Foi et vie chez saint Josémaria

À l’occasion de l’Année de la Foi, voici l’article de Giulio Maspero, qui sera publié dans le n° 55 de Romana. Bulletin de la Prélature de la Sainte-Croix et Opus Dei.

Bibliografía y ensayos

À l’occasion de l’Année de la Foi, voici l’article de Giulio Maspero, qui sera publié dans le n° 55 de Romana, Bulletin de la Prélature de la Sainte-Croix et Opus Dei.

1. Introduction: pourquoi l’année de la foi ?

Au début de la Lettre Apostolique Porta Fidei sous forme de motu proprio, on peut lire : « «La porte de la foi» (cf. Ac 14, 27) qui introduit à la vie de communion avec Dieu et permet l’entrée dans son Église, est toujours ouverte pour nous » (1).

Foi et vie sont ainsi intimement liées dans l’incipit du document avec lequel le saint-père a proclamé l’année de la foi. La vie dont il parle est celle de la communion avec Dieu. Le souci essentiel du document, cohérent avec tout ce que Benoît XVI a enseigné au fil de son pontificat, est d’empêcher que le christianisme ne soit pris pour une simple doctrine philosophique ou morale alors que dans sa nature, il est plutôt une rencontre vitale avec le Christ Ressuscité, présent dans son Église et Seigneur de l’histoire, une rencontre qui « donne à la vie un nouvel horizon » (2).

Ce nouvel horizon de la vie de communion avec Dieu ouvert par la foi est à la source de la prédication et de l’apostolat de Paul et de Barnabé qui, dès qu’ils sont revenus d’Antioche, d’où ils étaient partis pour leur mission, « à leur arrivée, (ils) réunirent l'Église et se mirent à rapporter tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi » (Ac 14, 27).

C’est donc Dieu lui-même qui ouvre la porte de la foi en agissant dans la vie de ses apôtres et de ses saints.

Que la foi soit tout naturellement un guide pour l’existence c’est plutôt la conscience de la beauté du don et de la joie de l’avoir trouvé que l’exigence d’une cohérence.

L’image de la porte est courante dans le langage de l’Évangile : elle est fréquemment fermée, comme pour les vierges insensées (cf. Mt 25,10) ou pour cet homme et ses enfants, déjà couchés (cf. Lc 11,7). La porte est toutefois étroite, le maître de maison peut la fermer (cf. Lc13, 24-25 et Mt 7,13-14). Mais Dieu ouvre cette porte-là et la vie et l’expérience de Paul le montrent bien. Aussi écrit-il aux Corinthiens : « car une porte grande et d'un accès efficace m'est ouverte (1Cor 16,9) et demande-t-il aux Colossiens de prier « afin que Dieu nous ouvre une porte pour la parole, en sorte que je puisse annoncer le mystère de Christ» (Col 4,3).

L’Évangile de Jean ajoute un élément essentiel : ce n’est pas Dieu seulement qui ouvre la porte mais aussi le Bon pasteur qui passe par cette porte et qui s’identifie à la porte elle-même (cf. Jn 10,2-10). Sous cet angle-là, le Christ est la Porte parce qu’il nous conduit à la vie en plénitude et éternelle que le Père nous accorde. La référence scripturaire à la porte de la foi renvoie donc à une perspective éminemment théologale : la foi engage la vie et l’enveloppe précisément parce qu’elle donne la vie, une vie qui n’aura pas de fin. Aussi, « traverser cette porte implique de s’engager sur ce chemin qui dure toute la vie (3).

Que la foi soit tout naturellement un guide pour l’existence c’est plutôt la conscience de la beauté du don et de la joie de l’avoir trouvé que l’exigence d’une cohérence.

L’intention du saint-père est que l’année de la foi restaure précisément le lien ferme qu’il y a entre la foi et la vie : la foi n’est plus de mise aujourd’hui parce qu’on n’estime plus qu’elle soit essentielle pour la vie, elle n’est plus perçue comme un facteur significatif pour l’existence.

La connexion entre foi et vie est une vérité qui occupe une place centrale dans le Magistère de Benoît XVI : « Depuis le commencement de mon ministère comme Successeur de Pierre, j’ai rappelé l’exigence de redécouvrir le chemin de la foi pour mettre en lumière de façon toujours plus évidente la joie et l’enthousiasme renouvelé de la rencontre avec le Christ » (4).

Dans le contexte d’une culture très répandue, aujourd’hui la religion et tout particulièrement le christianisme, peut être perçue comme un facteur ennemi du bonheur. On voudrait ainsi nous faire croire que tout ce qui nous attire est précisément interdit parce que ça nous attire. La foi est présentée comme quelque chose de nécessairement opposé aux désirs de l’homme et à une vie en plénitude. La référence à Nietzsche dans la première citation de Deus Caritas est est très explicite dans ce sens (5).

Mais, pourquoi la foi est-elle perçue aujourd’hui comme un ennemi de la vie ? Benoît XVI dans sa réponse, précisé que cela tient au peu de relief que l’on donne à la dimension théologale de l’annonce chrétienne. Il faut souligner alors la primauté du don et montrer que l’élément essentiel de l’effort du chrétien est la disposition à recevoir. C’est dans ce sens-là que le pape dit fermement dans la Porta Fidei : «En effet, la foi grandit quand elle est vécue comme expérience d’un amour reçu et quand elle est communiquée comme expérience de grâce et de joie » (6).

Ce qui fait que la foi soit tout naturellement un guide pour l’existence c’est plutôt la conscience de la beauté du don et de la joie que l’exigence d’une cohérence : « La « foi opérant par la charité » (Ga 5, 6) devient un nouveau critère d’intelligence et d’action qui change toute la vie de l’homme (cf. Rm 12, 2; Col 3, 9-10; Ep 4, 20-29; 2 Co 5, 17) » (7).

Les vertus théologales sont la vie de Dieu qui, par la grâce, fait irruption dans la vie de tout homme prêt à les accueillir. C’est ainsi que saint Thomas affirme : « la foi est un habitus de l’esprit par lequel la vie éternelle commence en nous et qui fait adhérer l’intelligence à ce qu'on ne voit pas» (8)

Le mouvement vient donc de la Vie de Dieu qui se donne à la vie de l’homme qui parvient ainsi à être opus Dei. Benoît XVI décrit cette dynamique de façon lumineuse et nous permet de nous approcher de l’enseignement et de l’expérience de saint Josémaria à la lumière de Porta Fidei : «L’enseignement de Jésus, en effet, résonne encore de nos jours avec la même force : « Travaillez non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle » (Jn 6, 27). L’interrogation posée par tous ceux qui l’écoutaient est celle que nous nous posons nous aussi aujourd’hui : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » (Jn 6, 28). Nous connaissons la réponse de Jésus : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé » (Jn 6, 29). Croire en Jésus Christ est donc le chemin pour pouvoir atteindre de façon définitive le salut »( 9).

Saint Josémaria durant l’homélie Aimer le monde passionnément.

2. Vie de foi chez saint Josémaria

Comme Paul, saint Josémaria perçut aussi que Dieu lui avait ouvert la porte de la foi lorsqu’il lui fit découvrir qu’il voulait que soient ouverts « les chemins divins de la terre » (10), en faisait percer « ce qu’il y a de saint, de divin, enfoui dans les situations les plus banales » (11) ainsi que « la vibration d’éternité » que tout instant recèle (12). Aussi appelait-il Madrid « son Damas » (13), le lieu où sa vocation et la mission de fonder l’Opus Dei lui apparurent clairement. La sainteté à laquelle Dieu l’appelait était insérée dans la vie quotidienne et dans l’amour du monde. L’œuvre que Dieu accomplit en lui se réalise dans l’existence concrète qui devient ainsi le lieu où saint Josémaria fit l’expérience d’être lui-même « œuvre de Dieu ».

La primauté de la dimension théologale est absolue car le fait même de croire dont parle Jn 6, 29, et qui a été cité ci-dessus, est l’œuvre de Dieu : la condition nécessaire pour faire l’œuvre de Dieu est de faire en sorte que, de plus en plus, la vie personnelle soit œuvre de Dieu au moyen de la foi (14). Ce fait est en lui-même un don de Dieu qui, par le baptême, communique à tout chrétien sa vie et sa sainteté.

Il n’y a rien d’étonnant alors à constater dans les écrits publiés par saint Josémaria, combien le mot « foi » manifeste immédiatement une relation évidente avec la terminologie relative à la vie. On parle de « vivre de foi » et d’avoir une « foi vivante ». Cela peut s’expliquer en ayant recours à la fin de l’homélie « Aimer le monde passionnément », prononcée à l’Université de Navarre, le 8 octobre 1967. C’était aussi dans le courant de l’Année de la Foi, promulguée par Paul VI à laquelle le fondateur de l’Opus Dei fait une référence explicite : « Maintenant je vous demande, avec le psalmiste, de vous unir à ma prière et à ma louange : “magnificate Dominum mecum, et extollamus nomen eius simul”; magnifiez le Seigneur avec moi et exaltons son nom tous ensemble. Ce qui revient à dire, mes enfants : vivons de foi. […] de cette vertu de Foi dont nous les chrétiens avons tant besoin, tout spécialement en cette année de la foi que notre bien-aimé saint-père, le pape Paul VI a promulguée cette année : car, sans la foi, c’est le fondement même de la sanctification de la vie ordinaire qui fait défaut. Une Foi vivante en ce moment-ci où nous nous approchons du « ‘mysterium fidei’, de la Sainte Eucharistie. En effet, nous allons participer à cette Pâque du Seigneur qui résume et réalise les miséricordes de Dieu envers les hommes. […] Et enfin, mes filles et mes fils très chers, une foi, qui montre bien au monde que tout ceci n’est ni cérémonies ni palabres, mais une réalité divine, quand nous donnons aux hommes le témoignage d’une vie ordinaire sanctifiée, au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit et de Sainte Marie »(16).

Autrement dit, pour vivre il faut avoir foi en quelque chose puisqu’on est tenu incontournablement de choisir le sens que l’on donne à son existence personnelle.

Sanctifier la vie quotidienne est faisable grâce à la foi précisément et cela revient à vivre de foi et à avoir une foi vive (17), avec une référence explicite à la doctrine paulinienne de Gal3,11: «Le juste vivra de la foi». Tout est fondé sur la dimension théologale, comme saint Josémaria l’évoque de façon suggestive : « Les actes de Foi, d’Espérance et d’Amour sont des soupapes grâce auxquelles s’épanche le feu des âmes qui vivent d’une vie en Dieu » (18). Ceci dit, pour vivre il est nécessaire d’avoir foi en quelque chose puisqu’on ne peut pas ne donner un sens à son existence personnelle.

« Vie de foi » est le titre significatif d’une homélie du recueil Amis de Dieu, réservée à cette vertu théologale. L’absence apparente de miracles, constatée actuellement par rapport à ce qui se passait aux premiers temps du christianisme, est ici attribuée précisément au fait que les chrétiens ne vivent pas une vie de foi (19). En revanche, la foi est vivante lorsqu’elle « devient un nouveau critère de pensée et d’action qui change toute la vie de l’homme », comme le dit Benoît XVI dans Porta Fidei. La foi est vivante quand elle est opérante, qu’elle se manifeste et qu’elle porte à faire des choix concrets, à prendre des résolutions qui orientent l’existence réelle du chrétien (20). Autrement, la foi est morte puisqu’elle ne s’en tient qu’à un plan purement sociologique, comme s’il s’agissait d’une doctrine abstraite ou d’une série de traditions morales n’ayant aucune valeur absolue en soi. Joseph Ratzinger l’explique bien quand il dit que les contenus de la foi ne sont pas comme une liste mise à jour d’éléments dont la connaissance n’affecte pas directement l’existence de l’homme. La foi concerne, en revanche, des vérités face auxquelles il est impossible de ne pas prendre position. C’est la raison pour laquelle on ne peut pas vraiment dire qu’il y ait des agnostiques. Ce sont en réalité des athées pratiques qui pour vivre font des choix concrets selon leur bon plaisir mais qui ne sont pas conformes à la foi (21).

Ceci étant, l’enseignement de saint Josémaria est on ne peut plus éloigné du pélagianisme et du moralisme. Le christianisme ne peut pas se limiter aux œuvres et les vertus humaines ne permettent pas à l’homme de faire son salut à elles seules pas plus que son travail personnel. Il est dit, en revanche, très clairement que l’acte de croire ne se limite pas à l’aspect intellectuel, à l’acceptation de certaines vérités qui ont très peu à voir avec la vie mais que bien au contraire, l’acte lui-même se reflète dans la vie personnelle du croyant parce que la foi communique la vie surnaturelle et permet de penser selon la « logique de Dieu » (22). Tout est mis en relation avec le Christ et on tisse avec Lui une relation personnelle : « Qui ne jouit pas d’un don actuel à Jésus-Christ n’a pas une foi ‘vivante’ » (23).

Dieu n’est pas une ombre, un être lointain qui nous crée pour nous abandonner ensuite

Dieu n’est pas une ombre, un être lointain, qui nous crée pour nous abandonner ensuite ; ce n’est pas un maître qui part pour ne plus revenir. C’est justement son christocentrisme radical qui permet à saint Josémaria de parler avec tant d’audace de sanctifier et d’aimer le monde (24). Le texte suivant est très révélateur dans ce sens : « Quand la foi faiblit, l’homme tend à s’imaginer que Dieu est lointain, qu’il se soucie à peine de ses enfants. Il pense à la religion comme à quelque chose de plaqué, un recours ultime. Il attend, on ne sait pas en vertu de quoi, des manifestations spectaculaires, des événements insolites. Quand la foi vibre dans l’âme, on découvre, en revanche, que les pas du chrétien ne s’écartent pas de la vie humaine tout court, courante et habituelle et que cette grande sainteté que Dieu veut de nous s’insère ici et maintenant dans les petites choses de chaque journée » (25).

L’annonce solennelle de l’appel universel à la sainteté est de ce fait comme un approfondissement de la foi, comme « un nouveau critère de la pensée et de l’action qui change toute la vie de l’homme » car il jaillit de la rencontre avec le Christ dans la vie de tous les jours. Réduire la foi à une pure tradition sociologique, en la séparant ainsi de la vie réelle, revient à la reléguer au domaine de l’extraordinaire, de ce qui n’est pas dans la normalité. En revanche, l’accueil de l’appel universel à la sainteté implique de donner une nouvelle vie à sa foi personnelle pour s’ouvrir à Dieu si proche de nous :

« Ne nous leurrons pas. Dieu n’est pas une ombre, un être lointain qui nous crée pour nous abandonner ensuite. Il n’est pas un maître qui part pour ne plus revenir. Bien que nous ne le percevions pas avec nos sens, son existence est beaucoup plus vraie que celle de toutes les réalités que nous touchons et que nous voyons. Dieu est ici, avec nous, présent, vivant : il nous voit, il nous entend, il nous dirige et contemple nos faits les plus menus, nos intentions les plus cachées.

Rencontre avec saint Josémaria au Venezuela en 1974

Nous croyons cela et nous vivons cependant comme si Dieu n’existait pas puisque nous n’avons pas la moindre pensée pour Lui, le moindre mot; puisque nous ne lui obéissons pas et que nous ne tâchons pas de maîtriser nos passions, puisque nous ne lui montrons pas notre amour ni ne le dédommageons. Allons-nous donc toujours vivre avec une foi morte ? »(26).

La foi doit être vivante parce que le Christ n’est pas un personnage du passé, un souvenir, une tradition. Il est vivant, aujourd’hui, maintenant (27). Et vivre de foi veut essentiellement dire le tutoyer, s’adresser à lui, avoir avec lui une relation personnelle. Cette doctrine met la foi en liaison directe avec les désirs les plus profonds de l’homme. Elle ne renie rien, n’élimine rien, mais elle satisfait les élans les plus secrets du cœur : « Notre foi ne méconnaît rien de ce qui est beau, généreux, originellement humain, ici-bas » (28) Aussi, a-t-on accusé saint Josémaria de prêcher des exercices de vie et non de mort, comme il était habituel de le faire à l’époque (29).

Ceci étant, dans l’homélie « Vie de foi », les textes de l’Écriture dont il se sert sont les récits des miracles de Jésus qui devance les désirs des hommes. Tel est le cas de Bartimée, l’aveugle de Jéricho (Mc, 10) ou de la femme hémorroïsse (Mt, 9) et du père de l’enfant lunatique (Mc, 9). Comme Joseph Ratzinger le dit : « la soif de l’infini appartient à la nature même de l’homme, qui plus est, elle est son essence même » (30), de sorte que tout amour et tout désir authentique n’ont de sens que dans l’Amour divin :

« Vis la foi, allégrement, collé à Jésus-Christ. Aime le vraiment — pour de vrai ! pour de vrai !— et tu seras protagoniste de la grande Aventure de l’Amour puisque tu seras de plus en plus amoureux chaque jour »(31).

Le cœur de l’homme demande un « pour toujours » authentique. Même Nietzsche a écrit que « toute joie demande l’éternité » (32). Or tout cela est un leurre si l’homme ne perçoit pas dans ses amours d’ici-bas, dans les désirs de son cœur, le chemin qui conduit comme le fleuve en amont à sa source, à l’Amour de Dieu, au Christ, l’Amour des amours : L’appel universel à la sainteté est fondé sur l’assurance de la proximité de Dieu dans la vie concrète, là où se trouvent les aspirations et les désirs de l’homme. « Les hommes mentent quand ils disent « pour toujours » en leurs affaires temporelles. Seul est vrai, totalement vrai, le « pour toujours » face à Dieu et c’est ainsi que tu dois vivre, avec une foi au goût du miel, douce comme le ciel, en pensant à l’éternité qui est vraiment pour toujours » (33).

L’appel universel à la sainteté est fondé sur l’assurance de la proximité de Dieu dans la vie concrète, là où se trouvent les aspirations et les désirs de l’homme

On peut dire en conclusion que la proposition de foi de saint Josémaria s’adresse à la vie, aux amours des hommes. Face à une foi perçue seulement comme un phénomène sociologique ou traditionnel, sa prédication interpelle le cœur de l’homme parce qu’elle jaillit d’une foi, vécue « comme l’expérience d’un amour reçu »(34). Jésus nous est présenté comme l’on présente un ami, comme l’Amour des amours, la source et le sens de tout amour authentique et pur.

L’appel universel à la sainteté est fondé, en effet, sur l’assurance de la proximité de Dieu dans la vie concrète, là où se trouvent les aspirations et les désirs des hommes. Aimer le monde passionnément est possible grâce à la foi, à un approfondissement de la foi.

C’est précisément la primauté de la dimension théologale et le christocentrisme qui permettent de présenter la foi de sorte qu’elle réponde au désir de l’homme. Mais, quels sont les fondements théologiques de cette perspective ?

3. La foi d’un fils et la foi d’un père

Cet approfondissement de la dimension théologale de la foi qui permet d’être ouvert à la sanctification de la vie ordinaire et qui montre ainsi combien la foi répond aux désirs les plus profonds et les plus nobles du cœur de l’homme, a de profondes racines théologiques. Ces racines concernent les éléments doctrinaux qui ont été de plus en plus au centre de l’attention des grands théologiens du XXème siècle, qui ont précisément tâché de réfléchir sur l’appel universel à la sainteté.

Dans l’enseignement de saint Josémaria ces éléments sont nettement présents, tout d’abord par la lumière que le charisme jeta sur son âme et puis grâce à la profondeur de la compréhension de la tradition de l’Église que cet éclairage lui permit d’avoir. En particulier, il y a des éléments dogmatiques évidents caractéristiques de la pensée patristique qui a toujours présenté conjointement la foi et la vie.

C’est surtout la ferme conviction de la filiation divine que le Christ nous a gagnée qui est mise en exergue et qu’il exprime avec des termes presque orientaux lorsqu’il parle de divinisation (35). Cette filiation permet d’avoir une perception claire du lien entre les missions divines et les processions intratrinitaires, tout comme du lien entre l’acte créateur et la génération éternelle du Fils. En commentant Gal 3,26, saint Josémaria affirme : «Vous êtes tous fils de Dieu par la foi. Quel pouvoir que le nôtre. Le pouvoir de savoir que nous sommes fils de Dieu » (36). Et il tire les conséquences de ce mystère qui, en termes patristiques, est identifié à la distinction sans séparation et à l’union sans confusion d’économie et d’immanence divines, de l’agir de Dieu et de son Être. Dans l’histoire du salut l’on perçoit constamment la dimension trinitaire qui permet de reconnaître le sens du créé dans le Verbe Incarné. On peut affirmer que, dans ce sens, la création n’est autre chose qu’une irradiation de la génération éternelle » (37). C’est pourquoi, saint Josémaria affirme : « Il n’y a pas de situation sur terre, aussi petite et courante fût-elle, qui ne puisse être l’objet d’une rencontre avec le Christ et une étape de notre avancée vers le Royaume des cieux » (38).

Être contemplatifs au cœur du monde veut dire reconnaître, grâce au don de la foi et au soin que l’on prend de lui, que tout parle du Christ et qu’Il est celui qui donne un sens à l’histoire et au monde. Rien de ce qui est authentique ne peut lui paraître étranger, de sorte qu’il ne faut pas abandonner la vie ordinaire pour arriver à être saints. Encore une fois, pour reprendre ce que dit Jean Daniélou, le Christ « coïncide dans un certain sens avec la réalité même de l’être créé en sa totalité. Et se soustraire au Christ est en même temps se soustraire au réel. Ce n’est pas emboîter le pas au Christ, c’est, au contraire, se fermer à la vie » (39)

La doctrine de la foi n’est pas seulement un ensemble d’enseignements à retenir mais plutôt une lumière qui éclaire la réalité, qui procède des yeux du Christ

La doctrine de la foi n’est pas seulement un ensemble d’enseignements à retenir mais plutôt une lumière qui éclaire la réalité, qui procède des yeux du Christ. Unir la foi et la vie est donc un réflexe du christocentrisme de saint Josémaria et de sa profonde expérience du rôle de la filiation divine, vrai centre de tout le message chrétien et point d’union entre le temps et l’éternité. C’est dans le Verbe Incarné, dans son Cœur que l’on trouve ces deux mouvements : celui de Dieu qui cherche l’homme et celui de l’homme qui, avec ses désirs, cherche aussi, à son insu, Dieu, l’Amour des amours. Aussi la foi n’est-elle jamais présentée comme une doctrine seulement mais elle est vitalement redressée vers le Christ : « La foi est une vertu surnaturelle qui dispose notre intelligence à prêter un assentiment aux vérités révélées, à répondre positivement au Christ qui nous a fait connaître pleinement le dessein salvifique de la Très Sainte Trinité « (40)

La doctrine de la foi n’est pas seulement un corpus d’enseignements à retenir mais plutôt une lumière qui éclaire la réalité, qui jaillit des yeux du Christ. L’assentiment de l’esprit est inséparable de l’assentiment du cœur qui a lieu lors de la rencontre avec le Christ, vivant et ressuscité, dans l’aujourd’hui du chrétien (41). L’acte de foi est une pensée et une connaissance issues de la relation avec la Personne de Jésus, du dialogue et de l’ouverture à Lui.

Parmi les Pères de l’Église, saint Augustin évoque cet aspect en insistant sur les différences des trois dimensions de l’acte de croire : il est nécessaire de croire que Dieu existe, credere Deum ; mais il faut aussi croire Dieu qui se révèle, credere Deo ; et tout culmine dans l’adhésion personnelle, le credere in Deum, dans une fidélité qui revient à tendre continuellement vers Lui avec sa propre vie (42).

Dans ce sens, la conception de saint Josémaria est profondément moderne et authentiquement fidèle à la tradition patristique (43) dont il évoque « l’apophatisme » (ndt : approche philosophique fondée sur la négation), à savoir l’affirmation que la connaissance de l’être même de Dieu dépasse les capacités humaines. Pensons à la réponse magnifique qu’il fit à quelqu’un lors d’une réunion avec une foule de gens au Venezuela en 1975 :

« Et si d’aucuns te disent qu’ils ne comprennent pas la Trinité et l’Unité, tu peux leur dire que moi je ne la comprends pas non plus, mais que je l’aime et la vénère. Si je comprenais les grandeurs de Dieu, si Dieu tenait dans cette pauvre tête, mon Dieu serait tout petit… ceci dit, il tient, il veut tenir, dans mon cœur, il tient dans la profondeur immense de mon âme, qui est immortelle » (44).

La dimension intellectuelle ne peut pas épuiser la connaissance de Dieu qui est irréductible à un concept ou à une idée. Le mystère chrétien est saisi en plénitude dans la connaissance personnelle de Dieu qui habite l’âme du baptisé. Aussi, le binôme foi et cœur revient souvent dans ses écrits : il s’agit de « voir la vérité et l’aimer » (45), d’aimer et de croire (46). La dimension doctrinale n’est pas sacrifiée par une tournure s’exposant au sentimentalisme, la foi n’est pas non plus réduite à de simples formules intellectuelles, détachées de la vie. La formule originale « une piété d’enfants et une sûre doctrine de théologiens » (47) qu’il proposait à ses enfants spirituels comme une voie sûre, montre cette harmonie profonde qui, dès les débuts du christianisme, nourrit la fidélité de l’Église et dont le fondement est précisément la filiation divine. Croire est un don tout d’abord, c’est le séjour de Dieu dans le cœur de l’homme, son arrivée.

Croire est un don tout d’abord, c’est le séjour de Dieu dans le cœur de l’homme, son arrivée

Detail du retable de la paroisse Saint-Josémaria, à Rome.

Croire est un don tout d’abord, c’est le séjour de Dieu dans le cœur de l’homme, son arrivée. L’on voit bien combien le réalisme radical de l’affirmation de l’inhabitation trinitaire chez l’homme est un élément essentiel de l’approfondissement de la compréhension de la dimension théologale de la foi. L’homme est appelé à ne faire qu’un avec le Christ qui est sa véritable identité. On ne peut vivre de foi que si l’on vit de la vie des fils de Dieu, afin d’être un autre Christ (48). Saint Josémaria utilise alors une expression forte alter Christus, ipse Christus (49) : « Ayez, en revanche, chacun de vous, l’empressement divin d’être un autre Christ, ipse Christus, le Christ lui-même » (50), une foi qui devient « un nouveau critère de la pensée et de l’action », qui est totale en l’Incarnation, en sa réalité, en son sens cosmique. Le Fils Incarné est le sens du monde et l’homme est appelé à tout redresser vers le Christ, qui, à son tour, rend tout au Père. Autrement dit, reconnaître la trace de la Trinité dans le créé, qui monte du Fils incarné, qui donne un sens au monde, vers le Père, source de toutes choses. Jean Mouroux l’écrivit ainsi : « Notre foi est christologique et c’est parce qu’elle est christologique qu’elle est trinitaire » (51).

Être contemplatifs dans le monde signifie donc regarder le monde avec des yeux trinitaires, un regard que l’union personnelle au Christ rend possible. On peut ainsi trouver le sens de la création et de l’histoire dans la liberté des enfants de Dieu.

« Ce chant à la liberté plane sur tous les mystères de notre foi catholique. La Bienheureuse Trinité tire le monde du néant ainsi que l’homme, dans un libre débordement de son amour » (52).

En nous créant, Dieu a couru le risque et l’aventure de notre liberté. Il a voulu que l’histoire soit une histoire vrai, faite de choix authentiques, et non pas une fiction ou un jeu.

L’incarnation confirme l’Amour divin en révélant que la véritable loi qui gouverne le monde n’est pas la nécessité aveugle, ni une raison absolue et désincarnée, mais la liberté et la confiance du Père qui crée chaque chose en son Fils et par son Fils (53). Aussi, saint Josémaria déclarait-il dans une interview, en Espagne, en 1969 : « En nous créant, Dieu a couru le risque et l’aventure de notre liberté. Il a voulu que l’histoire soit une histoire vraie, faite de choix authentiques, et non pas une fiction ou un jeu. Tout homme doit faire l’expérience de sa propre autonomie avec ce qu’elle a de hasard, de tâtonnements et d’incertitudes parfois » (54).

Voilà pourquoi saint Josémaria avait la « certitude de l’indétermination de l’histoire, ouverte à de multiples possibilités que Dieu n’a pas voulu fermer » (55).

Cette profonde compréhension de la foi devenait vitale dans la réponse de saint Josémaria qui se sentait fils de Dieu au point d’être père d’autres enfants qu’il formait de sorte qu’ils deviennent pères à leur tour. Mais former dans la liberté et faire grandir demande la foi en un seul Père qui agit toujours, engendre et protège. Dans ce langage codé qu’exigeait la censure durant la guerre civile, voici un texte magnifique qui montre la fermeté et la profondeur de cette foi vécue : "Quant à moi, je ne dis rien — écrit-il à ses fils de Madrid — .J’ai l’habitude de me taire et de dire presque toujours : « C’est bien ou très bien ». Personne ne pourra donc vraiment se dire à la fin de la journée qu’il a fait ci ou ça, sous les ordres, mais plutôt sous l’insinuation de son grand-père. Lorsque j’estime que je dois donner mon avis, je me limite à exposer clairement et sommairement les données de chaque problème : en aucun cas, même si elle est évidente pour moi, je n’en donne ni n’en donnerai la solution concrète, en aucune façon. J’ai encore un autre moyen d’exercer une douce et efficace pression sur les volontés de mes fils et de mes petits enfants : tout prendre sur moi et casser les oreilles à D.Manuel, mon vieil ami. Puissé-je ne pas perdre le rythme et savoir laisser faire les miens en toute liberté … jusqu’au jour où il faudra tirer sur la corde ! ce qui finira par arriver. Ceci dit, je pense que vous me connaissez, malgré la faiblesse de mon cœur, je ne serai jamais capable de sacrifier la vie, pas une minute de la vie, de personne, pour ma commodité ou pour mon réconfort, à l’extrême de me taire (pour n’en parler ensuite qu’à D.Manuel) même si les choix de mes fils me semblaient vraiment catastrophiques » (56)

Detail du retable du Sanctuaire de Torreciudad

Saint Josémaria montre combien il agit et gouverne avec foi, en ayant recours à Dieu— Don Manuel, l’Emmanuel, précisément— pour respecter la liberté de ses enfants qui doivent eux aussi faire l’expérience de leurs limites et de leurs erreurs pour devenir pères à leur tour. Pour quelqu’un qui aime c’est douloureux, une souffrance analogue à celle de l’accouchement mais il n’y a pas d’autre moyen d’engendrer vraiment quelqu’un que de faire qu’il soit en mesure de devenir père à son tour. Il appartient, en effet, au père de faire que le fils découvre la beauté de la réalité, au-delà de la perception de ses limites personnelles ou de celles d’autrui. Aussi, « la vision originelle optimiste de la création, l’amour du monde qui bat dans le christianisme » (57) s’appuient-ils justement sur la foi de saint Josémaria qui fait qu’il soit père au plus au point.

La foi du fils qui est foi dans le Fils, devint tout naturellement la foi du père qui caractérisa la vie de saint Josémaria, totalement livrée à faire l’Œuvre de Dieu. Lui qui se sentait tellement enfant, fut aussi très père. Sa fécondité apostolique elle-même peut être interprétée sous cet angle théologal de la foi qui le poussa à appeler une foule de personnes à être saintes dans le monde, à ouvrir dans l’histoire concrète et réelle, un chemin de sainteté dans la réalisation de l’institution.

4. Conclusion: vie trinitaire

Le saint-père a proclamé une année de la foi pour parer à la crise entre la foi et la vie : on dirait qu’aujourd’hui le christianisme et les vérités du Credo n’ont plus de valeur pour l’existence concrète de l’homme. Ceci dit, dans l’enseignement de saint Josémaria, il y a, en revanche, au niveau purement terminologique déjà, une connexion étroite entre foi et vie puisqu’il présente la vocation chrétienne comme un appel à vivre de foi, à fonder sa propre existence sur l’amitié personnelle avec le Christ.

L’invitation à faire que la foi devienne des œuvres jaillit d’une profonde compréhension de la primauté de la dimension théologale qui permet d’adresser le message chrétien aux amours et aux aspirations les plus profondes des hommes. La possibilité d’aimer passionnément le monde et de sanctifier toutes les activités et les toutes les dimensions authentiquement humaines de l’existence personnelle s’appuie sur un approfondissement de la compréhension de la connexion intime entre foi et vie. L’unité de vie dont saint Josémaria parlait constamment n’est pas seulement une cohérence mais elle jaillit d’une foi profonde et opérante qui ouvre la vie de l’homme à la Vie même de Dieu.

En effet, « il y a une seule vie, faite de chair et d’esprit, et c’est cette vie-là qui doit être, dans l’âme et dans le corps, sainte et remplie de Dieu : or ce Dieu invisible, nous le trouvons dans les choses les plus visibles et les plus matérielles » (58).

D’un point de vue théologique, tout cela est fondé sur une compréhension christologique de la foi en tant qu’appel à l’indentification au Christ. La filiation divine occupe le premier plan et permet de lire le monde à partir de la révélation trinitaire. Si le Créateur est le Dieu Un et Trine, le sens ultime de la création n’est plus intelligible que dans sa référence au mystère de la Trinité elle-même. L’histoire et la liberté de l’homme acquièrent ainsi une valeur extraordinaire.

La profondeur théologique de l’union de la foi et de la vie dans la pensée de saint Josémaria est particulièrement évidente dans l’un de ses enseignements les plus profonds et originaux, que nous citons pour sa valeur synthétique : l’invitation concrète à apprendre à vivre la foi en contemplant la Sainte Famille (59), en atteignant la Trinité du Ciel à partir de l’existence concrète et des rapports mutuels entre Marie, Jésus et Joseph, qu’il appelle « la trinité de la terre ». Cette voie, fondée sur une intuition qui est une vraie synthèse dogmatique personnelle, met en exergue aussi bien le christocentrisme que l’approfondissement dans la dimension théologale de la foi : "Je tâche d’atteindre la Trinité du Ciel en passant par cette autre trinité, celle de la terre : Jésus, Marie et Joseph. Ils sont plus à ma portée. Jésus, perfectus Deus et perfectus Homo. Marie, une femme, la plus pure des créatures et la plus grande : Dieu seul est plus qu’Elle. Et Joseph, immédiatement après Marie : propre, viril, prudent, intègre. Quels modèles, ô mon Dieu ! Rien qu’à les regarder, on en mourrait de de chagrin : en effet, Seigneur, je me suis si mal tenu ! Je n’ai pas su me plier aux circonstances, me diviniser. Tu m’en donnais les moyens, tu me les donnes, tu me les donneras toujours…, puisque c’est à la façon divine que nous devons humainement vivre sur terre » (60).

L’homme est appelé à vivre la vie même de Dieu, la vie de la Très Sainte Trinité, comme ce fut le cas de la Sainte Famille, où chacun vivait tout à fait pour l’autre, en une parfaite communion d’amour, fondée sur la présence de Dieu, de la deuxième Personne divine sur la terre. C’est à partir des missions que saint Josémaria atteint les processions divines, immanentes, en nous montrant que la vocation chrétienne n’est pas un pur effort humain pour imiter des modèles inatteignables mais qu’elle dépend, qu’elle tient plutôt de ce que Dieu offre toujours au chrétien les moyens qui lui permettent d’être divinisé dans sa vie quotidienne, en travaillant et en aimant les personnes que Dieu a mises à ses côtés.

Du point de vue dogmatique, cet enseignement de saint Josémaria est profondément enraciné chez les Pères de l’Église (61), dont la source est bien la vie des premiers chrétiens. De plus, la primauté de la dimension théologale et du lien entre la foi et la vie s’appuient sur une pleine perception de la transcendance du mystère de Dieu Un et Trine qui, dans le langage patristique donne dans l’apophatisme. C’est précisément cette profonde compréhension du mystère qui unit la foi et la vie et qui permet d’expliciter le lien entre l’agir de Dieu dans l’histoire et son immanence trinitaire.

Aussi, voici ce que saint Josémaria dit à propos de l’incompréhensibilité du mystère de Dieu Trine :« Il est juste qu’il y ait dans la merveilleuse immensité de beauté et de sagesse de Dieu des choses que nous n’arrivons pas à comprendre sur terre. Si nous les comprenions, Dieu serait un être fini, non pas infini, il tiendrait dans notre tête. Il serait ô combien pauvre ! Aussi, adresse-toi à Joseph, à Marie, à Jésus et sache que Jésus est Dieu et que Dieu est Trine en personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, pour adorer la Trinité et l’Unité, pour aimer le Saint-Esprit en aimant Jésus-Christ » (62).

La vie concrète de Jésus, de Marie et de Joseph sont le seul chemin pour atteindre la Trinité puisqu’on ne saurait accéder à l’intimité de Dieu ni partager sa vie qu’à travers le mystère de la divino-humanité du Christ en distinguant chaque Personne et en la tutoyant, comme on peut le faire avec la trinité de la terre.

C’est donc cette foi qui englobe les amours humaines, les désirs les plus profonds de l’homme, son travail et sa famille, qui trouve son modèle le plus parfait et son achèvement dans la Sainte Famille. Tout chrétien peut ainsi se sanctifier comme un contemplatif au cœur du monde et apprendre, grâce à cette contemplation, à avoir une foi qui devient intelligence et critère d’action dans sa vie à partir de cette pensée concrète, toujours adressée au Christ qui fut celle de notre Père, saint Joseph, et tout spécialement celle de Marie à laquelle il faut nécessairement s’adresser pour apprendre à dire ce OUI qui rattache la foi et la vie (63).

Notes:

(1) BENOÎT XVI, Lettre Apostolique sous forme de ‘Motu propio’, Porta Fidei, avec laquelle est ouverte l’Année de la Foi, 11 octobre 2012 (Porta Fidei à partir d’ici).

(2) IDEM, Lettre encyclique Deus Caritas est, 25-XII-2005, n. 1 (Deus Caritas est à partir d’ici)).

(3) Porta Fidei, n. 1.

(4) Ibídem, n. 2.

(5) Cf. Deus Caritas es, n. 3, note n. 1 où l’on cite l’œuvre de F.Nietzsche Jenseits von Gut und Böse, IV, 168.

(6) Porta Fidei, n. 7.

(7) Ibídem, n. 6.

(8) SAINT THOMAS D’AQUIN, Summa Theologiae, II-II, q. 4, a. 1, r.

(9) Porta Fidei, n. 3.

(10) SAINT JOSÉMARIA ESCRIVÁ DE BALAGUER, Quand le Christ passe, n. 21 (à partir d’ici seul le titre de ce livre sera cité)

(11) IDEM, Aimer le monde passionnément, dans Entretiens avec mgr Escriva, n. 114 (Entretiens , à partir d’ici)

(12) Cf. IDEM, Amis de Dieu, n. 239 (à partir d’ici seul le titre de ce livre sera cité)

(13) Cf. J. ECHEVARRÍA, "Un nuevo Damasco", en Romana 53 (2011), p. 283 (original publié dans Alfa y Omega, 28 juillet 2011).

(14) Voir l’article du cardinal JOSEPH RATZINGER à l’époque, : "Laisser Dieu agir » , dans L'Osservatore Romano, 6 octobre 2002.

(15) Pour une présentation synthétique de la vie de foi chez saint Josémaria, consulter : E. BURKHART – J. LÓPEZ, Vida cotidiana y santidad en la enseñanza de San Josemaría, Vol. II, Rialp, Madrid 2011, p. 346-364.

(16) SAINT JOSÉMARIA Aimer le monde passionnément, dans Entretiens , n. 123. L’italique est de mon cru.

(17) Cf. IDEM, Chemin, n. 578 et Sillon, n. 459(à partir d’ici seul le titre de ce livre sera cité).

(18) Chemin, n. 667.

(19) Cf. Amis de Dieu, n. 190.

(20) Cf. Chemin, n. 317, 380 et 489; Sillon, n. 46 et 945; Forge, n. 256 y 602.

(21) Cf. J. RATZINGER, Mirar a Cristo, Edicep, Valencia 2005, p. 19.

(22) Quand le Christ passe, n. 172.

(23) Forge, n. 544.

(24) Cf. A. ARANDA, El bullir de la sangre de Cristo: estudio sobre el cristocentrismo del beato Josemaría Escrivá, Rialp, Madrid 2000.

(25) Amis de Dieu, n. 312

(26) Sillon, n. 658.

(27) Cfr. Chemin, n. 584; Quand le Christ passe, n. 102 et suivants .

(28) Quand le Christ passe, n. 24

(29) Cf. A. VÁZQUEZ DE PRADA, Le fondateur de l’Opus Dei, Le Laurier, Wilson&Lafleur, Paris, Montréal, Tome II

(30) J. RATZINGER, Mirar a Cristo, cit., p. 18.

(31) Forge, n. 448

(32) F. W. NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra, Edaf, Madrid 1981, p. 211.

(33) Amis de Dieu, n. 200.

(34) Porta Fidei, n. 7.

(35) D. RAMOS LISSÓN, Aspectos de la divinización en el Beato Josemaría Escrivá de Balaguer, en J.L. ILLANES (ed.), El cristiano en el mundo: En el Centenario del nacimiento del Beato Josemaría Escrivá (1902-2002), Servicio de Publicaciones de la Universidad de Navarra, Pamplona 2003, p. 483-499.

(36) SAINT JOSÉMARIA ESCRIVÁ DE BALAGUER, Lettre, 24 octobre 1942, n. 68 (AGP, série A.3, lias. 91, clas. 5, dossier. 4).

(37) J. DANIÉLOU, La Trinite et le mystère de l’existence, Ediciones Paulinas, Madrid 1969, p. 92.

(38) Quand le Christ passe, n. 22.

(39) J. DANIÉLOU, La Trinite et le mystère de l’existence, Ediciones Paulinas, Madrid 1969, p. 97-98.

(40) Amis de Dieu n. 191.

(41) Arturo Blanco a souligné que saint Josémaria a rattaché la foi à toute la personne humaine et pas seulement à l’intelligence : A. BLANCO, Alcuni contributi del beato Josemaría alla comprensione dei rapporti tra fede e ragione, en: AA.Vv., La grandezza della vita quotidiana, vol. V/1, Edusc, Roma 2004, p. 259.

(42) Cf. SAINT AUGUSTÍN, Enarrationes in Psalmos 130,1 et Tractatus in Iohannem 29,6.

(43) Le successeur parle d’une foi « vive et dynamique » chez saint Josémaria

A. DEL PORTILLO, Discurso conclusivo del Simposio teológico de estudio en torno a las enseñanzas del beato Josemaría Escrivá (Roma, 12-14 de octubre de 1993), en: AA.VV., Santidad y mundo, Eunsa, Pamplona 1996, p. 292.

(44) SAINT JOSÉMARIA ESCRIVÁ DE BALAGUER, réponse à une question posée au Venezuela, 9 février1975: Catequesis en América, III, p. 75 (AGP, Biblioteca, P04).

(45) Sillon, n. 818.

(46) Cfr Forge, n. 215.

(47) Cf. Quand le Christ passe, n. 10.

(48) Cf. Ibídem, n. 21.

(49) Cf. A. ARANDA, El bullir de la sangre de Cristo, cit., pp. 227-254.

(50) Amis de Dieu, n. 6.

(51) J. MOUROUX, Je crois en toi, Cerf, Paris 19612, p. 37.

(52) Amis de Dieu, n. 25.

(53) Cf. Col 1,15-20.

(54), SAINT JOSÉMARIA ESCRIVÁ DE BALAGUER, interview en ABC, 2 novembre 1969.

(55) Quand le Christ passe, n. 99.

(56) Cité dans A. VÁZQUEZ DE PRADA, Le fondateur de l’Opus Dei, Tome II.

(57) Forge, n. 703.

(58) SAINT JOSÉMARIA, « Aimer le monde passionnément » dans Entretiens, n. 114. Voir commentaire de ce texte dans : Conversaciones con Mons. Escrivá de Balaguer. Edición crítico-histórica, editada por J. L. ILLANES, A. MÉNDIZ, Rialp, Madrid 2012, p. 477-478 et 486-489.

(59) Cf. Quand le Christ passe, n. 22.

(60) SAINT JOSÉMARIA, meditation Consumados en la unidad, citada por S. BERNAL, Portrait de mgr Josémaria Escriva de Balaguer de Balaguer, Rialp, Madrid 19806, p. 360.

(61) Dans ce sens on pourrait reprendre l’analyse précieuse de Cornelio Fabro dans son article sur Saint Josémaria : C. FABRO, “La trempe d’un Père de l’Église » sur (www.fr.josemariaescriva.info ) et dans en AA.VV., Santos en el mundo: estudios sobre los escritos del beato Josemaría Escrivá, Rialp, Madrid 1993.

(62), SAINT JOSÉMARIA ESCRIVÁ DE BALAGUER réponse à une question posée en Argentine, 14 juin 12974 : Catequesis en América<>/i>, I, p. 449 (AGP, Biblioteca, P04).

(63) Cf. Amis de Dieu, n. 284-286.