeur.

Les activités culturelles ont été dès le début d'un haut niveau, mais surtout le centre a été caractérisé par l'atmosphère de joie et de paix. Les années 1989 à 1992 ont été marquées par une détérioration progressive de la situation sociale. Les 23 et 24 septembre 1991, des pillages ont eu lieu à Kinshasa et dans d'autres villes du pays, qui ont bouleversé la vie de millions de congolais et détruit l'économie du pays avec des conséquences qui sont encore ressenties aujourd'hui.

La tension sociale avait des conséquences pour nous aussi. Je me souviens qu'à une occasion, la voiture de Loango a été caillacée par des manifestants, et Dieu merci, le chauffeur a pu les éviter et est venu indemne, bien que couvert des morceaux du pare-brise qui avaient été arrachés. Une autre fois, nous nous sommes réveillés avec l'explosion d'une bombe qui avait été lancée dans la maison du voisin. Il n'y a pas eu de mort et la seule conséquence pour nous a été de découvrir toute la maison pleine de poussière qui était tombée du double toit. Le bruit des armes à feu était devenu courant.

Les 23 et 24 septembre pendant 48 heures, c'était l'anarchie. On s'est enfermés dans la maison. C'était une folie collective. Pendant ce temps, nous avons prié et nous nous sommes abandonnés entre les mains de Dieu, prêts à tout, prêts à aller d'abord à l'oratoire et à consommer le Saint Sacrement s'il le fallait. Dieu merci, personne n'est entré au Centre.

A partir de ce moment, notre but au centre culturel était d'encourager les jeunes psychologiquement et spirituellement. Nous avons essayé de nous faire l'écho des conseils des pasteurs de l'Église, en encourageant les étudiants à aider ceux qui avaient le plus souffert, à nettoyer chacun dans son quartier, à aider tous ceux qui l'ont demandé, à se repentir des actes commis pendant ces heures de folie, et à proposer de remettre à leurs propriétaires les biens volés ou de les distribuer aux pauvres à travers les paroisses. Nous avons appris que le bienheureux Alvaro a fait prier pour la paix dans notre pays toutes les personnes de l'Œuvre du monde entier.

Du point de vue académique, l'Université ayant été fermée pendant des mois, le Centre est devenu une académie provisoire organisant, avec les étudiants des dernières années, des cours de base pour les plus jeunes. L'objectif était de profiter du temps, de préparer la réouverture, de continuer à se former et, en résumé, ce que saint Josémaria a répété : "Noyer le mal dans une abondance de bien ".

En décembre 1992, le Centre culturel Loango a emménagé dans son nouveau siège social, rue Kipase.

Ces trois années de 1989-1992 ont été très difficiles, mais elles ont forgé de nombreux jeunes. La souffrance personnelle et collective est humainement incompréhensible. Le bilan social du pays ne pouvait être plus négatif, mais Loango, avec le soutien de la prière, a été en mesure de faire que le bilan réel de chaque personne qui a participé aux activités soit au-dessus de toute attente matérielle. Dans des circonstances difficiles, les étudiants se sont surmontés et ont cherché à se construire une nouvelle vie, avec le ferme désir de servir les autres par leur travail et leurs études du mieux qu'ils le peuvent. Et pour beaucoup, ces années ont signifié une vie spirituelle renouvelée et plus orientée vers le Christ.

Le journal de Kinshasa " Le Forum des As ", se fait écho de cet anniversaire :

(http://www.forumdesas.org/spip.php?article20494)