3ème Dimanche de Pâques - Commentaire d’Évangile: Tu sais que je t’aime

Évangile du 3ème Dimanche de Pâques (Cycle C) et son commentaire

Opus Dei - 3ème Dimanche de Pâques - Commentaire d’Évangile: Tu sais que je t’aime La pêche miraculeuse - Raphaël (1515)

Évangile (Jn 21,1-19)

Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment.

Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples.

Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. »

Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.

Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.

Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. »

Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons.

Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau.

Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres.

Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain.

Jésus leur dit :« Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.

Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : " Qui es-tu ? " Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson.

Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? »

Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »

Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »

Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? »

Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »

Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »

Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait :« M’aimes-tu ? »

Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »

Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »

Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »


Commentaire

Cette scène évoque la pêche miraculeuse précédente où Jésus avait dit à Pierre qu’il allait devenir pêcheur d’hommes (Lc 5,1-11).

Ce nouveau récit (21,1-14) préfigure la multitude de peuples que l’apostolat de l’Église allait gagner au Christ et c’est à ce niveau ecclésiologique que s’insère le passage du récit de la remise à Saint-Pierre du primat de l’Église. (21,15-19).

Après la résurrection de Jésus, les Apôtres, à sa demande, partent en Galilée (cf. Mt 28,10), et Pierre y reprend son travail professionnel.

"Pêcheur avant de devenir apôtre. Puis, apôtre et de nouveau pêcheur. Qu’est-ce qui change alors ? Ce qui change c’est que l’âme - où est entré le Christ, comme il est monté dans la barque de Pierre -, a des horizons plus vastes, une plus grande ambition de service "[1]

Alors qu’ils s’échinent en mer sans aucun résultat, quelqu’un qu’ils ne reconnaissent pas de prime abord, leur dit, depuis le rivage, de jeter leurs filets à droite.

Ils s’exécutent et sont ahuris d’avoir pris une telle quantité de poissons et de si bonne qualité.

Le premier à percevoir que c’est le Seigneur c’est “le disciple que Jésus aimait” (21,7). Et saint Grégoire de Nysse de commenter que c’est parce que “Dieu se laisse contempler par ceux qui ont le cœur pur ”[2].

Ce fut une pêche abondante: “cent cinquante trois gros poissons ” (21,11). Et Saint Jérôme commente « les experts grecs en zoologie avaient recensé 153 espèces en cette mer-là et qu’en nous livrant ce chiffre Jean faisait sans doute symboliquement allusion à la totalité et à la diversité de la pêche des disciples en anticipant ainsi les résultats de la mission chrétienne qui devait atteindre tout type de personnes. »[3]

Lorsqu’ils descendent de la barque, Jésus se trouve là, et, près de Lui, “ ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain.” (21,9). A part cet épisode, la seule fois où Jean parle de braises dans son évangile c’est chez Caïphe : là où, près d’elles, Pierre renia le Seigneur (Jn 18,18). Aussi, il se peut que lorsque Jésus, tout de suite après, va lui demander s’il l’aime, les braises vont rappeler à Pierre ses infidélités avec l’assurance de constater que, tout en connaissant sa faiblesse, Jésus va de nouveau lui faire confiance.

C’est en offrant à Pierre trois nouvelles occasions de lui dire “tu sais que je t’aime” (21,15.16.17) que Jésus soigne les blessures de ses trois reniements durant la Passion.

Cette scène modifie brusquement le symbole de la première puisque Jésus ne parle plus de poissons mais des brebis dont il doit prendre soin. Le profil du portrait de Pierre est ainsi complété : en plus d’être un apôtre missionnaire (un pêcheur), Pierre est appelé à être le modèle responsable de la mission pastorale (cf. 1 P 5,1-4; Ac 20,28). Jésus est le seul pasteur et la tâche de Pierre est en continuité avec celle du Christ: le pâturage de Pierre tient à son amour de Jésus. Le troupeau appartient à Jésus, non à Pierre, aussi le Christ lui dit-il “sois le berger de mes agneaux ” (21,15), “sois le berger de mes brebis” (21,16), “sois le pasteur de mes brebis”(21,17), et Pierre accepte de donner sa vie pour elles.

Lorsque Jésus lui dit “ Quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller ” (21,18), il fait allusion au martyre de Saint Pierre qui allait lui aussi mourir sur la croix, comme son Maître.


[1] S. Josémaria, Amis de Dieu, n. 264-265

[2] S. Grégoire de Nysse, De beatitudinibus 6

[3] S. Jérôme, Commentaire à Ez 47,6-12 (PL 25,474C).