Et nous, que pouvons-nous faire ?

« J’avais faim et vous m’avez donné à manger […] ; j’étais un étranger et vous m’avez accueilli […] ; j’étais nu et vous m’avez habillé » (Saint Matthieu, 25, 31-46). Et si l’on prenait l’Évangile au pied de la lettre ? C’est ce que se sont dit, fin 2016, quelques lycéennes et étudiantes grenobloises au début de l’histoire que nous allons vous raconter…

Initiatives sociales
Opus Dei - Et nous, que pouvons-nous faire ?

Samedi 31 décembre 2016, Grenoble : alors que tout le monde s’agite en vue de sa soirée de réveillon, que certains font des courses de dernière minute tandis que d’autres préparent leur repas de fête, quelques étudiantes fréquentant le centre Lanfrey décident de braver le froid et de partir à la rencontre de tous ces gens de la rue que l’on ne voit pas alors qu’on les croise tous les jours. « C’est l’annonce du thème de l’UNIV 2017 Un monde en mouvement, en pleine année de la Miséricorde, qui nous a poussées à nous demander ce que nous aussi nous pouvions faire pour nous rendre utiles, à notre niveau », explique Natalia, l’étudiante à l’origine du projet. C’est ainsi qu’a été organisée, un soir de Saint Sylvestre, une première maraude dans les rues de Grenoble…

Une première car l’histoire ne s’arrête évidemment pas là. Née de l’enthousiasme et de la bonne volonté de quelques jeunes souhaitant répondre à l’appel du Pape, l’aventure d’un soir quelque peu « improvisée » s’est en effet progressivement transformée en rendez-vous régulier qu’il était important de structurer. « Conscientes que nous avions là un moyen très simple et à notre portée de faire du bien, nous avons décidé courant 2017 de nous donner les moyens de pérenniser notre action. Nous avons donc soumis notre projet à Tremplin Jeunesse, un fonds de dotation soutenant des initiatives d’intérêt général, et obtenu une bourse nous permettant d’organiser une maraude mensuelle tout au long de l’année », indique Natalia. Ne restait plus désormais qu’à inviter de nouvelles bonnes volontés : un défi en partie relevé grâce à l’application Entourage mise en place par les étudiantes pour élargir le réseau de bénévoles.

Chaque mois, le rituel est désormais le même : la semaine qui précède les maraudes, des courses sont faites et des sacs remplis de vêtements sont réceptionnés au centre Lanfrey. « Parfois, nous recevons des dons de personnes que nous ne connaissons pas mais qui ont entendu parler de notre initiative via notre application Entourage », s’étonne Natalia. Puis le jour J, un samedi en général, un premier groupe de volontaires se retrouvent en début d’après-midi à Lanfrey pour trier les vêtements et préparer gobelets, serviettes, café et plats chauds qu’un deuxième groupe, arrivant vers 17h, partira distribuer dans la rue.

La maraude dure en général entre deux et trois heures. Aude, 20 ans, étudiante en gestion des ressources humaines, présente dès le lancement du projet, raconte : « J’ai été très impressionnée par les dizaines de sans abris que l’on a eu l’occasion de croiser au fil des mois. A quelques rares exceptions près, tous ont été très bienveillants, très accueillants, très souriants ». Un constat également partagé par Pia, aide soignante, « marquée par le sourire de ces personnes seules et démunies », ou par Carla, étudiante en droit, et Solène, lycéenne en Terminale « étonnées de voir les SDF toujours penser à leur compagnon d’infortune, nous indiquant où les trouver, quitte à se priver eux-mêmes pour donner à d’autres ». De belles rencontres donc qui ont permis, pour certaines, de créer des liens, comme avec Kamel, « le clochard le plus fameux de Grenoble qui se ballade dans la rue avec une radio, pour écouter de la musique des années 80 ».

Une fois le stock de cakes, boissons et vêtements écoulé, le petit groupe rentre à Lanfrey. Certaines vont à l’oratoire rendre grâce à Dieu pour chaque personne rencontrée. « Donner du temps aux autres est aussi pour moi une manière de me rapprocher de Dieu et de donner à mes amies non croyantes l’occasion de le faire », explique Aude. « En ce qui me concerne, je ne crois pas vraiment en Dieu. D’ailleurs, lorsqu’une amie m’a proposé de participer à ces maraudes, j’avoue que j’étais assez perplexe et ne savais pas trop à quoi m’attendre. Mais dès notre première sortie, j’ai eu envie de continuer à m’engager. Je ne sais pas si cette expérience changera mon regard sur la religion et sur Dieu, mais ce dont je suis sûre c’est qu’elle a déjà transformé mon regard sur les autres », conclut Mathilde, 20 ans, étudiante en école de commerce.