L’Avent retrouvé

L'abbé Patrick Pégourier nous offre une réflexion sur la façon de se préparer à Noël

L’Avent s’est ouvert. C’est le temps de l’avènement du Seigneur. Il s’achève à Noël : avènement du Fils de Dieu dans la chair et l’humilité, comme un enfant obscur et démuni. Il se projette sur la Parousie, avènement du Christ dans la lumière et la gloire, comme roi de l’Univers et Juge des Nations. 

Cet horizon nous saisit mais la clarté de la « Douce nuit » nous réconforte : elle nous encourage à faire droit à l’exhortation cent fois répétée de la liturgie : Redressez-vous, relevez la tête car le temps de votre Rédemption est proche. Ayons donc confiance ! Jésus, de sa naissance à sa mort, accomplit tout un parcours d’homme pour nous servir de tuteur et affermir nos pas sur la voie de l’intégrité, afin que nous puissions nous tenir droits dans la lumière du jugement. Aujourd’hui, dresse en moi ta tente – le prions-nous - ; fais ta maison et demeure en moi continuellement, inséparablement, jusqu'au bout. Garde-moi à l’intérieur, debout pour toujours, inébranlable dans ta demeure en moi [1].

Hier comme aujourd’hui

Ouvrons les évangiles. Chez les acteurs de l’époque, nous découvrons des dispositions semblables aux nôtres aujourd’hui. Le Précurseur leur annonce l’arrivée imminente du Messie à travers un « message fort » qui sonde leurs cœurs et ravive leur espérance. Comme le peuple était dans l’attente [2], ajoute l’évangéliste. 

Qu’attend t-il exactement ? La libération du joug romain sans doute, mais aussi une vie plus heureuse et bien d’autres choses encore qu’il ne saurait exprimer : ce à quoi tout cœur aspire, à savoir émerger de ses limites : celles d’une médiocrité jamais véritablement dépassée. Jacques Maritain le notait : l’homme n’est que l’ébauche nocturne de lui-même. Il porte en lui le désir de s’accomplir… autrement. 

Mais ses pesanteurs poussent le pécheur à s’engluer : dans l’Antiquité romaine, la fête du solstice d’hiver – christianisée par la suite en celle de Noël – était précédée d’un Avent païen, les Saturnales, semaine où la licence avait libre cours et s’exprimait par la vulgarité, l’indécence, le dérèglement des sens. Ne présentent-elles pas bien des analogies avec ce que nous vivons aujourd’hui ? Course aux étrennes, réveillons de folie, excitation collective au passage de la nouvelle année, débauche de cadeaux qui font oublier Celui qui descend du ciel… 

Dans son récent livre d’entretien, le Saint Père analyse la situation en des termes dramatiques : Des processus de destruction extraordinaires sont en cours, nés de cette sorte d’ivresse arrogante, de la satiété et de la fausse liberté du monde occidental. Il ajoute : On a suscité une soif de bonheur qui ne peut se satisfaire de ce qui existe. Et qui trouve refuge dans le paradis du diable (…) On voit que l’homme recherche une joie sans borne et voudrait avoir du plaisir à l’extrême, il voudrait l’infini. Mais là où Dieu n’est pas, cela ne lui est pas accordé, cela ne peut pas exister [3].

Avancer vers la lumière

Le temps de préparation à Noël nous invite à sortir de nos limites par le haut : par notre ouverture à une perspective d’existence renouvelée par la proximité du Christ, car l’Avent, c’est le Christ qui vient. Il vient prendre naissance en nous, ici-bas sur terre, afin de préparer notre naissance en Lui, au ciel. Et Il vient avec puissance éclairer ce que voilent nos ténèbres. 

Le message de la liturgie est clair : l’Avent est l’occasion que nous voulons offrir au Sauveur de révéler son image occultée dans nos cœurs. Chacun d’entre nous, en effet, ressemble à Zachée perché sur son sycomore – figure des circonstances de la Providence –, qui « attend de voir ». Il porte en lui une soif longtemps enfouie, et soudain découverte au passage de Jésus – source vive - ; il est même surpris par son désir, surpris de receler en lui-même une richesse incomparable par rapport à celles, extérieures et médiocres, qu’il monnaye habituellement. En s’invitant chez lui, Jésus provoque une conversion qui incubait en lui. En le recevant chez lui, Zachée libère son vrai cœur et donne de lui-même le meilleur. 

L’Avent est souvent qualifié de « temps fort » en raison du choix des textes proposés, de ses « féries majeures », de ses antiennes solennelles, etc. Il a l’ambition d’accélérer notre temps intérieur et de nous tourner vers la « Splendeur de la Lumière éternelle» dans des dispositions semblables à celles de Zachée : la hâte et la joie [4].

« Venez, Divin Messie, nous rendre espoir et nous sauver … »

- Hâte de la venue du Sauveur pour qu’Il soit la lumière de nos cœurs et les transforment de l’intérieur. C’est le rôle de la prière, dialogue confiant avec Dieu qui finit par nous assimiler à Lui, car Celui qui veut les mêmes choses que Dieu devient Dieu [5]. Encore faut-il que ce soit une prière ponctuelle, quotidienne. Comment, sinon, exprimerait-elle l’attitude du « serviteur fidèle » qui attend le retour de son maître en veillant dans la foi, les reins ceints et la lampe allumée [6] ?

- Joie de le posséder déjà, comme la Vierge qui attendait avec amour [7], témoin émerveillé qui se réjouit de constater comment, par son enfantement, les réalités humaines cèdent la place aux réalités divines, les terrestres aux célestes, les temporaires aux éternelles, le mal au bien, l’incertitude à la sécurité, le chagrin au bonheur, les réalités périssables à celles qui demeurent toujours [8]

Dès lors, notre existence d’homme, nos occupations courantes ont un sens divin qui illumine nos journées et leur communique leur véritable dimension. Ainsi, en vivant chrétiennement parmi nos égaux, une vie ordinaire mais conforme à notre foi, nous serons le « Christ présent parmi les hommes »[9]. Enfants de Marie avec Lui, réjouissons-nous avec notre Mère ! N’est-ce pas là, d’ailleurs, une manière de nous convertir car Notre Dame nous fait partager sa vie immaculée : chaque fois, notamment, que nous lui disons « Je vous salue, Marie » qui, selon la tradition des Pères grecs, a le sens d’invitation à la joie : Réjouis-toi, Marie !

[1]              Saint Syméon le nouveau théologien (moine à Constantinople au XIe siècle).

[2]              Lc 3, 15

[3]              Benoît XVI, Lumière du monde, chap. 6.

[4]              Cf. Lc 19, 6.

[5]              Clément d’Alexandrie, Pædagogus. [6]                     Cf. Lc 12, 35.

[7]              Préface II de l’Avent.

[8]              Saint Pierre Chrysologue, Sermon. [9]              Saiint Josémaria Escriva, Quand le Christ passe, 112.