Le lieu de l’Ascension

Jésus-Christ a réalisé l’œuvre de la rédemption humaine principalement par le mystère pascal de sa passion, de sa résurrection d’entre les morts et de sa glorieuse ascension. Saint Luc, aussi bien dans son Évangile que dans les Actes des Apôtres ajoute quelques détails à cette scène: il les conduisit près de Béthanie et levant ses mains, il les bénit. Et en les bénissant, il s’éloigna d’eux et commença à s’élever vers le ciel. Ils l’adorèrent (Lc 24, 50-52).

Bibliographie et essais

Traces de notre foi

Une enceinte octogonale délimite le lieu de l’Ascension évoqué au centre à l’intérieur de cette chapelle. Photo: Mattes (Wikimedia Commons).

Jésus-Christ a réalisé l’œuvre de la rédemption humaine principalement par le mystère pascal de sa passion, de sa résurrection d’entre les morts et de sa glorieuse ascension (Cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 1067). Nous allons considérer le dernier de ces épisodes qui ponctue la fin de sa vie sur terre. Beaucoup de choses se sont passées, depuis sa Naissance à Bethléem : nous l’avons vu dans une mangeoire, adoré par des bergers, par des rois ; nous avons contemplé ses longues années de travail silencieux à Nazareth ; nous l’avons accompagné sur les terres de Palestine quand il prêchait le Royaume de Dieu et faisait du bien à tous. Plus tard, lors de sa Passion, nous avons souffert de voir comment il était accusé, l'acharnement à le maltraiter, la haine à le crucifier.

La joie lumineuse de la Résurrection a pris place après tant de souffrance. Qu’il est clair et ferme le fondement de notre foi ! Nous ne devrions plus douter. Or, il se peut que comme les Apôtres, nous soyons encore faibles et qu’en ce jour de l’Ascension nous demandions au Christ : Est-ce maintenant que tu vas restaurer le royaume d’Israël ? (Ac 1, 6); est-ce maintenant que nos perplexités, nos misères vont disparaître définitivement? Le Seigneur nous répond en montant aux cieux (Quand le Christ passe, n. 117).

Les récits bibliques sont succincts sur l’événement que nous reconnaissons dans le Credo. Saint Marc, après avoir raconté quelques apparitions du Christ ressuscité à ses disciples ajoute : le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, s’éleva au ciel et il est assis à la droite de Dieu (Mc 16, 19). Saint Luc, aussi bien dans son Évangile que dans les Actes des Apôtres ajoute quelques détails à cette scène: il les conduisit près de Béthanie et levant ses mains, il les bénit. Et en les bénissant, il s’éloigna d’eux et commença à s’élever vers le ciel. Ils l’adorèrent (Lc 24, 50-52).

Et comme ils avaient les regards fixés vers le ciel pendant qu'il s'en allait, voici, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent, et dirent:

Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu s’en aller.

Alors ils retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des oliviers, qui est près de Jérusalem, à la distance d'un chemin de sabbat (Ac 1, 10-12).

En harmonie avec ces données, la tradition situe l’Ascension au sommet de la colline centrale du mont des Oliviers, à un plus d’un kilomètre de la ville, en allant vers Betfagé et Béthanie.

Sur ce tertre, à 800 mètres d’altitude, on construisit une église dans la seconde moitié du IVème siècle. Selon plusieurs sources, ce fut Poemenia, une noble patricienne qui, de Constantinople, avait fait un pèlerinage en Terre Sainte.

Ce sanctuaire était connu sous le nom d’Imbomon. Grâce à Égérie, nous savons que les fidèles de Jérusalem s’y retrouvaient pour des cérémonies, en Semaine Sainte et le jour de la Pentecôte.

Tout comme le Saint Sépulcre et d’autres édifices cultuels en Palestine, l’Imbomon, endommagé lors de l’invasion des Perses, en 614, fut restauré par la suite par le moine Modeste. Après sa visite en 670, l’évêque Arculfe nous en fit une précieuse description: il s’agissait d’une église ronde avec trois portiques intérieurs et une chapelle ronde au centre, qui n’était pas voûtée mais à ciel ouvert pour que les pèlerins évoquent la scène de l’Ascension. Dans la partie-est de cet espace, il y avait un autel protégé par un petit auvent et au centre, un rocher très vénéré puisque les fidèles considéraient qu’il était le dernier point où le Seigneur avait posé ses pieds et qu’ils y reconnaissaient ses empreintes sur la pierre (cf.Adamnano, De locis sanctis, 1, 23 (CCL 175, 199-200).

Cette chapelle sans culte, permet à la Custodie de Terre Sainte d’y célébrer la messe tous les ans à l’Ascension. Photo: Alfred Driessen.

Le sanctuaire fut réformé pendant la période des Croisés et une partie devint un couvent de Chanoines Réguliers de Saint-Augustin.

Au 13ème siècle, les musulmans démolirent tous ces édifices excepté la chapelle centrale qui est parvenue jusqu’à nous.

Par la suite, ils bâtirent une mosquée. Ce lieu est aujourd’hui la propriété du waqf, institution religieuse islamique, qui permet qu’à la solennité de l’Ascension on y dise la Sainte Messe respectant ainsi le droit que les autorités ottomanes accordèrent aux franciscains de la Custodie de Terre Sainte.

Cette chapelle se dresse au centre d’une enceinte octogonale, entourée d’un mur sur lequel on perçoit toujours certaines bases de colonnes de la période croisée. Selon les études archéologiques, la base de la petite église, octogonale elle aussi, est un peu décalée par rapport à l’ouvrage byzantin. Ceci dit, sa fonction est la même: garder la mémoire des traces des pieds de Jésus et de son Ascension. À l’extérieur, les arcs et les piliers, aux chapiteaux délicatement sculptés, ont un intérêt artistique en tant qu’originaux du XIIème siècle. Le tambour et la coupole ainsi que les ouvertures aveugles avec des pans de pierre ont été ajoutés par la suite. À l’intérieur, on peut voir, au sol, le rocher vénéré, encadré par quatre pièces de marbre.

Entrée définitive

Le mystère de l’Ascension est un fait historique et un événement du salut. En tant que fait historique, « L’ascension du Christ marque l’entrée définitive de l’humanité de Jésus dans le domaine céleste de Dieu d’où il reviendra (cf. Ac 1, 11), mais qui entre-temps le cache aux yeux des hommes (cf. Col 3, 3). (Catéchisme de l’Église catholique, n. 665)

Au sol, voici le rocher à partir duquel, selon la tradition, Jésus est monté au Ciel. Photo : Alfred Driessen.

Saint Josémaria avait souvent contemplé cet adieu:

« Nous aussi, comme les apôtres, nous sommes à la fois tristes et émerveillés en le voyant partir. Il n’est pas facile réellement de s’habituer à l’absence physique de Jésus. Je suis ému à la pensée que, dans une prouesse d’amour, Il est parti et il est resté. Il est allé au ciel, et Il se donne à nous comme aliment dans l’Hostie Sainte. Ceci dit, sa parole humaine, sa manière d’agir, de regarder, de sourire et de faire le bien nous manquent. (…)

Il m’a toujours paru logique et très réjouissant que la Très Sainte Humanité de Jésus-Christ monte dans la gloire du Père, mais je pense aussi que cette tristesse, propre au jour de l’Ascension, est une marque de l’amour que nous avons pour Jésus Notre Seigneur. Lui qui, étant Dieu parfait, s’est fait homme, homme parfait, chair de notre chair et sang de notre sang. Et Il se sépare de nous pour aller au ciel. Comment ne pas le regretter profondément? (Quand le Christ passe, n. 117).

L’entrée du Christ ressuscité au Ciel, événement de notre salut, nous montre quelle est notre destinée définitive : «Jésus-Christ, tête de l’Église, nous précède dans le Royaume glorieux du Père pour que nous, membres de son corps, vivions dans l’espérance d’être un jour éternellement avec lui » (Catéchisme Église catholique, n. 666).

Le pape François, quelques semaines après son élection nous fit penser au sens de l’Ascension et à ses conséquences dans la vie de tout chrétien. Il parle du dernier pèlerinage de Jésus à Jérusalem, là où il comprend que sa Passion est toute proche : « Alors qu’il « monte » vers la ville sainte, où s’accomplira son « exode » de cette vie, Jésus voit déjà l’objectif, le Ciel, mais il sait bien que la voie qui le ramène à la gloire du Père passe à travers la Croix, à travers l’obéissance au dessein divin d’amour pour l’humanité. Le Catéchisme de l’Église catholique affirme que « l’élévation sur la croix signifie et annonce l’élévation de l’Ascension au ciel » (n. 661). Nous aussi, nous devons avoir clairement à l’esprit que, dans notre vie chrétienne, entrer dans la gloire de Dieu exige la fidélité quotidienne à sa volonté, même quand elle demande un sacrifice, quand elle demande parfois de changer nos programmes. (François, Audience générale, 17 avril 2013).

Mgr Xavier Echevarria commentait ainsi ce passage: “N’oublions pas, mes filles et mes fils, qu’il n’y a pas de christianisme sans Croix, pas d’amour véritable sans sacrifice, et essayons d’ajuster notre vie quotidienne à cette réalité réjouissante puisqu’il s’agit de suivre les pas du Maître” (Lettre, 1er mai 2013).

"Je suis ému à la pensée que, dans une prouesse d’amour, Il est parti et resté. Il est allé au ciel, et Il se donne à nous comme aliment dans l’Hostie Sainte. Cependant, sa parole humaine, sa manière d’agir, de regarder, de sourire et de faire le bien, nous manquent beaucoup."

Lors de l’audience citée, le pape évoquait aussi le lieu que le Seigneur avait choisi pour son départ : « L’Ascension de Jésus a lieu concrètement au Mont des Oliviers, près de l’endroit où il s’était retiré pour prier avant sa Passion afin de demeurer dans une union profonde avec le Père : nous voyons une fois de plus que la prière nous donne la grâce de demeurer fidèles au projet de Dieu »

(François, Audience générale, 17 avril 2013).

« Jésus est monté au ciel (…). Toutefois le chrétien peut Le fréquenter dans la prière et l’Eucharistie, comme le firent les douze premiers, s’embraser d’un zèle apostolique et réaliser avec Lui ce service de corédemption qui tient à semer la paix et la joie. (Quand le Christ passe, n. 120).

Saint Luc souligne que les Apôtres, après avoir dit adieu au Seigneur, sont rentrés à Jérusalem dans une grande joie (Lc 24, 52). Leur réaction ne s’explique que par la foi, la confiance. Les disciples ont compris que même s’ils ne verront jamais plus Jésus, “il demeure à jamais avec eux, il ne les abandonne pas et, dans la gloire du Père, il les soutient, les guide et intercède pour eux”. (François, Audience générale, 17 avril 2013).