Le Cœur et la caresse

La solennité du Sacré-Cœur met en évidence que la Trinité est résolue à nous rapprocher d’elle par la grâce. À la lecture de ce commentaire, et en admirant les enluminures de Bible de saint Louis, nous pouvons oser reposer notre tête sur la poitrine déchirée du Christ, comme saint Jean et sainte Marguerite Marie l'ont fait.

« Blessé de charité, ton Cœur voulut / se laisser transpercer aux yeux de tous, / pour nous permettre de vénérer / les blessures invisibles de ton amour » (Liturgie des Heures, solennité du Sacré-Cœur de Jésus, hymne).

Le Cœur grand ouvert est une épiphanie de la miséricorde.

L’Église brode l’intuition des mystiques : « La blessure visible dévoile la blessure invisible d’amour » (Saint Bonaventure, La Vigne mystique 3, 10). Le Cœur grand ouvert est une épiphanie de la miséricorde.

Dès son premier battement dans le sein maternel de la Vierge Marie, l’Âme sainte du Sauveur a vibré avec la mission reçue : donner la vie dans l’abnégation et la reprendre dans la gloire immortelle. « Tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Jean 10, 18). Le Cœur humain du Fils prononce l’Amen à l’Amour.

La flamme de la charité fut le moteur de son parcours. « L’amour, par lequel Dieu le Père livre son Fils, incite le Fils à avancer sereinement vers le Golgotha » (Saint Josémaria, Quand le Christ passe §162). Enfin, un soldat déchira le voile qui ouvre le « Saint des Saints » céleste : « l’accès confiant au Père », dans le même Esprit qui a animé l’offrande pure du Fils obéissant (Ephésiens 3, 12 ; 2, 18).

Dans l’une des paraboles de la miséricorde, le retour du fils prodigue est fêté par l’immolation d’une tête de bétail (Luc 15, 23), riche en nourriture. La Bible de Saint Louis fait le lien avec le sacrifice de la rédemption universelle : « Le Père des cieux livre son Fils à la mort pour le rachat du genre humain » (t. 3, f. 36 : © Moleiro, 2002).

Une caresse divine est une bénédiction irréversible, qui se prolonge en faveur des bénéficiaires de la Passion.

Dans un luxe de délicatesse, l’enluminure parisienne montre Dieu le Père, tout proche du Transpercé, en train de caresser son corps. Le Père compatit, assiste, remercie. Une caresse divine est une bénédiction irréversible, qui se prolonge en faveur des bénéficiaires de la Passion.

« À notre récidive dans le mal, Jésus répond par son obstination à nous racheter, par l’abondance de son pardon » (saint Josémaria)

Jésus a été transpercé à notre place. La blessure, qu’il a fait toucher après Pâques, devient garantie de salut, refuge dans la lutte, source intarissable, exemple intégral. La solennité du Sacré-Cœur met en évidence que la Trinité est résolue à nous rapprocher d’elle par la grâce. « À notre récidive dans le mal, Jésus répond par son obstination à nous racheter, par l’abondance de son pardon » (Saint Josémaria, Chemin de Croix, §7). Le Cœur de Jésus, transpercé à notre place, sait aimer jusqu’au bout.

La tendresse divine est irrésistible. Sainte Marguerite-Marie, dans la première manifestation du Sacré-Cœur (1673), fut invitée à reposer la tête sur la poitrine déchirée, à l’instar de l’évangéliste (Jean 13, 23). Nous osons le faire aussi.

« Tu as blessé mon cœur, ma bien-aimée, avec un seul de tes regards » (Cantique 4, 9). En regard de ce verset, le commentateur médiéval glose : « Le Christ dit à l’Église : parce que tu as mis ton espérance en moi pour être rachetée, que tu m’as révéré avec une crainte filiale et non pas pour éviter un châtiment, et que tu t’es dévouée à mon amour, tu as blessé mon cœur et tu as fait que je m’incarne pour ton salut » (Bible de Saint Louis, t. 2, f. 79).

« Courage sœur, courage frère, le Seigneur ton Dieu est plus grand que tes maux, il te prend par la main et te caresse » (Pape François)

Ce sacrifice généreux rassure et stimule ; guide notre mission chrétienne et garantit les fruits de nos efforts. « Courage sœur, courage frère, le Seigneur ton Dieu est plus grand que tes maux, il te prend par la main et te caresse » (pape François,Homélie au personnel de santé, 2021).

Abbé Fernandez