19 mars : mieux connaître saint Joseph

A l’approche de la fête de la Saint Joseph, apprenons à mieux connaître cet homme juste à qui Dieu confia la Saint Famille, à travers un extrait du dernier livre de Mgr Le Tourneau, Tout savoir sur Saint Joseph.

Opus Dei - 19 mars : mieux connaître saint Joseph

La sainteté de saint Joseph

La Vierge Marie mise à part, la sainteté de Joseph dépasse celle des autres saints en raison de ses relations très étroites avec le Messie. Les prophètes ont annoncé le Messie, mais ne l’ont ni vu ni entendu. Les apôtres et les autres saints servent l’Église, Corps mystique du Christ. Les martyrs témoignent de la venue du Sauveur. Mais Joseph, comme Marie, est ordonné directement au service de la Personne du Christ. La sainteté de Joseph n’est pas affirmée clairement avant le XVe siècle parce que le mariage de Marie et de Joseph est considéré comme exceptionnel, difficile à proposer comme modèle. De plus, Joseph étant mort avant Jésus, cela pose aussi un problème qu’un théologien comme Eiximenis expliquera à partir de la proximité de Joseph avec Jésus et Marie.

La sainteté suréminente de Joseph s’explique, en premier lieu, par la surabondance de grâces et de perfection mise par Dieu dans son âme.

La sainteté suréminente de Joseph s’explique, en premier lieu, par la surabondance de grâces et de perfection mise par Dieu dans son âme. « La grâce sanctifiante, nous destinant à l’union surnaturelle avec Dieu, est d’autant plus abondante en une âme que cette âme doit être plus intimement unie à Dieu dans l’ordre surnaturel. Or Joseph, tant à l’égard du Verbe incarné qu’à l’égard de la Mère de Dieu, a reçu une mission très particulière, qu’aucun autre homme n’a reçue » (A. Michel). Chez Ubertin de Casale, la sainteté de Joseph provient des grâces que Dieu lui a accordées en fonction de sa mission, tandis qu’Olivi y voit un rejaillissement de la proximité d’avec Jésus et Marie.

« Joseph fut l’époux de Marie ; il fut réputé le père de Jésus-Christ. De là ont découlé sa dignité, sa faveur, sa sainteté, sa gloire. Certes, la dignité de la Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il n’ait approché plus que personne de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées » (Léon XIII, enc. Quamquam pluries). La sainteté suréminente de Joseph l’emporte sur la sainteté de tout autre saint. Et d’abord par rapport à saint Jean-Baptiste (cf. chap. II). Ici une difficulté provient de Matthieu 11, 11 affirmant que Jean est « le plus grand de ceux qui sont nés d’une femme », ce qui donne à penser qu’il est effectivement le plus grand des saints. Mais Jésus parlait de Jean en tant que le plus grand saint de l’Ancienne Alliance, dont il est le dernier prophète.

Certes, saint Thomas d’Aquin écrit, à leur sujet, « que les apôtres ont reçu une grâce plus abondante que tous les autres saints, après le Christ et la Vierge Mère », en raison de leur fonction (Epist. ad Romanos 8, 5). Toutefois, la mission de saint Joseph, « étant d’un ordre plus relevé que celle des apôtres, exigeait, en vertu du principe de saint Thomas, une plus grande abondance de grâces. “Certains offices, écrit Suarez, relèvent de l’ordre même de la grâce sanctifiante, et, dans ce genre, les apôtres tiennent le degré le plus élevé : aussi ont-ils eu besoin de plus de secours gratuits que les autres, surtout en ce qui concerne les dons gratuitement donnés et la sagesse. mais il y a d’autres offices qui confinent à l’ordre de l’union hypostatique, en soi plus parfait, ainsi qu’on le voit clairement de la maternité divine en la bienheureuse Vierge Marie, et c’est à cet ordre d’offices qu’appartient le ministère de saint Joseph.” Sans vouloir tirer de conclusion absolue, le grand théologien “estime qu’il n’est ni téméraire, ni impie, mais au contraire que c’est opinion pieuse et vraisemblable de considérer saint Joseph comme le premier des saints en grâce et en béatitude (In Sum. S. Thomæ III, q. 29, d. 8, s. 1)” » (A. Michel).

Dans la dévotion de saint Joseph, Pierre de Sainte-Marie assure que « saint Joseph a été un Saint universel, un Saint qui embrasse toute sorte de Sainteté, de quel ordre et condition qu’elle puisse être ; et que depuis le Sceptre jusqu’à la houlette, depuis les Cèdres jusqu’à l’hysope, il n’y a personne […] qui ne se puisse se retirer sous son ombre ».

Le chancelier de l’Université de Paris, Gerson, dans un sermon prêché devant les pères du concile de Constance, a soutenu que saint Joseph a été sanctifié dans le sein de sa mère. Il est suivi en cela par plusieurs théologiens, tels Cornelius a Lapide, saint Alphonse-Marie de Liguori, saint François de Sales, etc. C’est aussi le cas de Dom Maréchaux, pour qui Joseph a été « sanctifié dès le sein de sa mère, par une grâce exceptionnellement prévenante, comme l’a été Jean-Baptiste. Il est légitime de penser que cette latente infusion de lumière et de grâce rentre dans l’harmonie des hautes dignités auxquelles Dieu le prédestinait » (Élévations sur saint Joseph). Dom Démaret compte au nombre des prévenances divines en faveur de saint Joseph sa sanctification dans le sein de sa mère. Cependant l’Écriture ne mentionne ce privilège de la sanctification avant la naissance que pour saint Jean-Baptiste et le prophète Jérémie.

La sainteté de saint Joseph découle, entre autres, de son contact quotidien avec Jésus et Marie.

La sainteté de saint Joseph découle, entre autres, de son contact quotidien avec Jésus et Marie. Avec son épouse d’abord : « Si le Saint-Esprit appela Joseph un homme juste, lorsqu’il fut choisi pour Époux de Marie, considérons quelle abondance d’amour divin et de toutes vertus notre saint dut retirer des entretiens et de la compagnie continuelle de sa sainte Épouse, en qui il voyait un parfait modèle de toutes les vertus. Si un seul mot de Marie suffit pour sanctifier Jean-Baptiste et remplir Élisabeth du Saint-Esprit, à quelle haute sainteté ne devons-nous pas penser que parvint la belle âme de Joseph par les rapports familiers qu’il eut avec Marie, pendant l’espace au moins de vingt-cinq ans, selon la tradition ! » (st Al.-M. de Liguori).

Joseph se sanctifie aussi grâce à la présence de Jésus à ses côtés : « Combien la sainteté de Joseph a dû s’accroître par les rapports familiers qu’il eut avec Jésus-Christ, pendant tant d’années qu’ils vécurent ensemble ! Les deux disciples qui allaient à Emmaüs, se sentirent embrasés de l’amour divin, pour le peu de moments qu’ils accompagnèrent le Sauveur et l’entendirent parler, ainsi qu’ils se le dirent ensuite : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, lorsqu’il nous parlait en chemin ? » (Luc 24, 32). Que devons-nous donc penser des flammes de sainte charité qui se développèrent dans le cœur de Joseph, pendant les trente années qu’il passa dans la compagnie du Fils de Dieu, écoutant les paroles de vie éternelle qui sortaient de sa bouche, et observant les parfaits exemples d’humilité, de patience, et d’obéissance, qu’il donnait en se montrant si prompt à l’aider dans ses travaux et à le servir en tout dans la maison ? Quel incendie d’amour divin tous ces traits de feu ne devaient-ils pas exciter dans le cœur de Joseph, ce cœur si pur de toute affection terrestre ! » (st Al.-M. de Liguori, Sermon pour la fête de saint Joseph 2).

Pour saint Jean Eudes, montrant l’union étroite entre les cœurs de Jésus, Marie et Joseph, « après Dieu, saint Joseph est le premier amour de sa sainte épouse, et il a la première place dans son cœur, car Marie étant toute à Joseph, comme l’épouse est à son époux, le cœur de Marie était à Joseph. Non seulement il était à lui, mais s’il s’est dit des premiers chrétiens qu’ils n’avaient qu’un cœur et qu’une âme [cf. Actes 1, 14], combien davantage peut-on dire de la bienheureuse Vierge et de son saint époux qu’ils n’avaient qu’une âme et qu’un cœur par un lien sacré d’amour et de charité. Il est donc constant que Joseph n’a qu’un cœur avec Marie, en suite de quoi nous pouvons dire que Marie n’ayant qu’un cœur avec Jésus, Joseph, par conséquent, n’a qu’un cœur avec Jésus et Marie. De sorte que, comme dans la Trinité adorable du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il y a trois personnes qui n’ont qu’un cœur, ainsi dans la trinité de Jésus, Marie et Joseph, il y a trois cœurs qui ne sont qu’un cœur ».

Cette sainteté n’a pu que croître au fil du temps. Exempt de tout péché actuel sa vie durant ; destiné comme il l’était à la haute mission de gardien de la sainte Famille ; correspondant entièrement aux grâces dont Dieu ne cessait de le favoriser, la grâce augmentait continuellement dans son âme, d’autant qu’il y répondait merveilleusement bien, justifiant ainsi son nom qui, comme nous l’avons dit, signifie « Dieu ajoutera ».

La dignité singulière de saint Joseph

« Certes, la dignité de la Mère de Dieu est si haute qu’il ne peut être créé rien au-dessus. Mais, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n’est pas douteux qu’il ait approché plus que personne de cette dignité suréminente par laquelle la Mère de Dieu surpasse de si haut toutes les créatures. Le mariage est en effet la société et l’union la plus intime de toutes, qui entraîne de sa nature la communauté des biens entre l’un et l’autre conjoint. Aussi, en donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de vie, un témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu même du pacte conjugal, un participant de sa sublime dignité » (Léon XIII, enc. Quamquam pluries).

Le Père éternel l’ayant désigné pour tenir sa place sur la terre auprès de son divin Fils, Jésus le regarda toujours comme son Père

« Le seul exemple de Jésus-Christ, qui voulut honorer saint Joseph sur la terre au point de se placer sous son autorité, devrait exciter dans toutes les âmes une ardente dévotion envers ce grand saint. Le Père éternel l’ayant désigné pour tenir sa place sur la terre auprès de son divin Fils, Jésus le regarda toujours comme son Père : il lui rendit le respect et l’obéissance qu’un fils doit à son père, durant l’espace de trente ans. [Ce qui paraît excessif, à moins de placer le début de la vie publique de notre Seigneur juste après la mort du saint patriarche.] L’Évangile atteste qu’il était soumis à Marie et à Joseph : Erat subditus illis [cf. Luc 2, 51] ; ce qui signifie que, pendant tout ce temps, l’unique occupation du Rédempteur fut de leur obéir : c’était à Joseph de commander, comme chef de cette petite famille, et à Jésus d’obéir, comme sujet ; de sorte qu’il ne faisait jamais un pas ni une action, qu’il ne prenait jamais de nourriture ni de repos, que selon les ordres de Joseph. [Mais nous pouvons penser quant à nous que Jésus avait suffisamment de liberté d’esprit, et plus encore d’amour, pour prendre des initiatives et rendre de nombreux services sans que Joseph ou Marie aient à les lui demander.] Il lui obéissait en tout et sur-le-champ […]. Souvent, dit Jean Gerson, Jésus était occupé à préparer le repas, à laver la vaisselle, à puiser l’eau, à balayer la maison. Cette humble obéissance de Jésus-Christ élève la dignité de saint Joseph au-dessus de celle de tous les autres saints, excepté la Mère de Dieu » (st Al.-M. de Liguori, Exhortations pour porter les âmes à la dévotion envers saint Joseph).

Joseph a eu envers Jésus « l’autorité aussi bien que la sollicitude et les devoirs d’un père. Est-il des fonctions du meilleur des pères, qui n’ait été glorieusement exercée par ce serviteur fidèle et prudent que le Seigneur préposa au gouvernement de sa famille (cf. Matthieu 24, 45). […] Il n’est pas seulement l’ami de l’époux, comme Jean-Baptiste ; il en est le gardien et le protecteur. Il le reçoit dans sa maison ; il le prend dans bras, il le presse sur son cœur » (Ch. Duport). « Il ne faut pas en douter : l’intimité, le respect, la très haute dignité que le Christ pendant sa vie humaine portait à Joseph, comme un fils à l’égard de son père, il n’a pas renié tout cela au ciel, il l’a plutôt enrichi et achevé » (st Bernardin de Sienne).

Les théologiens affirment constamment l’éminence singulière de Joseph par rapport aux anges et à tous les saints, y compris saint Jean-Baptiste. « Ressort incontestablement en lui une triple éminence : éminence de titres et de qualités, éminence de vertus et de mérites, éminence d’intercession et de médiation. Cette triple éminence se termine en une éminence de sainteté et de gloire » (Dom Maréchaux, Élévations sur saint Joseph).

Les vertus de saint Joseph

Le saint patriarche apparaît comme un modèle de toutes les vertus, car « il était juste, c’est-à-dire orné de toutes les vertus, sans aucune tache » (st Bernardin de Sienne, Sermo de S. Joseph). Pour Eusèbe de Césarée, « dans cet admirable saint, on remarquait une grande liberté d’esprit, une pudeur incomparable, une prudence égale à sa modestie. Il excellait surtout en piété et attirait l’attention par sa beauté extraordinaire » (Préparation évangélique 7, 3). Saint Joseph est « de tous les hommes le plus pur dans la virginité, le plus profond dans l’humilité, le plus ardent dans l’amour de Dieu et dans la charité, le plus élevé dans la contemplation, le plus attentif dans le service de la Vierge son épouse » (Ubertin de Casale).

« il était juste, c’est-à-dire orné de toutes les vertus, sans aucune tache »

Saint Paul VI voit en saint Joseph celui qui « nous introduit à l’Évangile des béatitudes : Nous voyons en lui une docilité, une promptitude exceptionnelle à obéir, […] il se soumet pleinement à la parole qui le dirige […] à un niveau extraordinaire de pureté et de sublimité, très supérieure à toute aspiration humaine. […] Approchons-nous aussi, avec la dévotion d’un enfant, comme quelqu’un de la maison, à la porte de l’humble atelier de Nazareth. […] Il n’existe pas de vie qui ne soit assailli de nombreux dangers, de tentations, de faiblesses et de chutes. Joseph, silencieux et bon, fidèle, doux, fort et invaincu, nous apprend ce que nous devons faire » (Homélie, 19 mars 1968).

Arrêtons-nous brièvement à quelques-unes des innombrables vertus du saint patriarche. Nous pouvons déduire en premier lieu des récits évangéliques que Joseph était quelqu’un de très religieux, très intègre, laborieux, obéissant, doux, tendrement attaché à Jésus et à Marie. Qualifié d’« homme juste » par saint Matthieu (1, 19), sa justice, même prise au sens restreint d’observant fidèle de la Loi, s’accompagne de prudence, de charité, de douceur, de patience, de foi et d’obéissance.

« Il n’est pas seulement Patriarche, mais le paranymphe de tous les patriarches ; il n’est pas simplement Confesseur, mais plus que Confesseur, car en cette qualité sont comprises les dignités des évêques, la générosité des martyrs et de tous les autres saints. C’est donc à juste raison qu’il est comparé à la palme, qui est le roi des arbres, et lequel a la propriété de la virginité, de l’humilité et de la constance et vaillance : trois vertus lesquelles le glorieux saint Joseph a grandement excellé. Si on osait faire des comparaisons, il y en aurait qui maintiendraient qu’il a surpassé tous les autres saints en ces trois vertus » (st François de Sales).

« Examinez autant que vous voudrez ses prérogatives ; dites-vous qu’ayant été destiné par une vocation spéciale au plus noble ministère qui n’a jamais existé, il a réuni en sa personne ce qui a été réparti chez les autres saints ; qu’il a eu les lumières des Prophètes, pour connaître le secret de l’Incarnation d’un Dieu ; les soins amoureux des Patriarches, pour nourrir un homme Dieu ; la chasteté des Vierges pour vivre avec une Vierge Mère d’un Dieu ; la foi des Apôtres, pour découvrir dans l’humilité extérieure d’un homme les grandeurs cachées d’un Dieu ; le zèle des Confesseurs, et la force des Martyrs pour défendre et sauver la vie d’un Dieu au risque de la sienne. Dites tous cela, Messieurs ; mais je vous répondrai avec un seul mot : Joseph vir eius erat iustus » (J. Richar, Elogios Históricos de los Santos, 1780). L’on a pu dire que « Joseph est l’unique saint qui ait pratiqué les vertus propres de tout état et de toute condition [en dehors de la Vierge Marie, bien évidemment] ; et c’est pour cela qu’il a obtenu la prérogative d’être l’unique saint qui puisse intercéder pour les personnes de toute condition et de tout état. En ce sens, on peut dire que Dieu lui a donné le droit de bénir toutes les nations. Benedictionem omnium gentium dedit illi (Ecclésiastique 44, 25).

Joseph appartenait à la race royale, mais il fut obligé de vivre du travail de ses mains. C’est donc à lui que doivent recourir en même temps et les riches, et les pauvres, et les nobles et les plébéiens.

Joseph appartenait à la race royale, mais il fut obligé de vivre du travail de ses mains.

Il fut engagé dans les liens d’un légitime mariage ; mais dans le mariage, il conserva la virginité la plus pure et la plus parfaite. C’est donc à lui que doivent recourir les personnes qui ont fait vœu de virginité, et toutes celles qui vivent dans l’état du mariage. [… Il est resté laïc] ; mais ayant eu l’honneur de porter entre ses mains et d’offrir à Dieu, avec les plus purs sentiments de religion, le corps très saint de Jésus-Christ, il exerça le plus noble et le plus auguste des sacerdoces. C’est donc à lui que doivent recourir laïques et prêtres, ecclésiastiques et séculiers.

Oui, Dieu lui a donné le pouvoir de bénir toutes les tribus de la terre. Et, en effet, il n’y a pas de royaume qui ne l’ait pour protecteur, de famille qui ne l’ait pour gardien, de chrétien qui ne l’ait pour avocat ; et son nom, uni à celui de Jésus et de Marie, est la confiance, la consolation, le miel, la douceur de toutes les lèvres chrétiennes » (P. Ventura, Homélies sur les paraboles 19).

Dans son sermon Quæsivit sibi Deus virum iuxta cor suum, Bossuet reviendra sur les vertus cachées et intérieures, celles où « le public n’a point de part, où tout se passe entre Dieu et l’homme, celles qui, non seulement ne sont pas suivies, mais ne sont même pas entendues. […] C’est dans ce secret que consiste tout le mystère de la vertu véritable. » Ces trois vertus cachées du juste Joseph sont la simplicité, le détachement, et l’amour de la vie cachée. Joseph apparaît comme le modèle de toutes les conditions humaines.

Le travail et saint Joseph

Jésus « se rendit dans son lieu d’origine, et il enseignait les gens dans leur synagogue, de telle manière qu’ils étaient frappés d’étonnement et disaient : “D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? N’est-ce pas le fils du charpentier ?” » (Matthieu 13, 54-55). Ce passage fait référence à l’activité professionnelle de Joseph. La tradition retient qu’il était charpentier. Ce mot, du grec tektôn, embrassait en réalité beaucoup d’habiletés techniques comme artisan par exemple. Sur ce qu’on fabriquait dans l’atelier de Nazareth, le P. Schwelm a donné des précisions très vraisemblables : « Les commandes s’imaginent conformément aux travaux connus de menuisier-charpentier chez les Juifs ; des poutres à équarrir pour le soutien des terrasses qui couronnaient les maisons ; des jougs, des flèches d’attelage et d’aiguillon pour les cultivateurs ; des lits, des coffres, des sièges, des huches ; des pétrins pour les ménagères, des coffrets garde-notes pour les scribes, les commerçants, les rabbins. Ce sont là en effet les ouvrages divers que la Mischna nous révèle exécutés par les charpentiers » (Science Sociale, mars 1909).

Le fait que les Juifs se réfèrent expressément au travail de Joseph, considéré comme un homme juste, indique que ses qualités de travailleur étaient reconnues et appréciées. Joseph est un travailleur honnête qui s’efforce de vivre selon ses moyens, de ce qu’il obtient de son travail. En cela, il a sanctifié son travail. Saint Jean-Paul II dira que « grâce à son atelier où il exerçait son métier en même temps que Jésus, Joseph rendit le travail humain proche du mystère de la Rédemption » (Redemptoris custos, n° 22). En disposant que la mission de son Fils s’enracine dans une vie de famille, Dieu a voulu aussi que le travail de Joseph serve à la croissance humaine de Jésus-Christ. De ce fait, le travail de Joseph participe à la Mission du Rédempteur. Parce qu’il a mis ses qualités professionnelles au service du projet divin, Joseph nous montre que le travail est un moyen de sanctification. « On ne peut imaginer que Joseph ne fut pas un bon ouvrier, qu’il ne fut pas réputé autant pour son adresse et son habilité que pour son honnêteté et sa droiture. On savait à Nazareth et dans toute la région qu’en s’adressant à lui, on ne risquait pas d’être volé, que c’était sa coutume de livrer du travail consciencieux » (Gasnier).

À juste titre donc, Pierre d’Ailly voit en Joseph un travailleur. Se demandant comment Jésus « reçoit sa nourriture et les choses nécessaires à sa vie humaine », il répond : « Sans aucun doute par le travail manuel de Joseph. Nous croyons que Marie et Joseph ont été de pauvres gens, mais il n’est pas écrit qu’ils aient jamais mendié, aussi nous concluons que [Joseph] sustenta sa vie et celle du Christ par le travail de ses mains, méditant de la sorte cette béatitude promise par son père David : “Tu te nourriras alors du travail de tes mains heureux seras-tu et dans la prospérité. ” […] Par le travail de Joseph il peut manger son pain sur terre, celui qui vit au ciel sans aucun besoin » (Les Douze gloires de saint Joseph).

Parmi tous les travailleurs de la terre, il a été le seul et unique qui a vu chaque jour se présenter à son établi Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme.

« L’Église vénère Joseph de Nazareth comme « artisan », comme travailleur, vraisemblablement charpentier de profession. Parmi tous les travailleurs de la terre, il a été le seul et unique qui a vu chaque jour se présenter à son établi Jésus-Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme. Et c’est lui, Joseph, qui lui a appris son métier, l’y a engagé, lui a enseigné comment surmonter les difficultés et vaincre les résistances de l’élément « matériel », et comment tirer de la matière informe les produits de l’artisanat humain. C’est lui, Joseph de Nazareth, qui a lié une fois pour toutes les Fils de Dieu au travail humain. Grâce à lui, Jésus appartient également au monde du travail et rend témoignage devant Dieu de sa très haute dignité » (Jean-Paul II, Homélie, 19 mars 1982). « Joseph guidait et soutenait l’enfant Jésus dans sa croissance humaine ; c’est lui qui l’initiait à la connaissance des coutumes religieuses et sociales du peuple hébreu et à l’exercice du métier de charpentier, qui, pour lui, au bout de tant d’années de pratique, n’avait plus aucun secret. C’est là un aspect que je tiens à souligner aujourd’hui : saint Joseph a initié Jésus au travail humain dans lequel il était lui-même expert. L’enfant divin travaillait à côté de lui et il apprenait, en l’écoutant et en le regardant faire, à manier lui aussi les outils de charpentier avec le soin et la conscience dont son père adoptif lui donnait l’exemple […].

[Saint Joseph] a transmis au petit Jésus qui grandissait à côté de lui le sens de cette joyeuse disponibilité avec laquelle il reprenait chaque matin son travail quotidien. Pour cette raison aussi saint Joseph est mis sous les yeux du peuple chrétien comme un modèle lumineux vers lequel tous les pères devraient se tourner au moment des choix concrets que leur impose la responsabilité d’une famille » (Jean-Paul II, Homélie, 19 mars 1983).

En travaillant, le Patriarche avait conscience d’accomplir la volonté de Dieu ; il pensait aux siens, à Jésus et à Marie, et il avait présent à l’esprit le bien de tous les habitants de la petite ville de Nazareth.

« Saint Joseph ne cherchait pas dans sa tâche une occasion de s’affirmer, bien que sa consécration à une vie de travail ait forgé en lui une personnalité mûre et bien dessinée. En travaillant, le Patriarche avait conscience d’accomplir la volonté de Dieu ; il pensait aux siens, à Jésus et à Marie, et il avait présent à l’esprit le bien de tous les habitants de la petite ville de Nazareth. […] Sans aucun doute, Joseph, grâce à un travail soigné, tirait d’embarras bien des gens. Son travail professionnel avait pour but de servir et de rendre la vie agréable aux autres familles du village ; il s’accompagnait d’un sourire, d’un mot aimable, d’un commentaire, fait comme en passant, mais qui rendait la foi et la joie à ceux qui étaient sur le point de les perdre » (st Josémaria, Quand le Christ passe).

Extrait de D. Le Tourneau, Tout savoir sur saint Joseph, Artège, 2020.