Au milieu du parcours pascal, dans la journée des vocations, l’Église se tourne vers le Christ Pasteur, qui appelle ses brebis au salut.
L’histoire du salut dénombre plusieurs bergers, parmi les patriarches, les rois et les prophètes. Le Messie, fils d’Abraham et de David, pasteurs éminents, est annoncé à la fois comme agneau du sacrifice et comme guide de son peuple. Jean Baptiste proclame l’arrivée de l’Agneau de Dieu, qui effacera les péchés du monde ; après sa glorification, « l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie » (Apocalypse 7, 17).
Pilate, après avoir accordé la condamnation de Jésus, chercha à humilier les Juifs, en affichant sur la croix un titre sarcastique : voici « le roi des Juifs » (Marc 15, 26). Prophète malgré lui, comme jadis Caïphe, son arrêt intronisa le Chef de « l’Israël de Dieu » (Galates 6, 16) : une multitude de toute langue, peuple et nation (Apocalypse 7, 9). Sur la Croix, le Pasteur appelle les siens à ne pas le laisser seul.

Jésus s’attache au bois de la Croix, comme dans le tableau du Gréco (1580, au Metropolitan Museum, New York). « Vois comme il embrasse avec amour la Croix. — Apprends de lui. — Jésus porte la Croix pour toi : toi, porte-la pour Jésus » (Saint Josémaria, Saint Rosaire, 2, 4). Elle devient « le trône de son pouvoir miséricordieux » (Saint Léon I, Sermon 53 §1). Le Juste condamné a dépouillé les puissances de Satan, « les traînant dans son cortège triomphal » (Colossiens 2, 15). Dans le mystère pascal, l’arbre de la croix devient, « trophée du vainqueur » (saint Ambroise, Traité sur Luc, 23).
« La seigneurie du Christ ne se vérifie que dans le partage de son abaissement, de sa Croix » (Benoît XVI, Homélie 21/11/2010). Abraham avait sacrifié un bélier sur la montagne ; Moïse avait immolé l’agneau de la pâque ; Isaïe comparaît le Messie à la brebis obéissante. Enfin, au Calvaire, « l’Agneau est élevé pour le sacrifice » (Venance Fortunat, hymne Crux fidelis). Il a droit à notre générosité.
L’Agneau accepte l’holocauste dans l’amour filial ; son sacrifice monte « en odeur de suavité » (Genèse 8, 21) pour effacer les péchés de ses frères et leur accorder la grâce et la gloire. Par la résurrection, il sera institué « grand pasteur des brebis » (Hébreux 13, 20), celles qui chantent « le cantique de l’Agneau, Roi des nations » (Apocalypse 15, 3). Le bon Pasteur préside l’alliance éternelle.
Le Christ Roi nous invite à partager, à la fois, le dépouillement de « l’Agneau sans tache » (1 Pierre 1, 19) et « la gloire immarcescible du Prince des pasteurs » (1 Pierre 5, 4). « Notre mission de chrétiens est de proclamer cette Royauté du Christ, par nos paroles et par nos œuvres » (saint Josémaria, Quand le Christ passe §105).
La charité envers les plus pauvres est le signe distinctif du chrétien ; sa condition de croissance, le refus de la domination irresponsable et le détachement des excès du consumérisme (Pape François, encyclique Loué sois-tu §224), Le fidèle est appelé à renouveler le monde et la création entière, vers un destin de plénitude.
Dans un portrait éloquent, le peintre gréco-espagnol offre "Le dépouillement du Christ au Calvaire" (cathédrale Sainte-Marie, Tolède, 1579) ; la composition est centrée sur sa majesté paisible : le Rédempteur, la main sur le cœur, les yeux vers le ciel, est conscient de la portée de son sacrifice. Près de lui, Notre Dame est déjà transpercée par la vue de la croix.

