Fioretti février 2020

"Demandons au Seigneur la grâce de comprendre quand notre cœur commence à s’affaiblir et à glisser, pour nous arrêter. Sa grâce et son amour nous arrêteront si nous le prions."

Fioretti du pape François
Opus Dei - Fioretti février 2020

Vous n’êtes pas chrétiens; vous êtes des théistes avec de l’eau bénite chrétienne

Interview à la chaîne de télévision de la Conférence épiscopale italienne, le 24 février 2020 :

« Quand je vois des chrétiens trop propres qui ont toutes les vérités, l’orthodoxie, la vraie doctrine, et qui sont incapables de se salir les mains pour aider quelqu’un à se relever […] ; quand je vois ces chrétiens je dis : ‘mais vous n’êtes pas chrétiens; vous êtes des théistes avec de l’eau bénite chrétienne, mais vous n’êtes pas encore arrivés au christianisme’.

En effet, si Dieu s’est sali les mains et est descendu dans notre enfer – il est descendu – nous devons suivre ses traces”.

Le chrétien “à moitié”, le chrétien superficiel, c’est un homme qui croit en Dieu, qui a des idées claires sur la rédemption, qui croit aussi à Satan, qui sait que Satan existe, mais qui s’arrête à la porte des enfers, qui fait des calculs ».

Le Seigneur ne peut pas entrer dans les cœurs idéologiques

À Sainte-Marthe, le 18 février 2020 :

« Un cœur sans compassion est un cœur idolâtre, c’est un cœur autosuffisant, qui avance en s’appuyant sur son égoïsme, qui devient fort seulement dans les idéologies. […]

Lorsque le projet n’est pas de Dieu, il n’y a pas de place pour la compassion. En effet, le plus grand message du salut est que Dieu a eu de la compassion pour nous. C’est un refrain de l’Évangile, quand Jésus voit une personne, une situation douloureuse : “il en eut compassion”. Jésus est la compassion du Père ; Jésus est la gifle à toute dureté de cœur. […]

Quand le cœur s’endurcit… il oublie… Il oublie la grâce du salut, il oublie la gratuité. Le cœur dur conduit aux disputes, il conduit aux guerres, il conduit à l’égoïsme, il conduit à la destruction du frère, car il n’a pas de compassion.

Chacun d’entre nous a quelque chose qui s’est endurci dans son cœur. Faisons mémoire, et que le Seigneur nous donne un cœur droit et sincère… Le Seigneur ne peut pas entrer dans les cœurs durs ; le Seigneur ne peut pas entrer dans les cœurs idéologiques. Le Seigneur entre seulement dans les cœurs qui sont comme le sien : les cœurs compatissants, […] les cœurs ouverts. »

« Celui-là est bien avec Dieu et avec le diable »

À Sainte Marthe, le 13 février 2020 :

« Le psaume 105 nous dit que se mêler aux gentils et agir comme eux, c’est devenir mondains, païens. Cela arrive dans notre vie. Aucun de nous n’est un criminel, aucun de nous ne fait de grands péchés… personne. Mais où est le danger ? Se laisser lentement glisser car c’est une chute avec anesthésie, tu ne t’en aperçois pas, mais lentement on glisse, on relativise les choses et l’on perd la fidélité à Dieu. […] Les femmes de Salomon étaient d’autres peuples, elles avaient d’autres dieux, et nous oublions si souvent le Seigneur et nous entrons en négociations avec d’autres dieux : l’argent, la vanité, l’orgueil. Mais cela se fait lentement et s’il n’y a pas la grâce de Dieu, on perd tout. Ce lent glissement dans la vie, c’est la mondanité, c’est le péché grave : “Tout le monde le fait, mais si, non il n’y a pas de problème, vraiment ce n’est pas l’idéal mais…” Ces paroles qui nous justifient au prix de perdre la fidélité au Dieu unique. Ce sont des idoles modernes. Pensons à ce péché de la mondanité. De perdre l’Évangile authentique. La Parole de Dieu authentique, l’amour de ce Dieu qui a donné la vie pour nous. L’on ne peut pas demeurer avec Dieu et avec le diable. […] Demandons au Seigneur la grâce de comprendre quand notre cœur commence à s’affaiblir et à glisser, pour nous arrêter. Sa grâce et son amour nous arrêteront si nous le prions. »

Il n’existe pas de maquillage pour couvrir notre vulnérabilité

Audience générale du 5 février 2020 :

« Toute personne, face à elle-même, sait bien que, quel que soit le mal qu’elle se donne, elle reste toujours radicalement incomplète et vulnérable. Il n’existe pas de maquillage pour couvrir cette vulnérabilité. Chacun de nous est vulnérable, à l’intérieur. Il doit voir où. Mais comme on vit mal, si l’on refuse ses propres limites ! On vit mal. On ne digère pas sa limite, mais elle est là. Les personnes orgueilleuses ne demandent pas d’aide, ne peuvent pas demander d’aide, il ne leur vient pas à l’esprit de demander de l’aide parce qu’elles doivent montrer qu’elles sont auto-suffisantes. Et combien parmi elles ont besoin d’aide. Mais l’orgueil empêche de demander de l’aide.

Et comme il est difficile d’admettre une erreur et de demander pardon ! Quand je donne un conseil aux jeunes époux, qui me demandent comment bien vivre leur mariage, je leur dis : "Il y a trois mots magiques : s’il te plaît, merci, excuse-moi” ». Ce sont des mots qui viennent de la pauvreté de coeur. Il ne faut pas être envahissant, mais demander la permission : "Que penses-tu de faire ceci ?", ainsi il y a un dialogue en famille, l’épouse et l’époux dialoguent. "Tu as fait cela pour moi, merci, j’en avais besoin”. Et puis on fait toujours des erreurs, on glisse : "Excuse-moi !". Et en général, les couples, les jeunes ménages, ceux qui viennent ici et ils sont nombreux, me disent : "Le troisième est le plus difficile", s’excuser, demander pardon. Parce que l’orgueilleux n’y arrive pas. Il ne peut pas s’excuser : il a toujours raison. Il n’est pas pauvre de cœur. En revanche, le Seigneur ne se lasse jamais de pardonner ; c’est nous qui nous lassons de demander pardon (cf. Angelus, 17 mars 2013). La lassitude de demander pardon : c’est une mauvaise maladie !

Pourquoi est-il difficile de demander pardon ? Parce que cela humilie notre image hypocrite. Et pourtant, vivre en cherchant à occulter nos propres carences est fatigant et angoissant. Jésus-Christ nous dit : être pauvre est une occasion de grâce : et il nous montre l’issue de cette lassitude. Nous avons reçu le droit d’être pauvres de cœur, parce que c’est là le chemin du Royaume de Dieu. »

Il ne s'agit pas de poursuivre la logique du storytelling

Message sur twitter à l’occasion de la Journée des communications sociales, le 24 janvier 2020 :

« En lisant l'Écriture, les histoires des saints, ainsi que ces textes qui ont su lire l'âme humaine et mettre en lumière sa beauté, l'Esprit Saint est libre d'écrire dans nos cœurs, en renouvelant en nous la mémoire de ce que nous sommes aux yeux de Dieu. Quand nous faisons mémoire de l'amour qui nous a créés et sauvés, quand nous mettons de l'amour dans nos récits quotidiens, quand nous tissons de miséricorde la trame de nos jours, alors nous tournons la page. Nous ne restons plus attachés aux regrets et aux tristesses, reliés à une mémoire malade qui emprisonne nos cœurs mais, en nous ouvrant aux autres, nous nous ouvrons à la vision même du Narrateur. Raconter à Dieu notre histoire n'est jamais inutile : même si la chronique des événements reste inchangée, le sens et la perspective changent. Se raconter au Seigneur, c'est entrer dans son regard d'amour compatissant envers nous et envers les autres. Nous pouvons lui raconter les histoires que nous vivons, porter les personnes, confier les situations. Nous pouvons avec lui reprendre le tissu de la vie, en recousant les ruptures et les déchirures. Combien en avons-nous besoin, tous !

Avec le regard du Narrateur –le seul qui a l’ultime point de vue–, nous nous approchons ensuite des protagonistes, nos frères et sœurs, acteurs à côté de nous de l'histoire d'aujourd'hui. Oui, parce que personne n'est un figurant sur la scène mondiale et l'histoire de chacun est ouverte à un possible changement. Même lorsque nous racontons le mal, nous pouvons apprendre à laisser de l'espace à la rédemption, nous pouvons aussi reconnaître, au milieu du mal, le dynamisme du bien et lui faire de la place.

Il ne s'agit donc pas de poursuivre la logique du storytelling, ni de faire ou de se faire de la publicité, mais de se souvenir de ce que nous sommes aux yeux de Dieu, de témoigner de ce que l'Esprit écrit dans les cœurs, de révéler à chacun que son histoire contient d’étonnantes merveilles. Pour ce faire, confions-nous à une femme qui a tissé l'humanité de Dieu dans son sein et, comme le dit l'Évangile, elle a tissé avec tout ce qui lui arrivait. La Vierge Marie a, en effet, tout conservé, méditant dans son cœur (cf. Lc 2,19). Demandons-lui de l'aide, elle qui a pu défaire les nœuds de la vie avec la douce force de l'amour. »