Visite de Léon XIV en France : « Qu’allons-nous faire de ce qu’il nous dira ? »

Prêtre du diocèse de Paris, curé de la paroisse Saint-Dominique dans le XIVe arrondissement et membre de la Société sacerdotale de la Sainte-Croix, l’abbé Enguerrand se prépare à participer à plusieurs temps forts de la visite de Léon XIV en France. À quelques semaines de sa venue, il raconte ce qu’il attend de cette rencontre et ce qu’elle peut représenter pour l’Église en France.

Vous avez déjà vécu plusieurs visites de papes. Quels souvenirs en gardez-vous ?

J’ai été très marqué par les Journées mondiales de la jeunesse de 1997 à Paris, avec Jean-Paul II. J’y ai participé avec un groupe de l’Opus Dei dont j’avais fait la connaissance depuis quelques mois. Cette rencontre avec le Pape a constitué le point de départ de ma vocation. Plus tard, lorsque Benoît XVI est venu en France, j’étais séminariste et déjà ordonné diacre. J’ai eu la chance de servir comme diacre lors de la messe qu’il a célébrée à Paris. Je sais donc par expérience que ces visites sont des moments extrêmement porteurs dans une vie de foi. Quand j’ai appris que Léon XIV viendrait en France, j’ai ressenti beaucoup de joie, bien sûr, mais aussi une certaine impatience. J'aspirais depuis un certain à temps retrouver cette possibilité d'une rencontre en profondeur avec le Pape dans notre pays.

Que représente concrètement la venue du pape pour un catholique ?

Je retiendrais trois mots : communion, foi et mission. D’abord, la communion. La venue du pape est un moment où l’Église qui est en France se rassemble, mais où elle fait aussi très concrètement l’expérience de son appartenance à l’Église universelle. C’est quelque chose que l’on perçoit très fortement lorsque l’on rencontre le pape : au-delà de nos paroisses, de nos diocèses, de nos réalités particulières, nous appartenons à une même Église dont il est l’un des fondements de l’unité. C’est aussi ce que je constate chez les jeunes : rencontrer le pape constitue toujours pour eux un moment fort. Ensuite, c’est une expérience de foi. On rappelle souvent que la mission du pape est de « confirmer ses frères dans la foi ». Sa venue rend cette mission particulièrement concrète : nous venons l’écouter, recevoir sa parole, nous laisser encourager et affermir dans notre propre vie chrétienne. J’ai moi-même fait cette expérience lors des précédentes visites pontificales auxquelles j’ai participé : ce sont des moments qui nourrissent durablement la foi et la vie de l’Église. Enfin, c’est une expérience d’envoi en mission. Je crois que Léon XIV a une conscience très claire de la sécularisation de nos sociétés occidentales et, par conséquent, de la nécessité de repenser la manière dont nous annonçons aujourd’hui l’Évangile. Il ne s’agit plus seulement d’une pastorale qui s’adresse à ceux qui sont déjà là, mais de savoir accueillir des personnes qui arrivent parfois de très loin de l’Église.

Je le constate dans ma paroisse. Des personnes viennent frapper à la porte sans parcours chrétien préalable. Récemment encore, j’ai reçu le message d’un jeune homme non baptisé qui me disait que le message du Christ l’interpellait et qu’il souhaitait parler à un prêtre. Nous devons apprendre à accueillir ces personnes et à leur proposer l’Évangile.

Que représente plus particulièrement cette visite pour l’Église en France ?

Je pense d’abord au message de paix que porte beaucoup le pape. Nous vivons dans une société de plus en plus fracturée, traversée par de fortes tensions sociales. Dans ce contexte, je crois que sa parole sur la paix peut être particulièrement audible. Elle est portée avec une manière qui lui est propre : une parole claire et ferme, mais toujours paisible, qui peut rejoindre des personnes bien au-delà de l’Église. Il y a aussi, me semble-t-il, quelque chose de particulier dans le lien de Léon XIV avec la France. Il manifeste une vraie reconnaissance envers l’héritage spirituel qui vient de notre pays. Il a notamment beaucoup parlé de grandes figures comme saint Jean-Marie Vianney ou sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Je crois que cette visite peut donc aussi être l’occasion de nous rappeler la richesse de cet héritage spirituel et culturel. Non pas pour cultiver la nostalgie d'une grandeur passée, mais au contraire pour nous aider à nous tourner avec confiance et espérance vers l’avenir.

Léon XIV insiste beaucoup sur la dignité humaine. Cette parole vous paraît-elle particulièrement importante aujourd’hui ?

Oui, notamment dans sa réflexion sur les bouleversements liés à l’intelligence artificielle et, plus largement, à la révolution numérique. Le pape a lui-même établi un parallèle avec Léon XIII : de même que celui-ci avait réfléchi aux transformations provoquées par la première révolution industrielle, nous avons aujourd’hui à penser les conséquences d’une nouvelle révolution, cette fois largement numérique. Face à ces transformations, Léon XIV nous invite à revenir à ce qui fait la spécificité de la personne humaine : son intelligence, bien sûr, mais aussi sa capacité relationnelle, sa capacité à aimer et à rechercher le bien commun. Je crois qu’il nous donne ainsi des clés très pertinentes pour affronter les défis actuels. Ce qui me frappe aussi, c’est sa manière de porter cette parole. Elle est à la fois claire, ferme et très paisible. Il peut tenir un discours exigeant, parfois très percutant, sans agressivité. Même lorsque tout le monde n’est pas d’accord avec ce qu’il dit, il parvient à parler à tous. Je crois que cette force de persuasion tient précisément à cette paix intérieure qui émane de lui.

En tant que prêtre, qu’attendez-vous personnellement de cette visite ?

J’attends notamment qu’elle puisse être un point d’appui pour relancer et redynamiser la pastorale des vocations. Je pense en particulier à ce que le pape a récemment écrit aux prêtres sur la fidélité qui engage l’avenir. Il y a d’abord cet appel qui nous est adressé, à nous prêtres, à vivre pleinement notre propre fidélité. Mais cette fidélité peut aussi montrer aux jeunes que le sacerdoce a véritablement un avenir et, surtout, qu’il constitue une nécessité vitale pour la vie de l’Église. Je trouve que Léon XIV donne lui-même une belle image du prêtre, à travers son histoire personnelle mais aussi à travers ce qu’il donne à voir : sa piété, sa manière de célébrer la messe, sa dévotion mariale... Il manifeste également beaucoup de bienveillance à l’égard des prêtres.

Comme prêtre, je me sens soutenu par lui. Et j’espère que sa présence en France et son exemple pourront aussi aider des jeunes à entendre la question de la vocation et, peut-être, à découvrir la beauté du sacerdoce.

Quelle place tient, pour vous, la communion avec le pape ?

Elle est très concrète. Je prie quotidiennement pour le pape, notamment à la messe. Personnellement, j’aime aussi offrir le début de mon chapelet spécialement pour lui et pour ses intentions. Ce n’est donc pas seulement une idée abstraite : cette communion s’inscrit dans la prière. Avec Léon XIV, je suis personnellement sensible à sa sobriété, à cette présence assez paisible qui est la sienne. Cela renforce chez moi un attachement très concret, et même affectif, à la figure du Saint-Père. Mais cet attachement ne s’arrête évidemment pas à la personne du pape. Il renvoie à ce qu’il représente pour nous dans l’Église et à la mission qui lui est confiée : nous confirmer dans la foi et nous guider à la suite du Christ.

Comment se préparer à la venue du pape ?

Je crois qu’il faut d’abord éviter de considérer cette visite uniquement comme un beau moment, chargé d’émotion ou de ferveur. Bien sûr, il y aura de l’émotion, et c’est heureux. Mais la rencontre avec le pape nous appelle à aller plus loin. Dans une époque marquée par un certain individualisme, je crois qu’il est particulièrement important de retrouver le sens d’une obéissance consciente et filiale envers le Saint-Père. Se préparer à sa venue, c’est donc se préparer à écouter réellement ce qu’il va nous dire, à accueillir sa parole et à accepter qu’elle puisse nous déplacer. La question n’est pas seulement : « Qu’allons-nous ressentir en voyant le pape ? », mais plutôt : « Qu’allons-nous faire de ce qu’il nous dira ? » C’est ainsi, je crois, qu’il faut vivre cette visite : non pas simplement dans l’émotion d’une rencontre, mais avec le désir de se laisser guider par le pape sur les chemins de la suite du Christ.