Le pape à Metz : « N’ayez pas peur de fonder une famille »

Le pape Léon XIV a conclu son voyage en France par un appel pressant à la paix et au pardon. Devant les responsables religieux et les institutions européennes, il a mis en garde contre la logique du réarmement et de la vengeance. Dernière mise à jour : lundi, 19h30.

Cathédrale de Metz

Pape Léon à Paris

Pape Léon à Lourdes


Sommaire: 

- Messe à la cathédrale Saint Etienne

- Rencontre « Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité »

- Rencontre interreligieuse


Lundi 28 : Messe à la cathédrale Saint Etienne (Metz) : le pardon dans la « Lanterne du Bon Dieu »

Le voyage du pape en France s’est achevé ce lundi après-midi par la célébration d’une Messe à la cathédrale Saint-Étienne de Metz, cet édifice emblématique surnommé la « Lanterne du Bon Dieu » en raison de ses plus de 6 500 mètres carrés de vitraux, parmi lesquels se distinguent ceux conçus par le peintre juif Marc Chagall. Il s’agissait de la dernière apparition publique de Léon XIV sur le sol français.

Dans une région historiquement marquée par les cicatrices frontalières entre la France et l’Allemagne, le Souverain Pontife a axé son homélie sur le pouvoir du pardon. En méditant sur le passage évangélique invitant à tendre l’autre joue, il a reconnu que cette attitude est souvent interprétée comme une faiblesse, et a invité chacun à se poser une question intérieure : « Que produisent, dans le monde et en nous-mêmes, des attitudes telles que la vengeance, les représailles et le rejet ? ».

« Il n’est pas vrai que celui qui se venge soit plus fort que celui qui pardonne »

Sa réponse faisait directement appel à la mémoire de la ville elle-même : « Il n’est pas vrai que celui qui se venge soit plus fort que celui qui pardonne. Il n’est pas vrai que celui qui ne cède pas soit plus fort que celui qui cherche la réconciliation. Il n’est pas vrai que celui qui part en claquant la porte soit plus fort que celui qui fait l’effort de marcher ensemble. »

S’appuyant sur le prophète Isaïe, Léon XIV a comparé la paix à une maison : un don de Dieu qui exige également le travail de tous, et qui ne se maintient que grâce à une charité capable de pardonner « sans calcul ni limite, comme dans une famille ».

la véritable coexistence naît de  « l'harmonie des différences, où la blessure du passé se transforme en une fissure qui laisse filtrer la lumière »

Pour conclure, le Pape s'est tourné vers la lumière même de la cathédrale pour contempler l'avenir de l'Europe. Il a rappelé que la véritable concorde ne naît pas de l'uniformité, mais de « l'harmonie des différences, où la blessure du passé se transforme en une fissure qui laisse filtrer la lumière ».

Lisez l'homélie complète ici.


Lundi 28 : Rencontre : "Aux racines de l'Europe, pour la paix et l'unité"

Avant la célébration de la messe, le Centre des congrès Robert Schuman a accueilli le dernier grand discours de cette visite apostolique. Dans cette salle, aux côtés du président Emmanuel Macron et du cardinal Jean-Marc Aveline, se sont réunis les évêques français, des représentants de diverses conférences épiscopales et de hautes autorités des institutions européennes. S’inspirant de la déclaration historique de Schuman de 1950, le pape Léon XIV a passé en revue les fondements du continent pour les confronter à sa réalité actuelle.

Soulignant la détérioration du contexte géopolitique, il a averti que « Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie ». Il a également mis en garde contre « la fausse illusion du réarmement » et a posé une question dérangeante aux dirigeants présents : s’agit-il réellement de promouvoir des « efforts créatifs » en faveur de la paix, ou cherche-t-on simplement à « "endiguer l’hémorragie de la guerre" et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir ? »

« Accueillir une personne, c’est l’intégrer comme au sein de sa propre famille »

Abordant le phénomène migratoire, il a souligné que la réponse ne peut se réduire à une simple gestion administrative : « Accueillir une personne, c’est l’intégrer comme au sein de sa propre famille, en lui offrant non seulement la possibilité de déployer ses talents et ses capacités, mais aussi celle de s’imprégner de l’esprit de la maison qui l’accueille ».

De même, face à la précipitation contemporaine et à l’obsession de « tout avoir, tout de suite », Léon XIV a réaffirmé la valeur de la patience et du temps : la véritable solidarité ne s’improvise pas, elle se construit à petits pas pour garantir que personne ne soit « abandonné ou oublié ».

N’ayez pas peur de fonder une famille, d’avoir des enfants, ni de défendre la dignité humaine, depuis le premier instant dans le sein maternel jusqu’à leur dernier souffle.

En conclusion, le Pape a lancé un appel passionné aux nouvelles générations : « Aimez la vie à chaque instant et n’ayez pas peur de l’avenir ! N’ayez pas peur de fonder une famille, d’avoir des enfants, ni de défendre la dignité humaine, depuis le premier instant dans le sein maternel jusqu’à leur dernier souffle. N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien commun, y compris à travers l’engagement politique »

Lisez le discours complet ici.


Lundi 28 : Rencontre interreligieuse

Lundi, dernier jour du voyage, le pape est arrivé à Metz, près des frontières avec l’Allemagne et le Luxembourg. La ville a changé plusieurs fois de pays et a souffert trois guerres en moins d’un siècle ; c’est là qu’a également vécu Robert Schuman, l’un des pères de l’Union européenne. Au centre des congrès qui porte son nom, Léon XIV a rencontré des représentants de différentes traditions religieuses.

Le pape a rappelé que Schuman avait « su transformer les anciennes lignes de fracture en ponts d’espérance pour toute l’Europe », et a souligné que les croyants ont aujourd’hui une tâche similaire : montrer qu’au-delà des frontières, il est toujours possible de se retrouver et de construire la paix. Il a plaidé en faveur d’un dialogue sans complexe : « Dialoguer ne diminue pas notre identité, mais l’exprime avec simplicité et vérité ».

le discours religieux doit contribuer à « désarmer les cœurs et les paroles »

Il a mis en garde contre l’utilisation de la religion pour justifier la violence. Invoquer le nom de Dieu pour légitimer l’oppression, a-t-il affirmé, « est une profanation de ce nom », et le discours religieux doit contribuer à « désarmer les cœurs et les paroles ».

Il a également appelé les religions à se montrer gardiennes de la vie, en particulier aux côtés des plus fragiles, car « la grandeur d’une civilisation ne se mesure pas à ses succès matériels, mais à la manière dont elle accueille, protège et élève la personne humaine ».

Lisez le discours complet ici.