Fioretti octobre 2020

Un extrait de l'encyclique Fratelli tutti et quelques appels du Pape François à la responsabilité et à la sincérité

Fioretti du pape François
Opus Dei - Fioretti octobre 2020

Dans la communication numérique chaque personne devient l’objet de regards qui fouinent, déshabillent et divulguent de manière anonyme

Encyclique Fratelli tutti, n° 42, 43 :

« Paradoxalement, alors que s’accroissent des attitudes de repli sur soi et d’intolérance qui nous amènent à nous fermer aux autres, les distances se raccourcissent ou disparaissent au point que le droit à la vie privée n’existe plus. Tout devient une sorte de spectacle qui peut être espionné, surveillé et la vie est soumise à un contrôle constant. Dans la communication numérique, on veut tout montrer et chaque personne devient l’objet de regards qui fouinent, déshabillent et divulguent, souvent de manière anonyme. Le respect de l’autre a volé en éclats, et ainsi, en même temps que je le déplace, l’ignore et le tiens à distance, je peux sans aucune pudeur envahir sa vie de bout en bout.

D’autre part, les manifestations de haine et de destruction dans le monde virtuel ne constituent pas – comme certains prétendent le faire croire – une forme louable d’entraide, mais de vraies associations contre un ennemi. Par ailleurs, ”les médias numériques peuvent exposer au risque de dépendance, d’isolement et de perte progressive de contact avec la réalité concrète, entravant ainsi le développement d’authentiques relations interpersonnelles’’ (Exhort. ap. post-syn. Christus vivit , 25 mars 2019, n. 88). Des gestes physiques, des expressions du visage, des silences, le langage corporel, voire du parfum, le tremblement des mains, le rougissement, la transpiration sont nécessaires, car tout cela parle et fait partie de la communication humaine. Les relations virtuelles, qui dispensent de l’effort de cultiver une amitié, une réciprocité stable ou même un consensus se renforçant à la faveur du temps, ne sont sociales qu’en apparence. Elles ne construisent pas vraiment un ”nous’, mais d’ordinaire dissimulent et amplifient le même individualisme qui se manifeste dans la xénophobie et le mépris des faibles. La connexion numérique ne suffit pas pour construire des ponts, elle ne suffit pas pour unir l’humanité. »

Nous ne pouvons pas continuer à presser la terre comme une orange

Message vidéo du 10 octobre 2020, aux participants de «Countdown» («Compte à rebours») :

« Nous avons quelques années, –les scientifiques calculent environ moins de trente– pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Cette transition doit non seulement être rapide et capable de répondre aux besoins énergétiques présents et futurs, mais doit aussi être attentive aux impacts sur les pauvres, les populations locales et sur ceux qui travaillent dans les secteurs de la production d’énergie.

Une façon d’encourager ce changement est de conduire les entreprises vers l’urgence de s’engager dans le soin intégral de la maison commune, en excluant des investissementsqui ne répondent pas aux paramètres de l’écologie intégrale, et en récompensant celles qui font un effort concret dans cette phase de transition pour placer des paramètres tels que la durabilité, la justice sociale et la promotion du bien commun au centre de leurs activités. […] En fait, la terre doit être travaillée et soignée, cultivée et protégée; nous ne pouvons pas continuer à la presser comme une orange. Et nous pouvons dire que cela, prendre soin de la terre, c’est un droit de l’homme. […] L’écologie intégrale suggère une nouvelle conception de la relation entre nous et la nature. Cela conduit à une nouvelle économie, dans laquelle la production de richesse est orientée vers le bien-être intégral de l’être humain et vers l’amélioration – et non la destruction – de notre maison commune.»

Combien de chrétiens zélés, qui agissent face à des personnes qui ont des responsabilités de direction ont le courage d’Élie, pour dire : Cela ne va pas ! Cela est un assassinat ! ?

Audience générale du 7 octobre 2020 :

« Élie est l’homme de la vie contemplative et, dans le même temps, de la vie active, préoccupé par les événements de son temps, capable de se dresser contre le roi et la reine, après qu’ils ont fait tué Nabot pour s’emparer de sa vigne (cf. 1 R 21, 1-24). Combien avons-nous besoin de croyants, de chrétiens zélés, qui agissent face à des personnes qui ont des responsabilités de direction avec le courage d’Elie, pour dire : ”Cela ne va pas ! Cela est un assassinat !”. Nous avons besoin de l’esprit d’Élie. Il nous montre qu’il ne doit pas y avoir de séparation dans la vie de celui qui prie : on se tient devant le Seigneur et l’on va à la rencontre de ses frères auxquels Il nous envoie. La prière ce n’est pas se renfermer avec le Seigneur pour se maquiller l’âme : non, cela n’est pas la prière, c’est une fausse prière. La prière est une confrontation avec Dieu et se laisser envoyer pour servir nos frères. Le banc d’essai de la prière est l’amour concret pour le prochain. Inversement, les croyants agissent dans le monde après s’être tus et avoir prié ; autrement, leur action est impulsive, elle est privée de discernement, c’est une course effrénée sans but. Les croyants se comportent ainsi, ils commettent de nombreuses injustices, parce qu’ils ne se sont pas présentés devant le Seigneur pour prier, pour discerner ce qu’ils doivent faire. »

Il n’est pas nécessaire de se maquiller l’âme pour prier

Audience générale du 15 octobre 2020 :

« Les psaumes ne sont pas des textes composés sur une table ; ce sont des invocations, souvent dramatiques, qui jaillissent du vif de l’existence. Pour les prier, il suffit d’être ce que nous sommes. Il ne faut pas oublier que, pour bien prier, nous devons prier tels que nous sommes, sans maquillage. Il n’est pas nécessaire de se maquiller l’âme pour prier. “Seigneur, je suis comme cela”, et nous présenter au Seigneur tels que nous sommes, avec ce qui est beau et aussi ce qui n’est pas beau, que personne ne connaît mais que nous connaissons au fond de nous-mêmes. Dans les psaumes, nous entendons la voix de priants en chair et en os, dont la vie, comme celle de tout le monde, est semée de problèmes, de fatigues, d’incertitudes. Le psalmiste ne conteste pas radicalement cette souffrance : il sait qu’elle fait partie de la vie. Mais dans les psaumes, la souffrance se transforme en question. De la souffrance à l’interrogation.

Et parmi toutes ces questions, il y en a une qui reste en suspens, comme un cri incessant qui traverse tout le livre de part en part. Une question que nous répétons très souvent : “Jusqu’à quand, Seigneur ? Jusqu’à quand ?”. Toute douleur réclame une libération, toute larme invoque une consolation, toute blessure attend une guérison, toute calomnie une sentence d’absolution. ”Jusqu’à quand Seigneur, devrai-je supporter cela ? Écoute-moi, Seigneur !” : combien de fois nous avons prié ainsi, avec ce ”jusqu’à quand ? Cela suffit, Seigneur !”

Posant continuellement ce genre de questions, les psaumes nous apprennent à ne pas nous habituer à la souffrance et ils nous rappellent que la vie n’est pas sauvée si elle n’est pas guérie. L’existence de l’homme est un souffle, son histoire est fugace, mais le priant sait qu’il est précieux aux yeux de Dieu, c’est pourquoi crier a un sens. Et c’est important. Quand nous prions, nous le faisons parce que nous savons que nous sommes précieux aux yeux de Dieu. C’est la grâce de l’Esprit Saint qui éveille au fond de nous cette conscience : celle d’être précieux aux yeux de Dieu. Et c’est pour cela que nous sommes poussés à prier. »

Le pire service que l’on puisse rendre à Dieu et également à l’homme, est de prier avec lassitude

Audience générale du 21 octobre 2020 :

« Quand on prie, chaque chose acquiert de l’“épaisseur”, […] du poids, comme si Dieu la prenait par la main et la transformait. Le pire service que l’on puisse rendre à Dieu et également à l’homme, est de prier avec lassitude, de manière routinière. Prier comme des perroquets. Non, on prie avec le cœur. La prière est le centre de la vie. S’il y a la prière, notre frère, notre sœur, également notre ennemi, deviennent eux aussi importants. Un antique dicton des premiers moines chrétiens dit ainsi: “Bienheureux le moine qui, après Dieu, considère tous les hommes comme Dieu” (Evagre le Pontique, Traité sur la prière, n. 123). Celui qui adore Dieu aime ses enfants. Celui qui respecte Dieu, respecte les êtres humains.

C’est pourquoi la prière n’est pas un calmant pour atténuer l’anxiété de la vie; de toutes façons, une prière de ce genre n’est sûrement pas chrétienne. La prière responsabilise plutôt chacun de nous. Nous le voyons clairement dans le ”Notre Père”, que Jésus a enseigné à ses disciples. […]

La prière peut commencer dans la pénombre d’une nef, mais ensuite elle termine sa course dans les rues de la ville. Et vice versa, elle peut germer pendant les occupations quotidiennes et arriver à son accomplissement dans la liturgie. Les portes des églises ne sont pas des barrières, mais des «membranes» perméables, disponibles à recueillir le cri de tous.

[…] L’Ecriture Sainte est catégorique: ”Quant à nous, aimons, puisque Lui nous a aimés le premier. Mais Lui va toujours avant nous. Il nous attend toujours, parce qu’Il nous aime le premier, Il nous regarde le premier, Il nous comprend le premier. Il nous attend toujours. Si quelqu’un dit: ‘J’aime Dieu’ et qu’il déteste son frère, c’est un menteur: celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas. Si tu pries de nombreux chapelets chaque jour, mais qu’ensuite tu fais des commérages sur les autres et que tu as de la rancœur en toi, tu as de la haine contre les autres, c’est de l’artifice pur, ce n’est pas la vérité. Oui, voilà le commandement que nous avons reçu de Lui: que celui qui aime Dieu aime aussi son frère” (1 Jn 4, 19-21).

L’Ecriture admet le cas d’une personne qui, bien que cherchant sincèrement Dieu, ne réussit jamais à le rencontrer; mais elle affirme également que l’on ne peut jamais nier les larmes des pauvres, sous peine de ne pas rencontrer Dieu. Dieu ne supporte pas l’ ”athéisme” de celui qui nie l’image divine qui est imprimée dans chaque être humain. Cet athéisme de tous les jours : je crois en Dieu, mais avec les autres je garde la distance et je me permets de haïr les autres. C’est de l’athéisme pratique. Ne pas reconnaître la personne humaine comme image de Dieu est un sacrilège, c’est une abomination, c’est la pire offense que l’on peut faire au temple et à l’autel. »

Europe, ne t’arrête pas à regarder ton passé comme un album de souvenirs

Lettre aux catholiques, 28 octobre 2020 :

« A l’Europe je voudrais donc dire: toi, qui as été au cours des siècles un foyer d’idéaux et qui sembles maintenant perdre ton élan, ne t’arrête pas à regarder ton passé comme un album de souvenirs. Avec le temps, même les mémoires les plus belles s’estompent et on finit par ne plus s’en rappeler. Tôt ou tard on s’aperçoit que les contours de leurs visage se fanent, on s’y retrouve épuisé et fatigué de vivre le temps présent et on regarde l’avenir avec peu d’espérance. Sans un élan idéal, on s’y redécouvre ensuite fragile et divisé et plus enclin à donner libre cours à la plainte et à se laisser attirer par celui qui fait de la plainte et de la division un style de vie personnel, social et politique.

Europe, retrouve-toi toi-même! Retrouve donc tes idéaux qui ont des racines profondes. Sois toi-même! N’aie pas peur de ton histoire millénaire qui est une fenêtre sur l’avenir plus que sur le passé. N’aie pas peur de ton besoin de vérité qui de la Grèce antique a étreint la terre, en mettant en lumière les interrogations les plus profondes de tout être humain; de ton besoin de justice qui s’est développé par le droit romain et, avec le temps, est devenu respect pour tout être humain et pour ses droits; de ton besoin d’éternité, enrichi par la rencontre avec la tradition judéo-chrétienne, qui se reflète dans ton patrimoine de foi, d’art et de culture. »