Solennité de l'Épiphanie
Mardi 6 janvier 2026
Chers frères et sœurs,
l’Évangile (cf. Mt 2, 1-12) nous a décrit la grande joie des Mages lorsqu’ils ont revu l’étoile (cf. v. 10), mais aussi le trouble ressenti par Hérode et tout Jérusalem en présence de leur recherche (cf. v. 3). Chaque fois qu’il s’agit des manifestations de Dieu, l’Écriture Sainte ne cache pas ce genre de contrastes : joie et trouble, résistance et obéissance, peur et désir. Nous célébrons aujourd’hui l’Épiphanie du Seigneur, conscients que rien ne reste comme avant en sa présence. C’est le début de l’espérance. Dieu se révèle et rien ne peut rester immobile. Une certaine tranquillité prend fin, celle qui fait répéter aux mélancoliques : « Rien de nouveau sous le soleil » (Qo 1, 9). Quelque chose dont dépendent le présent et l’avenir commence, comme l’annonce le Prophète : « Debout, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1).
Il est surprenant que ce soit troublée Jérusalem, ville témoin de tant de nouveaux départs. En son sein, ceux-là mêmes qui étudient les Écritures et pensent avoir toutes les réponses semblent avoir perdu la capacité de se poser des questions et de cultiver des désirs. Au contraire, la ville est effrayée par ceux qui viennent de loin, animés par l’espérance, au point de percevoir une menace dans ce qui devrait au contraire lui procurer beaucoup de joie. Cette réaction nous interpelle également, en tant qu’Église.
La Porte Sainte de cette Basilique, qui est la dernière à être refermée aujourd’hui, a vu le passage d’innombrables hommes et femmes, pèlerins d’espérance, en route vers la Cité aux portes toujours ouvertes, la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21, 25). Qui sont-ils et qu’est-ce qui les a animés ? À la fin de l’année jubilaire, la recherche spirituelle de nos contemporains, bien plus riche que nous ne pouvons peut-être le comprendre, nous interpelle avec une gravité particulière. Des millions d’entre eux ont franchi le seuil de l’Église. Qu’ont-ils trouvé ? Quels cœurs, quelle attention, quelle correspondance ? Oui, les Mages existent encore. Ce sont des personnes qui acceptent le défi de risquer chacun son propre voyage, et qui, dans un monde tourmenté comme le nôtre, repoussant et dangereux à bien des égards, ressentent le besoin d’aller, de chercher.
Homo viator, disaient les anciens. Nous sommes des vies en chemin. L’Évangile engage l’Église à ne pas craindre ce dynamisme, mais à bien le saisir et à l’orienter vers Dieu qui l’inspire. C’est un Dieu qui peut nous troubler, car il ne reste pas immobile entre nos mains comme les idoles d’argent et d’or : il est au contraire vivant et vivifiant, comme cet Enfant que Marie a trouvé dans ses bras et que les Mages ont adoré. Les lieux saints tels que les cathédrales, les basiliques, les sanctuaires, devenus des destinations de pèlerinage jubilaire, doivent diffuser le parfum de la vie, l’impression indélébile qu’un autre monde a commencé.
Demandons-nous : y a-t-il de la vie dans notre Église ? Y a-t-il de la place pour ce qui naît ? Aimons-nous et annonçons-nous un Dieu qui remet en route ?
Dans le récit, Hérode craint pour son trône, il s’agite pour ce qui échappe à son contrôle. Il tente de profiter du désir des Mages et cherche à détourner leur quête à son avantage. Il est prêt à mentir, il est prêt à tout ; la peur, en effet, aveugle. La joie de l’Évangile, en revanche, libère : elle rend prudent, certes, mais aussi audacieux, attentif et créatif ; elle suggère des voies différentes de celles déjà empruntées.
Les Mages apportent à Jérusalem une question simple et essentielle : « Où est celui qui vient de naître ? » (Mt 2, 2). Combien il est important que ceux qui franchissent la porte de l’Église sentent que le Messie vient de naître, qu’une communauté née de l’espérance s’y rassemble, qu’une histoire de vie s’y déroule ! Le Jubilé est venu nous rappeler qu’il est possible de recommencer, et même que nous en sommes qu’au début, que le Seigneur veut grandir parmi nous, qu’il veut être Dieu-avec-nous. Oui, Dieu remet en question l’ordre existant : il a des rêves qu’il inspire encore aujourd’hui à ses prophètes ; il est déterminé à nous racheter des servitudes anciennes et nouvelles ; il implique des jeunes et des personnes âgées, des pauvres et des riches, des hommes et des femmes, des saints et des pécheurs dans ses œuvres de miséricorde, dans les merveilles de sa justice. Il ne fait pas de bruit, mais son Royaume germe déjà partout dans le monde.
Combien d’épiphanies nous sont données ou sont sur le point de nous être données ! Mais elles doivent être soustraites aux intentions d’Hérode, aux peurs toujours prêtes à se transformer en agressivité. « Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en emparer » (Mt 11,12). Cette expression mystérieuse de Jésus, rapportée dans l’Évangile de Matthieu, ne peut pas ne pas nous faire penser aux nombreux conflits par lesquels les hommes peuvent résister et même agresser la Nouveauté que Dieu réserve à tous. Aimer la paix, rechercher la paix, c’est protéger ce qui est saint et, précisément pour cette raison, en train de naître : petit, délicat, fragile comme un enfant. Autour de nous, une économie faussée tente de tirer profit de tout. Nous le voyons : le marché transforme en affaires même la soif humaine de chercher, de voyager, de recommencer. Demandons-nous : le Jubilé nous a-t-il appris à fuir ce type d’efficacité qui réduit toute chose à un produit, et l’être humain à un consommateur ? Après cette Année, serons-nous davantage capables de reconnaître dans le visiteur un pèlerin, dans l’inconnu un chercheur, dans celui qui est loin un proche, dans celui qui est différent un compagnon de route ?
La manière dont Jésus a rencontré chacun et s’est laissé approcher par tous nous enseigne à estimer le secret des cœurs que Lui seul sait lire. Avec lui, nous apprenons à saisir les signes des temps (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, 4). Personne ne peut nous vendre cela. L’Enfant que les Mages adorent est un bien sans prix et sans mesure. Il est l’Épiphanie de la gratuité. Il ne nous attend pas dans des lieux prestigieux, mais dans des réalités humbles. « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda » (Mt 2, 6). Combien de villes, combien de communautés ont besoin d’entendre : « Tu n’es certes pas le dernier ». Oui, le Seigneur nous surprend encore ! Il se laisse trouver. Ses voies ne sont pas nos voies, les violents ne parviennent pas à les dominer, et les puissants de ce monde ne peuvent les bloquer. D’où la grande joie des Mages qui laissent derrière eux le palais et le temple et partent vers Bethléem : c’est alors qu’ils revoient l’étoile !
C’est pourquoi, chers frères et sœurs, il est beau de devenir des pèlerins d’espérance. Et il est beau de continuer à l’être, ensemble ! La fidélité de Dieu nous surprendra encore. Si nous ne réduisons pas nos églises à des monuments, si nos communautés sont des foyers, si nous résistons ensemble aux flatteries des puissants, alors nous serons la génération de l’aurore. Marie, Étoile du matin, marchera toujours devant nous ! En son Fils, nous contemplerons et servirons une humanité magnifique, transformée non pas par des délires de toute-puissance, mais par Dieu qui, par amour, s’est fait chair.
MESSE EN LA SOLENNITÉ DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU
LIXe JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX
Jeudi 1er janvier 2026
Chers frères et sœurs !
Aujourd’hui, en cette solennité de Marie, la Très Sainte Mère de Dieu, qui marque le début de la nouvelle année civile, la liturgie nous offre le texte d’une très belle bénédiction : « Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’Il te prenne en grâce ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’Il t’apporte la paix ! » (Nb 6, 24-26). Dans le livre des Nombres, elle fait suite aux indications concernant la consécration des nazirs, soulignant la dimension sacrée et féconde du don dans la relation entre Dieu et le peuple d’Israël. L’homme offre au Créateur tout ce qu’il a reçu et Celui-ci répond en tournant vers lui son regard bienveillant, comme au commencement du monde (cf. Gn 1, 31). Le peuple d’Israël, à qui cette bénédiction s’adressait, était un peuple de libérés, d’hommes et de femmes nés de nouveau après un long esclavage, grâce à l’intervention de Dieu et à la réponse généreuse de son serviteur Moïse. En Égypte, ce peuple jouissait de certaines sécurités — la nourriture ne manquait pas, tout comme un toit et une certaine stabilité —, mais cela au prix de la servitude, de l’oppression d’une tyrannie qui réclamait toujours plus en donnant toujours moins (cf. Ex 5, 6-7). À présent, dans le désert, beaucoup de ces certitudes du passé ont disparu, mais il y a en échange la liberté qui se concrétise par une voie ouverte vers l’avenir, par le don d’une loi de sagesse et la promesse d’une terre où vivre et grandir sans plus de chaînes ni de fers : en somme, une nouvelle naissance. Ainsi, la liturgie nous rappelle, en ce début de nouvelle année, que chaque jour peut devenir, pour chacun, le début d’une vie nouvelle grâce à l’amour généreux de Dieu, à sa miséricorde et à la réponse de notre liberté. Il est beau de penser l’année qui commence comme un chemin ouvert à découvrir et où nous aventurer, libres par grâce et porteurs de liberté, pardonnés et dispensateurs de pardon, confiants dans la proximité et la bonté du Seigneur qui nous accompagne toujours. Nous gardons tout cela à l’esprit alors que nous célébrons le mystère de la Maternité Divine de Marie qui, par son “oui”, a contribué à donner un visage humain à la Source de toute miséricorde et de toute bienveillance : le visage de Jésus dont l’amour du Père nous touche et nous transforme, par ses yeux d’enfant, puis de jeune homme. En ce début d’année, alors que nous nous mettons en route vers les jours nouveaux et uniques qui nous attendent, demandons au Seigneur de sentir à chaque instant, autour de nous et sur nous, la chaleur de son étreinte paternelle et la lumière de son regard bienveillant, afin de comprendre de mieux en mieux et d’avoir toujours à l’esprit qui nous sommes et vers quelle destinée merveilleuse nous avançons (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n. 41). Mais en même temps, rendons-Lui gloire par la prière, par la sainteté de notre vie et en devenant les uns pour les autres le reflet de sa bonté. Saint Augustin enseignait qu’en Marie « le créateur de l’homme est devenu homme afin que, bien qu’Il soit le maître des étoiles, Il puisse téter le sein d’une femme ; bien qu’Il soit le pain (cf. Jn 6, 35), Il puisse avoir faim (cf. Mt 4, 2) ; […] pour nous libérer même si nous sommes indignes » (Sermon 191, 1.1). Il rappelait ainsi l’un des traits fondamentaux du visage de Dieu : celui de la gratuité totale de son amour par lequel il se présente à nous – comme j’ai tenu à le souligner dans le Message de cette Journée Mondiale de la Paix –, “désarmé et désarmant”, nu, sans défense comme un nouveau-né dans son berceau. Et cela pour nous enseigner que le monde ne se sauve pas en aiguisant les épées, en jugeant, en opprimant ou en éliminant les frères, mais plutôt en s’efforçant inlassablement de comprendre, de pardonner, de libérer et d’accueillir chacun, sans calcul ni crainte. Tel est le visage de Dieu que Marie a laissé se former et grandir dans son sein, changeant complètement sa vie. C’est le visage qu’elle a annoncé par la lumière joyeuse et fragile de son regard de future mère ; le visage dont elle a contemplé la beauté jour après jour, tandis que Jésus grandissait dans sa maison, enfant, adolescent et jeune homme ; et qu’elle a ensuite suivi avec son cœur d’humble disciple, alors qu’Il parcourait les sentiers de sa mission, jusqu’à la croix et à la résurrection. Pour cela, elle aussi a abaissé toutes ses défenses en renonçant à ses attentes, à ses prétentions et à ses garanties - comme savent le faire les mères -, en consacrant sans réserve sa vie à son Fils qu’elle a reçu par grâce, afin de le redonner à son tour au monde. Dans la Maternité Divine de Marie, nous voyons la rencontre de deux immenses réalités “désarmées” : celle de Dieu qui renonce à tous les privilèges de sa divinité pour naître selon la chair (cf. Phil 2, 6-11), et celle de la personne qui, avec confiance, embrasse totalement sa volonté, Lui rendant l’hommage, dans un acte parfait d’amour, de sa plus grande puissance : la liberté. Saint Jean-Paul II, méditant sur ce mystère, invitait à regarder ce que les bergers avaient trouvé à Bethléem : « La tendresse désarmante de l’Enfant, la pauvreté surprenante dans laquelle Il se trouve, l’humble simplicité de Marie et de Joseph » ont transformé leur vie en faisant d’eux des « messagers du salut » (Homélie lors de la messe de Marie, Mère de Dieu, 34e Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2001). Il le disait à la fin du grand Jubilé de l’an 2000, avec des mots qui peuvent nous faire réfléchir nous aussi : « Combien de dons – affirmait-il - combien d’occasions extraordinaires le grand Jubilé a-t-il offert aux croyants! Dans l’expérience du pardon reçu et donné, dans le souvenir des martyrs, dans l’écoute du cri des pauvres du monde [...] nous avons nous aussi ressenti la présence salvifique de Dieu dans l’histoire. Nous avons comme touché de façon tangible son amour qui renouvelle la face de la terre » (ibid.), et il concluait : « Comme aux pasteurs qui accourent pour l’adorer, le Christ demande aux croyants, auxquels il a offert la joie de le rencontrer, une disponibilité courageuse afin de repartir pour annoncer son Évangile, ancien et toujours nouveau. Il les invite à vivifier l’histoire et les cultures des hommes avec son message salvifique » (ibid.). Chers frères et sœurs, en cette fête solennelle, au début de la nouvelle année, à l’approche de la fin du Jubilé de l’espérance, approchons-nous avec foi de la crèche comme le lieu par excellence de la paix “désarmée et désarmante”, lieu de bénédiction où nous nous souvenons des prodiges que le Seigneur a accomplis dans l’histoire du salut et dans notre existence, afin de repartir comme les humbles témoins de la grotte, en « glorifiant et louant Dieu » (Lc 2,20) pour tout ce que nous avons vu et entendu. Que ce soit notre engagement, notre résolution pour les mois à venir, pour notre vie chrétienne.
Marie Mère de Dieu - Premières Vêpres et Te Deum d'action de grâce pour l'année écoulée
Mercredi 31 décembre 2025
Chers frères et sœurs !
La liturgie des premières vêpres de la Mère de Dieu est d'une richesse singulière, qui découle à la fois du mystère vertigineux qu'elle célèbre et de sa place à la fin de l'année civile. Les antiennes des psaumes et du Magnificat insistent sur l'événement paradoxal d'un Dieu né d'une vierge, ou, dit à l'envers, de la maternité divine de Marie. Et en même temps, cette solennité, qui conclut l'octave de Noël, couvre le passage d'une année à l'autre et étend sur elle la bénédiction de Celui « qui était, qui est et qui vient » (Ap 1, 8). De plus, nous la célébrons aujourd'hui à la fin du Jubilé, au cœur de Rome, près du tombeau de Pierre, et alors le Te Deum qui retentira bientôt dans cette basilique voudra comme s'étendre pour donner la parole à tous les cœurs et à tous les visages qui sont passés sous ces voûtes et dans les rues de cette ville.
Nous avons entendu dans la lecture biblique l'une des synthèses étonnantes de l'apôtre Paul : « Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sous la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi, afin que nous recevions l'adoption filiale » (Ga 4, 4-5). Cette manière de présenter le mystère du Christ fait penser à un dessein, un grand dessein sur l'histoire humaine. Un dessein mystérieux mais avec un centre clair, comme une haute montagne éclairée par le soleil au milieu d'une forêt dense : ce centre est la « plénitude des temps ».
Et c'est précisément ce mot – « dessein » – qui résonne dans le cantique de la Lettre aux Éphésiens : « Le dessein de tout réunir en Christ, tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Dans sa bienveillance, il l'avait prédestiné en lui pour le réaliser dans la plénitude des temps » (Ep 1, 9-10).
Sœurs, frères, en cette époque qui est la nôtre, nous ressentons le besoin d'un dessein sage, bienveillant, miséricordieux. Qu'il soit un projet libre et libérateur, pacifique, fidèle, comme celui que la Vierge Marie a proclamé dans son cantique de louange : « De génération en génération, sa miséricorde s'étend sur ceux qui le craignent » (Lc 1, 50).
D'autres desseins, cependant, aujourd'hui comme hier, enveloppent le monde. Il s'agit plutôt de stratégies qui visent à conquérir des marchés, des territoires, des zones d'influence. Des stratégies armées, dissimulées sous des discours hypocrites, des proclamations idéologiques, de faux motifs religieux.
Mais la Sainte Mère de Dieu, la plus petite et la plus haute parmi les créatures, voit les choses avec le regard de Dieu : elle voit que, par la puissance de son bras, le Très-Haut disperse les intrigues des superbes, renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles, comble de biens les mains des affamés et vide celles des riches (cf. Lc 1, 51-53).
La Mère de Jésus est la femme avec laquelle Dieu, dans la plénitude des temps, a écrit la Parole qui révèle le mystère. Il ne l'a pas imposée : il l'a d'abord proposée à son cœur et, après avoir reçu son « oui », il l'a écrite avec un amour ineffable dans sa chair. Ainsi, l'espérance de Dieu s'est entrelacée avec l'espérance de Marie, descendante d'Abraham selon la chair et surtout selon la foi.
Dieu aime espérer avec le cœur des petits, et il le fait en les impliquant dans son dessein de salut. Plus le dessein est beau, plus l'espérance est grande. Et en effet, le monde avance ainsi, poussé par l'espérance de tant de personnes simples, inconnues mais pas de Dieu, qui malgré tout croient en un avenir meilleur, car elles savent que l'avenir est entre les mains de Celui qui leur offre la plus grande espérance.
L'une de ces personnes était Simon, un pêcheur de Galilée, que Jésus a appelé Pierre. Dieu le Père lui a donné une foi si sincère et si généreuse que le Seigneur a pu construire sa communauté sur elle (cf. Mt 16, 18). Et nous sommes encore ici aujourd'hui pour prier près de sa tombe, où des pèlerins du monde entier viennent renouveler leur foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu. Cela s'est produit de manière particulière pendant l'Année Sainte qui touche à sa fin.
Le Jubilé est un signe important d'un monde nouveau, renouvelé et réconcilié selon le dessein de Dieu. Et dans ce dessein, la Providence a réservé une place particulière à cette ville de Rome. Non pas pour ses gloires, non pas pour sa puissance, mais parce que c'est ici que Pierre et Paul et tant d'autres martyrs ont versé leur sang pour le Christ. C'est pourquoi Rome est la ville du Jubilé.
Que pouvons-nous souhaiter à Rome ? D'être à la hauteur de ses petits. Des enfants, des personnes âgées seules et fragiles, des familles qui ont plus de mal à s'en sortir, des hommes et des femmes venus de loin dans l'espoir d'une vie digne.
Aujourd'hui, très chers amis, nous rendons grâce à Dieu pour le don du Jubilé, qui a été un grand signe de son dessein d'espérance sur l'homme et sur le monde. Et nous remercions tous ceux qui, au cours des mois et des jours de 2025, ont travaillé au service des pèlerins et pour rendre Rome plus accueillante. Tel était, il y a un an, le souhait du bien-aimé pape François. Je voudrais qu'il en soit encore ainsi, et je dirais même davantage après cette période de grâce. Que cette ville, animée par l'espérance chrétienne, puisse être au service du dessein d'amour de Dieu sur la famille humaine. Que l'intercession de la Sainte Mère de Dieu, Salus Populi Romani, nous l'obtienne.
Solennité de la Nativité du Seigneur
Jeudi, 25 décembre 2025
Chères sœurs et chers frères !
« Éclatez en cris de joie » (Is 52, 9), crie le messager de paix à ceux qui se trouvent parmi les ruines d’une ville à reconstruire entièrement. Même s’ils sont poussiéreux et blessés, ses pieds sont beaux – écrit le prophète (cf. Is 52, 7) – car, à travers des routes longues et accidentées, ils ont apporté une joyeuse nouvelle, dans laquelle tout renaît désormais. C’est un jour nouveau ! Nous participons nous aussi à ce tournant, auquel personne ne semble encore croire : la paix existe et elle est déjà parmi nous.
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (Jn 14, 27). C’est ce que Jésus a dit à ses disciples, auxquels il venait de laver les pieds, messagers de paix qui, à partir de ce moment-là, devraient courir de par le monde, sans se lasser, pour révéler à tous « de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 12). Aujourd’hui, donc, non seulement nous sommes surpris par la paix qui est déjà là, mais nous célébrons comment ce don nous a été fait. En effet, c’est dans le comment que brille la différence divine qui nous fait éclater en chants de joie. Ainsi, dans le monde entier, Noël est par excellence une fête de musique et de chants.
Le prologue du quatrième Évangile est également un hymne qui a pour protagoniste le Verbe de Dieu. Le “verbe” est un mot qui agit. C’est une caractéristique de la Parole de Dieu : elle n’est jamais sans effet. À bien y regarder, beaucoup de nos paroles produisent elles aussi des effets, parfois indésirables. Oui, les mots agissent. Mais voici la surprise que nous réserve la liturgie de Noël : le Verbe de Dieu apparaît et ne sait pas parler, il vient à nous comme un nouveau-né qui ne fait que pleurer et vagir. Il « s’est fait chair » (Jn 1, 14) et, même s'il grandira et apprendra un jour la langue de son peuple, pour l'instant, seule sa présence simple et fragile parle. La « chair », c’est la nudité radicale qui, à Bethléem et au Calvaire, manque aussi de mots ; tout comme n’ont pas non plus de paroles beaucoup de nos frères et sœurs dépouillés de leur dignité et réduits au silence. La chair humaine demande des soins, invoque l’accueil et la reconnaissance, recherche des mains capables de tendresse et des esprits disposés à l’écoute, désire de bonnes paroles.
« Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 11). Voici la manière paradoxale dont la paix est déjà parmi nous : le don de Dieu nous engage, il cherche à être accueilli et suscite le dévouement. Il nous surprend parce qu’il s’expose au rejet, il nous enchante parce qu’il nous arrache à l’indifférence. Devenir enfants de Dieu est un véritable pouvoir : un pouvoir qui reste enfoui tant que nous restons détachés des pleurs des enfants et de la fragilité des personnes âgées, du silence impuissant des victimes et de la mélancolie résignée de ceux qui font le mal qu’ils ne veulent pas.
Comme l’a écrit le bien-aimé Pape François, pour nous ramener à la joie de l’Évangile : « Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 270).
Chers frères et sœurs, puisque le Verbe s’est fait chair, c’est désormais la chair qui parle, qui crie le désir divin de nous rencontrer. Le Verbe a établi parmi nous sa fragile tente. Et comment ne pas penser aux tentes de Gaza, exposées depuis des semaines à la pluie, au vent et au froid, et à celles de tant d’autres réfugiés et déplacés sur chaque continent, ou aux abris de fortune de milliers de personnes sans-abri dans nos villes ? Fragile est la chair des populations vulnérables, éprouvées par tant de guerres en cours ou terminées, laissant derrière elles des ruines et des blessures ouvertes. Fragiles sont les esprits et les vies des jeunes contraints de prendre les armes, qui, sur le front, ressentent l’absurdité de ce qui leur est demandé et le mensonge dont sont imprégnés les discours grandiloquents de ceux qui les envoient mourir.
Lorsque la fragilité d’autrui pénètre notre cœur, lorsque la douleur d’autrui brise nos certitudes granitiques, alors la paix commence déjà. La paix de Dieu naît d’un vagissement accueilli, d’un pleur entendu : elle naît parmi les ruines qui appellent une nouvelle solidarité, elle naît de rêves et de visions qui, comme des prophéties, inversent le cours de l’histoire. Oui, tout cela existe, car Jésus est le Logos, le sens à partir duquel tout a pris forme. « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » (Jn 1, 3). Ce mystère nous interpelle depuis les crèches que nous avons construites, il nous ouvre les yeux sur un monde où la Parole résonne encore, “à maintes reprises et de bien des manières” (cf. He 1, 1), et nous appelle encore à la conversion.
Certes, l’Évangile ne cache pas la résistance des ténèbres à la lumière, il décrit le chemin de la Parole de Dieu comme une route impraticable, semée d’embûches. Jusqu’à aujourd’hui, les authentiques messagers de paix suivent le Verbe sur cette voie, qui finit par atteindre les cœurs : des cœurs inquiets, qui désirent souvent précisément ce à quoi ils résistent. Ainsi, Noël motive de nouveau une Église missionnaire, la poussant sur les chemins que la Parole de Dieu lui a tracés. Nous ne servons pas une parole autoritaire – elles résonnent déjà partout – mais une présence qui suscite le bien, en connaît l’efficacité, n’en revendique pas le monopole.
Voici le chemin de la mission : un chemin vers l’autre. En Dieu, chaque parole est une parole adressée, une invitation à la conversation, une parole qui n’est jamais la même. C’est le renouveau que le Concile Vatican II a promu et que nous ne verrons fleurir qu’en marchant ensemble avec l’humanité tout entière, sans jamais nous en séparer. Le contraire est mondain : avoir soi-même pour centre. Le mouvement de l’Incarnation est un dynamisme de conversation. Il y aura la paix lorsque nos monologues s’interrompront et que, fécondés par l’écoute, nous tomberons à genoux devant la chair nue de l’autre. La Vierge Marie est précisément en cela la Mère de l’Église, l’Étoile de l’évangélisation, la Reine de la paix. En elle, nous comprenons que rien ne naît de la démonstration de la force et que tout renaît de la puissance silencieuse de la vie accueillie.
Solennité de la Nativité du Seigneur
Messe de la nuit
Mercredi 24 décembre
Chers frères et sœurs,
pendant des millénaires, partout sur terre, les peuples ont scruté le ciel, donnant des noms et des formes à des étoiles muettes : dans leur imagination, ils y lisaient les événements futurs, cherchant là-haut, dans les astres, la vérité qui manquait ici-bas, chez eux. Comme à tâtons, dans cette obscurité, ils restaient cependant déroutés par leurs propres oracles. Cette nuit-là, cependant, « le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Is 9, 1).
Voici l’astre qui surprend le monde, une flamme à peine allumée et ardente de vie : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 11). Dans le temps et dans l’espace, là où nous sommes, vient Celui sans qui nous n’aurions jamais été. Celui qui donne sa vie pour nous vit avec nous, illuminant notre nuit de son salut. Aucune ténèbres que cette étoile n’éclaire, car à sa lumière, l’humanité tout entière voit l’aurore d’une existence nouvelle et éternelle.
C’est la naissance de Jésus, l’Emmanuel. En son Fils fait homme, Dieu ne nous donne pas quelque chose, mais lui-même, « afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple » (Tt 2, 14). Celui qui nous rachète de la nuit naît dans la nuit : la trace du jour qui se lève n’est plus à chercher loin, dans les espaces sidéraux, mais en baissant la tête, dans l’étable voisine.
Le signe clair donné au monde obscure est, en effet, « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » (Lc 2, 12). Pour trouver le Sauveur, il ne faut pas regarder vers le haut, mais contempler vers le bas : la toute-puissance de Dieu resplendit dans l’impuissance d’un nouveau-né ; l’éloquence du Verbe éternel résonne dans le premier cri d’un nourrisson ; la sainteté de l’Esprit brille dans ce petit corps à peine lavé et emmailloté. Le besoin d’attentions et de chaleur, que le Fils du Père partage dans l’histoire avec tous ses frères, est divin. La lumière divine qui rayonne de cet Enfant nous aide à voir l’homme dans toute vie naissante.
Pour éclairer notre aveuglement, le Seigneur a voulu se révéler à l’homme comme un homme, son image véritable, selon un projet d’amour commencé avec la création du monde. Tant que la nuit de l’erreur obscurcit cette vérité providentielle, alors « il n’y a pas d’espace non plus pour les autres, pour les enfants, pour les pauvres, pour les étrangers » (Benoît XVI, Homélie dans la nuit de Noël, 24 décembre 2012). Les paroles du Pape Benoît XVI, tellement actuelles, nous rappellent qu’il n’y a pas de place pour Dieu sur terre s’il n’y a pas de place pour l’homme : ne pas accueillir l’un signifie ne pas accueillir l’autre. En revanche, là où il y a de la place pour l’homme, il y a de la place pour Dieu : alors une étable peut devenir plus sacrée qu’un temple et le sein de la Vierge Marie est l’arche de la nouvelle alliance.
Admirons, chers amis, la sagesse de Noël. Par l’enfant Jésus, Dieu donne au monde une vie nouvelle : la sienne, pour tous. Ce n’est pas une solution à tous les problèmes, mais une histoire d’amour qui nous implique tous. Face aux attentes des peuples, Il envoie un enfant, afin qu’il soit parole d’espérance ; face à la souffrance des misérables, Il envoie un être sans défense, afin qu’il soit la force pour se relever ; face à la violence et à l’oppression, Il allume une douce lumière qui éclaire de salut tous les enfants de ce monde. Comme le remarquait saint Augustin, « l’orgueil humain t’a tellement écrasé que seule l’humilité divine pouvait te relever » (Sermo in Natale Domini 188, III, 3). Oui, alors qu’une économie faussée conduit à traiter les hommes comme de la marchandise, Dieu se fait semblable à nous, révélant la dignité infinie de toute personne. Alors que l’homme veut devenir Dieu pour dominer son prochain, Dieu veut devenir homme pour nous libérer de toute esclavage. Cet amour nous suffira-t-il pour changer notre histoire ?
La réponse vient alors que nous nous réveillons à peine, comme les bergers, d’une nuit mortelle à la lumière de la vie naissante, en contemplant l’enfant Jésus. Au-dessus de l’étable de Bethléem, où Marie et Joseph, émerveillés, veillent sur le nouveau-né, le ciel étoilé devient « une troupe céleste innombrable » (Lc 2, 13). Ce sont des armées désarmées et désarmantes, car elles chantent la gloire de Dieu, dont la paix est la manifestation sur terre (cf. v. 14) : dans le cœur du Christ, en effet, palpite le lien qui unit dans l’amour le ciel et la terre, le Créateur et les créatures.
Ainsi, il y a exactement un an, le Pape François affirmait que la naissance de Jésus ravive en nous « le don et l’engagement de porter l’espérance là où elle a été perdue », car « avec Lui, la joie fleurit, avec Lui la vie change, avec Lui l’espérance ne déçoit pas » (Homélie dans la nuit de Noël, 24 décembre 2024). C’est par ces mots que débutait l’Année Sainte. Maintenant que le Jubilé touche à sa fin, Noël est pour nous un temps de gratitude et de mission. Gratitude pour le don reçu, mission pour en témoigner au monde. Comme le chante le psalmiste : « De jour en jour, proclamez son salut, racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles ! » (Ps 95, 2-3).
Sœurs et frères, la contemplation du Verbe fait chair suscite dans toute l’Église une parole nouvelle et véridique : proclamons donc la joie de Noël, qui est la fête de la foi, de la charité et de l’espérance. C’est la fête de la foi, car Dieu devient homme, naissant de la Vierge. C’est la fête de la charité, car le don du Fils rédempteur se réalise dans le dévouement fraternel. C’est la fête de l’espérance, car l’Enfant Jésus l’allume en nous, faisant de nous des messagers de paix. Avec ces vertus dans le cœur, sans craindre la nuit, nous pouvons aller à la rencontre de l’aube du jour nouveau.
source : vatican.va